Protestation contre le refus d’octroi du statut de refugié aux Rwandais disséminés en RDC.

Posté par Adolphe Habimana le 14 avril 2010

Protestation contre le refus d’octroi du statut de refugié aux Rwandais disséminés en RDC.

L’organisation « Terre de Paix – Agakiza » a des informations selon lesquelles un accord secret pour anéantir les réfugiés rwandais présents à l’Est du Congo a été conclu entre le Rwanda et la RDC. Elle a écrit une lettre de protestation aux autorités du monde.

Terre de Paix – Agakiza
Mme Rose Simba
Benelux         
                                                        Luxembourg, le 6.4.2010

Aux:

°Excellence Monsieur Secrétaire Général de l’ONU
New York, USA
°Pays Membre du Conseil de Sécurité (tous)
New York USA
°Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l’Union Africaine
Addis Abeba, Ethiopie
°Excellence Madame la Secrétaire Générale de l’CIRGL
Bujumbura, Burundi
°Pays membre de la CEPGL (tous)
Gisenyi, RDC
°La Cour Pénale Internationale (ICC)
La Haye , Nederland
°Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR)
Arusha , Tanzania

Objet: Protestations contre le refus d’octroi du statut de refugié aux Rwandais disséminés en RDC.

La fondation Terre de Paix – Agakiza est profondément consternée et inquiète à cause des massacres et des extraditions des réfugiés rwandais qui se déroulent dans la Région des Grands Lacs suite aux nouvelles officielles concordantes venant du Rwanda et de la RDC sur l’existence d’un Accord resté secret  entre Kigali et Kinshasa visant le non-octroi du statut de réfugié aux Rwandais perdus dans l’Est-Congolais. Ledit accord exclurait la ré-installation comme alternative au rapatriement forcé.

Dans le but de sauver des vies humaines, nous dénonçons les exactions qui se font malheureusement dans des cadres légaux définis par des accords, traités ou pactes secrets, illicites et inhumains entre les pays. Cet accord conclu entre le Rwanda et la RDC avec probablement la bénédiction du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et d’autres agences, qui seraient les grands intervenants et pourvoyeurs de moyens dans l’opération, est terrifiant.

Nous appelons ces pays à respecter la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et à cesser de tuer ou de maltraiter des innocents en se cachant derrière des cadres légaux secrets pour commettre leurs forfaits.

Cet accord mentionné ci-haut confère sournoisement en effet le droit de vie ou de mort sur les réfugies rwandais, qui sont actuellement traqués, malgré eux, par la coalition rwando-congolaise avec l’appui logistique de la MONUC. Ledit accord donne aux réfugiés rwandais attrapés sous les feux croisés des divers groupes et forces armés dans l’est Congolais le choix entre un rapatriement forcé et l’éventualité d’une mort par balles. 

Les massacres et les extraditions que nous dénonçons sont réels. Les équipes de la fondation Agakiza ont récemment rencontré et fait des entretiens avec des réfugiés rwandais en provenance de la province de Rubero, du Masisi, de Walikale en RDC, de l’Ouganda, du Burundi et du Congo-Brazzaville.

Il en ressort que la situation est dramatique suivant les pays d’asile dans lesquels on se trouve alors que tous ces réfugies sont supposés être sous la protection d’une a même organisation des Nations-Unies, le HCR. On note la disparition quasi quotidienne des réfugiés rwandais surtout interceptés avant de se faire enregistrer auprès des services du HCR. Nous rappelons que ces réfugiés ont peur de se faire enregistrer et affirment que le Rwanda introduit des agents dénonciateurs ou paie des « rapporteurs » ou espions dans les bureaux régionaux du HCR, qui font traîner les modalités d’enregistrement en vue de décourager ces réfugiés ou de comploter pour qu’ils soient attrapés avant la fin de la procédure d’enregistrement.

La guerre fait rage dans l’est de la République Démocratique du Congo. Les forces de la coalition: le Rwanda, la RDC, les milices congolaises ou rwando-congolaises qui leur sont fidèles, avec l’appui aérien et logistique des Nations Unies, traquent les forces dites « négatives », mais le drame retombe sur des populations innocentes et non-armées.

La traque a déjà fait des milliers de morts parmi la population congolaise et les réfugies rwandais sans que la coalition permette une action humanitaire appropriée en vue de venir en aide aux personnes vulnérables surtout les enfants et les personnes âgées.

La guerre se faisant dans le secret absolu où quelques communiqués de part d’autres filtrent pour donner un état des lieux difficilement vérifiable, il n’est pas aisé de savoir avec exactitude combien de victimes ont déjà succombé sous les balles des uns et des autres

C’est pourquoi nous en appelons au Rwanda, à la RDC et à la MONUC de faire preuve d’humanité en arrêtant les combats qui ne visent que l’extermination des populations rwandophones indésirables pour des raisons inexpliquées.

Nous demandons au Rwanda de ne pas détruire une partie de son peuple ou du peuple congolais ou de les faire tuer par biais de passe-passe, car tôt ou tard cet acte risque de retomber sur les dirigeants actuels voir même sur toute la population rwandaise sujette à des vindictes dans plusieurs pays.

Veuillez agréer, Excellence, Madame/Monsieur, l’expression de notre haute considération

Mme Rose Simba
Terram Pacis
refugeecrisis@terrampacis.com

www.terrampacis.com


Copie : MONUC

             Kinshasa – RDC

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Démenti du rapport Mutsinzi sur l’Attentat du 6 avril 1994.

Posté par Adolphe Habimana le 13 avril 2010

1

Synthèse du témoignage de l’ancien Chef des renseignements

militaires à l’Etat-major de l’Armée Rwandaise, alors le Colonel

BEMSG Aloys Ntiwiragabo.

Introduction

Pour les non avertis, les éléments du rapport Mutsinzi paraîtraient accablants à l’instar

du sensationnel rapport Jean de Dieu Mucyo contre la France. Mais pour ceux qui

connaissent les méthodes et les stratégies du FPR et celles qui sont appliquées par les

Commissions créées par le régime de Kigali, ils constatent d’emblée que le rapport

Mutsinzi est un ensemble de témoignages faits sur commande ou fabriqués et confiés

aux « témoins » pour les exposer, ensemble de situations et d’informations travesties et

de documents interprétés dans le but de la désinformation et de la manipulation de

l’opinion. Bref le rapport du Comité Mutsinzi est un dossier de diversion!

Le Comité Mutsinzi dénommé officiellement “Comité indépendant d’experts” est

présidé par Jean Mutsinzi, président de la Cour africaine des droits de l’homme et des

peuples et ancien président de la Cour Suprême du Rwanda. Ce Comité composé de

membres du FPR ne peut être crédible, indépendant ni impartial puisqu’il est créé par

le FPR qui se fait juge et partie. Le Comité n’est pas indépendant parce qu’il devait

rendre compte au gouvernement rwandais et ne pouvait pas, lui-même, rendre public

son rapport. Le Comité a été obligé de consigner dans le rapport non pas son constat

et son point de vue mais plutôt les vues du FPR.

Le gouvernement rwandais aurait dû demander soit à l’ONU, soit à l’Union Africaine,

de créer une Commission réellement Indépendante, à laquelle il n’aurait pas le droit

d’injonction ou de censure, composée d’enquêteurs étrangers, comprenant notamment

des représentants de l’OACI et de l’assureur du Falcon 50 présidentiel. Le rapport

d’une telle Commission ne subirait aucune modification, ajout, retrait ni retouche de la

part du gouvernement rwandais. Une telle Commission serait non seulement

indépendante mais aussi et surtout impartiale. Elle aurait pu par exemple chercher des

témoins se trouvant à l’étranger qui occupaient les postes de responsabilité leur offrant

la possibilité de connaître des situations et posséder des informations auxquelles un

simple soldat, sous-officier et n’importe quel officier, de la catégorie des témoins du

Comité Mutsinzi ne pouvait pas avoir accès.

Il aurait fallu une Commission libérée du préjugé considérant tous les réfugiés

rwandais comme des gens qui ont à cacher ou à se reprocher. Les gens ont fui la mort

semée par le FPR. Si les FAR s’étaient rendues, tous les officiers auraient été

exécutés sur le champ de bataille et le débat contradictoire actuel ne serait pas, car

« aucun témoin n’aurait survécu ». La preuve étant que beaucoup d’officiers Ex-FAR

qui se sont remis au FPR et ceux qui sont retournés ou ont été rapatriés, ont été tués

avec leurs familles. Pour avoir des détails consulter www.virungavision.com.,

chercher le document « Situation des officiers Ex-FAR » et relever les noms de ceux

2

qui ont été tués par le FPR. Il est donc tendancieux de prétendre que les personnes se

trouvant en exil ne peuvent pas donner un témoignage juste et se baser sur ce préjugé

pour mettre en cause l’enquête du Juge antiterroriste français Jean Louis Bruguière.

Le FPR fabrique des fausses accusations contre ces témoins potentiels se trouvant en

exil pour les discréditer. C’est plutôt ceux-là que les Commissions d’enquêtes

indépendantes doivent contacter sans tenir compte des fausses accusations de Kigali.

Par contre il faut savoir que personne se trouvant au Rwanda ne peut évoquer la thèse

impliquant le FPR, autrement dit Paul Kagame, dans l’assassinat du Président

Habyarimana, le rendant responsable de la catastrophe d’avril 1994, au moment où on

ne peut même pas accuser individuellement un simple soldat du FPR qui a tué un

parent ou un proche parent.

Il est reproché au juge J. L. Bruguière d’avoir établi l’ordonnance contre les suspects

rwandais sans les avoir contradictoirement entendus. Pourtant tous les détenus du

TPIR ont toujours fait objet de mandat d’arrêt sans avoir cherché à les localiser,

conduire des Commissions rogatoires et les entendre avant de délivrer les mandats.

De même Kigali établit des listes des « suspects » qui sont utilisées comme des mandats

d’arrêt alors qu’il n’a conduit aucune Commission rogatoire. Kigali a même condamné

certains réfugiés par contumace sans être allé les entendre dans les pays d’asile. Le

Colonel Théoneste Bagosora, le Lt Colonel Anatole Nsengiyumva, le Major Aloys

Ntabakuze, etc. sont cités dans le rapport Mutsinzi alors qu’il ne figure nulle part que

ce dernier est allé les entendre.

Le gouvernement rwandais du FPR étant partie n’a pas d’autorité morale de créer une

Commission quelconque sur le drame rwandais, et de surcroît composée uniquement

de membres du FPR. Il aurait fallu au moins associer des membres de famille des

victimes et le gouvernement du Burundi. Il faut une Commission internationale

indépendante et impartiale, composée de vrais experts, capables de contacter sans

préjugé les personnes susceptibles de posséder une information crédible et non des

gens de connaissances douteuses, préparés et entraînés au témoignage qu’ils donnent

ou se trouvant dans les conditions où ils n’ont pas la liberté d’expression, craignant

pour leur sécurité.

1- Critique de l’Accord de Paix d’Arusha.

La critique est un droit démocratique et fait partie de la liberté d’opinion et

d’expression. Il faut savoir que le Rwanda était dans l’effervescence de la démocratie!

Aucune disposition ne peut satisfaire à 100% tout le monde. Cependant personne

n’était complètement contre l’Accord de Paix d’Arusha. Même le parti CDR

(Coalition pour la Défense de la République) alors accusé de tous les maux n’était pas

totalement opposé à l’Accord de Paix d’Arusha. La preuve en est que la CDR luttait

pour entrer dans les Institutions de Transition à Base Elargie prévues dans cet accord.

Critiquer et refuser (rejeter) sont deux choses différentes. Quand on est politiquement

opposé à quelque chose et qu’on le rejette, on le boycotte; on ne lutte pas pour en

faire partie. Donc la CDR acceptait l’Accord de Paix d’Arusha puisqu’elle ne l’a pas

boycotté, même si elle en critiquait certaines clauses.

3

L’Accord de Paix d’Arusha faisait partie de la Constitution. S’il avait été soumis au

référendum, celui qui aurait voté contre ne serait pas poursuivi en justice pour cela,

ou faire l’objet d’attaques systématiques diverses, alors que le vote est plus important

qu’un simple point de vue ou critique. L’Accord de Paix d’Arusha était accepté à au

moins 75%, donc largement majoritaire.

2- Mise en application de l’Accord de Paix d’Arusha par les Forces

Armées Rwandaises (FAR).

Extrait du rapport Mutsinzi:

« ….les Accords précisent que la nouvelle armée nationale comptera 19 000 hommes,

dont 13000 militaires et 6000 gendarmes à raison de 60% pour les forces

gouvernementales et 40% pour le FPR avec une participation de 50% pour chaque

partie au niveau du commandement. Le noyau dur de l’armée rwandaise estima qu’il

perdait sa suprématie et opta pour une attitude de refus total des Accords, redoutant

une démobilisation qui les conduirait au chômage et à la perte de conditions de vie

confortables ».

Observation:

Les allégations du Comité Mutsinzi sont un mensonge et de la désinformation

flagrants. En effet la signature de l’ Accord de Paix d’Arusha eut lieu le 4 août 1993 et

les Accords devaient entrer en application 37 jours après, soit le 10 septembre 1994,

par la prestation de serment des membres des Institutions de Transitions à Base

Elargie (au FPR). Les Accords avaient réparti les départements ministériels entre les

partis politiques et le FPR, et attribué le nombre de sièges revenant à chaque parti au

Parlement de transition, en plus des quota susmentionnés par la Comité Mutsinzi au

sein des nouvelles forces de sécurité. Ce sont les partis politiques et le FPR qui

devaient désigner leurs représentants dans les Institutions de transition et en remettre

la liste au Premier Ministre et au Président de la république pour organiser les

cérémonies de prestation de serment. Le parti du Président Habyarimana était prêt

selon l’échéancier. Par contre les autres partis politiques et le FPR n’avaient pas

encore fini de désigner leurs représentants. Au mois de novembre ou début décembre

1993 la MINUAR a organisé une rencontre entre la partie gouvernementale et le FPR

à Mulindi, quartier général du FPR, pour faire le constat de ce retard. La partie

gouvernementale était représentée notamment par le Ministre Félicien Gatabazi, chef

de délégation, le Ministre Frédéric Nzamurambaho, le Chef d’Etat- major de la

Gendarmerie Nationale, alors Colonel BEM Augustin Ndindiliyimana, un haut

fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères Amri Sued, moi-même (alors G2

de l’ Armée Rwandaise) et d’autres. Paul Kagame dirigeait la délégation du FPR

comprenant notamment le Conseiller du Président du FPR aux affaires politiques, le

major Furuma et d’autres. La réunion a constaté que le retard n’était dû à la mauvaise

volonté d’aucune partie, et reconnu que les deux parties ont éprouvé de réelles

difficultés internes à respecter le calendrier. Le FPR était prêt le 28 décembre 1993 et

il a envoyé à Kigali ses représentants. La prestation de Serment du Président de la

République ouvrant le ban des séances de prestation de serment des autres Institutions

de Transition eut lieu le 5 janvier 1994. Les autres Institutions ne pourront pas prêter

serment suite aux divergences dues à l’implosion de certains partis politiques, la

polarisation de leurs franges et l’impossibilité de s’entendre sur les listes à présenter.

Le FPR s’en mêlera, exigera la prestation de serment de la frange qui lui était alliée,

4

s’opposera à la participation de la CDR aux Institutions de Transition alors qu’elle en

avait le droit, et boycottera les séances de prestation de serment des membres des

Institutions de Transition le 5 janvier et le 25 mars 1994. Le Président Habyarimana

ne faisait que demander aux partis politiques scindés en deux de s’entendre sur une

liste commune et de la présenter pour organiser la prestation de serment. Le statu quo

persistera jusqu’à son assassinat le 6 avril 1994. Voici l’extrait de son dernier discours

radiodiffusé le 15 janvier 1994:

« Je voudrais vous rappeler à nouveau que l’Accord de Paix d’Arusha accorde des

pouvoirs étendus aux partis politiques devant participer aux Institutions de la

transition. Cet accord leur confie en effet la responsabilité de désigner leurs

représentants à l’Assemblée Nationale de Transition. Il détermine le nombre de

portefeuilles ministériels dévolus à chaque parti, ainsi que le nombre de leurs députés

à l’assemblée nationale de transition. Dès lors, aucune personne, aucune institution,

ne peut dépouiller les partis et formations politiques des droits qui leur sont reconnus

par l’Accord de Paix d’Arusha

Nous devons donc respecter le prescrit de l’Accord de paix et éviter de nous ingérer

dans la gestion interne des partis. Nous devons laisser aux responsables des partis

politiques le soin de prendre souverainement les décisions dans le respect des statuts

de leurs partis.

C’est dans cette voie du respect des lois et règlements que nous avons tous choisis,

en posant la signature sur l’Accord de Paix.

Nous devons, par conséquent, demander avec insistance aux forces politiques qui

n’ont pas encore obtenu en leur sein, le consensus sur les listes de leurs représentants

à l’Assemblée nationale de transition et au Gouvernement de Transition à Base

Elargie, de mettre tout en oeuvre pour enrayer rapidement les entraves afin d’aider

notre pays à sortir de l’impasse et de permettre la poursuite de la mise en place des

Institutions prévues par l’Accord de paix d’Arusha ».[…]

« C’est pour cette raison qu’informé de l’impasse dans laquelle se trouvent les

négociations engagées par ces partis, il m’est d’avis que nous devons nous imposer la

ligne de conduite suivante et le calendrier ci-après qui devraient nous conduire à la

mise en place la semaine prochaine, des deux Institutions de la transition restantes, à

savoir l’Assemblée nationale de Transition et le Gouvernement de Transition à Base

Elargie.

1. Nous ne pouvons en aucun cas contourner ni l’Accord de Paix d’Arusha, ni la loi

sur les Partis Politiques, ni les Statuts des partis politiques. Agir autrement, ne nous

amènerait à aucune solution, car ce serait aller dangereusement à l’encontre de notre

engagement de baser notre conduite sur les principes de l’Etat de droit. C’est pour

cela que nous devons à tout prix ne tenir en considération que les listes fournies par

les Représentants légaux des partis politiques.

2. Toute personne qui aurait à redire sur ces listes fournies par les Représentants

Légaux de son parti devrait recourir aux instances judiciaires, comme le prévoit

l’article 28 de la loi sur les partis politiques. Elle pourrait tout autant s’en référer

5

aux instances compétentes de son parti, conformément aux statuts, pour que justice

lui soit faite.

3. Je souhaite que tout cela soit terminé au plus tard le jeudi 20 janvier 1994. Ainsi,

nous serions à mesure de mettre sur pied rapidement, les Institutions de la transition,

dans le respect des lois et des statuts des partis. Cela ne contrarie en rien quiconque

se sentirait lésé de continuer à recourir auprès des instances habilitées mais

également de continuer à favoriser le processus de réconciliation entre les diverses

tendances des partis politiques ».

Personne, ni le FPR ni les partis politiques, n’a fait officiellement objection à ces

principes rappelés par le Président Habyarimana. Mais ils continuaient de prétendre

que c’est lui qui bloquait l’application de l’Accord de Paix d’Arusha.

Cependant le Président Habyarimana comptait prendre sa décision le 08 avril 1994,

malgré les restrictions de l’ Accord de Paix qui ne lui donnait pas le plein pouvoir. Il

l’a révélé au Ministre de la Défense Augustin Bizimana qui devait aller en mission, au

moment où Bizimana allait lui demander le message à porter au Président Ghanéen,

tel que c’était prévu après la Réunion de Yaoundé du 4 au 8 avril 1994. Le Président

Habyarimana lui a dit qu’il allait reprendre les pourparlers avec les partis politiques, et

que, quel qu’en sera le résultat, il allait trancher le 8 avril 1994, quitte à gérer la suite.

Si la date du 8 avril 1994 était convenue dans les pourparlers, Bizimana devrait alors

interrompre sa mission et rentrer au pays. Le Ministre Bizimana m’en a informé dans

la soirée du 6 avril 1994, alors que nous étions à Yaoundé au Cameroun, après avoir

appris la triste nouvelle de l’attentat. Ce n’est pas la pression exercée sur Habyarimana

par le sommet de Dar-es-Salaam du 6 avril 1994 qui venait de le convaincre de

mettre en place les Institutions de Transition. Il n’a fait qu’informer ses homologues de

sa décision.

La signature de l’Accord de Paix d’Arusha le 04 Août 1993 constituait un soulagement

pour la majorité du peuple rwandais qui en avait assez de la guerre. Les Forces

Armées Rwandaises ont apprécié cet heureux événement. Le Commandement a

donné des ordres clairs et précis pour éviter tout ce qui pourrait entraîner la non

application de cet Accord:

Des réunions et des conférences d’explication et de sensibilisation à la mise en

application de l’Accord ont été tenues à tous les niveaux (échelons de commandement

et les unités). Des Commissions ont été créées pour étudier des voies et moyens

pouvant aider à la mise en application de l’Accord d’Arusha.

Le Commandement des FAR a organisé une rencontre avec le Premier Ministre

désigné Mr Faustin Twagiramungu. La rencontre eut lieu à l’Ecole Supérieure

Militaire. Tous les échelons de commandement des FAR ont participé à la réunion:

Le Ministre de la défense et son cabinet, les Chefs des deux Etats-majors et tous leurs

staffs, les Commandants des camps militaires et des Unités de l’ Armée Rwandaise et

de la Gendarmerie Nationale, les Commandants des secteurs opérationnels. Cet

accueil du Premier Ministre désigné, avec les honneurs militaires appropriés avant sa

prestation de serment témoigne de sa reconnaissance et du soutien des FAR à l’Accord

d’Arusha.

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Concernant la démobilisation et l’intégration, le Ministère de la Défense a mis sur

pied la Commission de démobilisation, composée de Colonel BEMS Bagosora, Lt Col

BEMSG Ntiwiragabo, Lieutenant Colonel BEM Ndengeyinka, Lt Col BEM

Rwabalinda, Major Gendarme Karangwa, Commandant Gendarme Bizimana et

Capitaine Ir Munyaruguru. La première séance des travaux de cette Commission a

duré 3 jours du 14 au 16 Août 1993. La démobilisation concernait toutes les

catégories de militaires y compris les élèves officiers.

Le Ministre de la Défense a tenu à l’Ecole Supérieure Militaire (ESM) le 16 Août

1993 une réunion de commandement des FAR pour donner les explications relatives

aux accords signés à Kinihira le 15 Juillet 1993. Tous les échelons de commandement

des FAR susmentionnés ont participé à la réunion. Il a été demandé aux commandants

d’unités de transmettre au Commandement des FAR les observations de leurs unités

sur le contenu des Accords.

Les militaires de toutes les unités, toutes catégories confondues, ont été associés à la

définition des critères de démobilisation et d’intégration. Les Commandants d’unités

ont tenu des réunions avec les militaires de leurs unités respectives pour recueillir

leurs avis et les ont transmis au MINADEF. La Commission de démobilisation a fait

la synthèse et celle-ci avait été diffusée. Toutes les unités y souscrivaient. Le bouc

émissaire Colonel Théoneste Bagosora n’a jamais émis un avis défavorable à la

démobilisation alors qu’il était Président de la Commission ad hoc.

Les FAR ont reçu l’équipe d’experts du PNUD pour la démobilisation qui a visité le

secteur d’opérations de Kibungo le 28 Septembre 1993 en vue d’avoir un entretien

préliminaire avec les militaires dans le cadre d’une enquête socioprofessionnelle qui

devait être réalisée.

Les membres de la Commission de démobilisation ont participé une réunion conjointe

avec les consultants du PNUD le 12 octobre 1993 à 15h00 au siège du PNUD à

Kigali. Ensuite le MINADEF a nommé des membres de la Commission mixte de

démobilisation qui devaient travailler étroitement avec les experts du PNUD.

Le MINADEF a créé la Commission d’élaboration des programmes de formation

conjointe, des syllabus d’instruction et de règlement de discipline, cela pour préparer

bien avant avec le FPR les cours de base de l’Armée Nationale.

Les FAR ont reculé leur position de 200m sur la route Kigali-Gatuna à Ngondore pour

dégager une zone de rencontres mixtes des commandements des FAR et du FPR. La

MINUAR a organisé une première rencontre de haut niveau entre les FAR et le FPR

le 08 Décembre 1993 à 10h00 à Ngondore. D’autres séances ont suivi jusqu’au 23

mars 1994.

La MINUAR entrait dans des camps militaires des FAR pour effectuer ses contrôles

sans limitation aucune.

Les FAR ont été coopératives vis-à-vis du FPR. Par exemple le Commandement des

FAR a offert cinq Camionnettes Hilux le 17 Février 1994 au bataillon du FPR. De

même il a mis trois bus à la disposition de la MINUAR le 22 Février 1994 au profit du

bataillon du FPR.

7

Les membres du Haut Conseil de Commandement de l’Armée (HCCA) et les membres

du Conseil de Commandement de la Gendarmerie Nationale (CC GN) avaient déjà été

nommés par Arrêtés Présidentiels le 10 janvier 1994.

De ce qui précède, ceux qui prétendent que les FAR ne croyaient pas en l’Accord de

Paix d’Arusha font de la désinformation et la diversion.

Par contre le FPR n’avait jamais posé des gestes de nature à montrer son adhésion à

l’Accord de Paix d’Arusha. Il n’avait pas encore signalé ses officiers à intégrer dans les

organes de commandement des nouvelles forces de sécurité à l’instar des FAR jusqu’à la

date fatidique du 6 avril 1994. En fait le commandement du FPR ne croyait pas en cet

accord et n’a pas voulu intéresser ses troupes pour ne pas les distraire.

3- Installation du FPR au Conseil National de Développement.

L’extrait du rapport Mutsinzi:

Lorsque la délégation du FPR s’est installée dans une partie des locaux du Conseil

national de développement (CND) en décembre 1993 en prévision de la mise en place

des institutions de transition, un détachement de la MINUAR a été affecté à la

sécurité quotidienne du CND et contrôlait les opérations et mouvements du FPR. En

outre, les FAR exerçaient un contrôle sur le FPR de nature à repérer tous les

mouvements qui y étaient effectués de telle sorte qu’un déplacement du CND à

Masaka ne pouvait être réalisé à l’insu des agents de renseignements des FAR.

Observation:

Avant l’arrivée du FPR à Kigali une reconnaissance a été faite au CND par une équipe

tripartite composée du Colonel BEM Luc Marchal alors commandant du Contingent

belge et du Secteur KIBAT de la MINUAR, du Colonel Kayumba Nyamwasa alors

Chef de la DMI du FPR et du Colonel BEMSG Aloys Ntiwiragabo alors chef des

renseignements militaires à l’Etat-major de l’Armée Rwandaise. Il a été convenu que

le FPR se déploiera sur les côtés Nord et Est du périmètre du CND et qu’il occupera

des installations de l’Hôtel du Parlement à l’exception du dernier étage et du toit du

bâtiment. Cette mesure était décidée pour éviter que le FPR occupe des postions lui

permettant de dominer le Camp de la Garde Présidentielle de Kimihurura et puisse

observer l’intérieur du camp comme un terrain de football. La MINUAR devait placer

un dispositif empêchant le FPR d’accéder à ces endroits

Au grand étonnement du commandement des FAR cette clause n’a pas été respectée

par le FPR et la MINUAR. Le FPR a occupé le dernier étage et a placé au-dessus du

toit du bâtiment une mitrailleuse pointée au camp Kimihurura.

4- Surveillance et contrôle du FPR par la MINUAR au CND et en

déplacement à Mulindi.

Extrait du rapport Mutsinzi:

8

« La rigueur de la procédure de contrôle des entrées et des sorties au CND,

l’accompagnement effectué par la MINUAR aux membres du FPR qui se déplaçaient

en ville, et plus particulièrement au quartier général de Mulindi, les fouilles

systématiques des individus et véhicules lors de chaque entrée de la bâtisse ou

résidait la délégation du FPR, rendaient totalement impossible l’introduction au CND

d’armes et de munitions dont six missiles antiaériens de type SAM 16 supposés avoir

été introduits au CND lors de navettes avec le quartier général du FPR à Mulindi

« (Tito Rutaremera)

Observation:

Ces allégations de Tito Rutaremara ainsi que tout ce que le Colonel belge Ballis

raconte à ce sujet sont des principes qui n’étaient pas observés. Les militaires du FPR

se déplaçaient librement dans la zone sous contrôle de la MINUAR, aussi bien en

tenue civile qu’en uniforme du FPR. Ceux en uniforme se déplaçaient évidemment en

véhicules seulement dans la circonscription urbaine et étaient toujours armés. Mais

ceux qui étaient en civil allaient même à Rutongo et à Kabuga puisqu’il n’y avait pas

de contrôle de pièces d’identité. La MINUAR ne fournissait que l’escorte des VIP et

pas aux simples officiers et hommes de troupes qui sillonnaient tous les quartiers de la

capitale Kigali.

Dans un premier temps la sortie des militaires du FPR et leur libre circulation dans la

ville de Kigali étaient considérées par les FAR comme des opérations de

reconnaissance. Le chef d’Etat Major de l’Armée Rwandaise l’avait fait remarquer au

Commandant de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda

(MINUAR), le Général canadien Romeo Dallaire. Il lui demandait de cantonner

l’unité au CND et de lui interdire des sorties. Le chef d’Etat-major a proposé de

fournir au FPR un fonds de roulement pour créer une cantine à l’intérieur du CND et

permettre aux militaires de se procurer certains produits sur place (boissons, pain et

friandises, vivres non périssables, articles de toilette, sous-vêtements, et…) Le FPR

pouvait choisir un fournisseur qu’il pouvait appeler à tout moment pour le

réapprovisionnement de la cantine; il pouvait aussi choisir un marchand de fruits pour

ravitailler régulièrement le CND.

En guise de réponse, le Général Dallaire avait dit que les militaires du FPR n’étaient

pas des prisonniers et que le CND n’était pas une prison.

Dans un deuxième temps le FPR a saisi l’opportunité lui offerte par le Commandant

de la MINUAR pour réaliser son triple objectif, à savoir : recrutement, renforcement,

des troupes basées au CND et infiltration aussi bien à Kigali qu’à travers tout le pays.

Il importe d’expliciter comment le FPR a procédé:

*Les militaires du FPR sortaient de leur base au CND en véhicules aussi bien en civil

qu’en tenues militaires et se rendaient dans des familles amies ou dans leurs familles

disséminées dans tout Kigali.

*Les militaires enlevaient les tenues et les donnaient aux recrues qui les attendaient

dans ces familles. Le soir les véhicules retournaient en ville prenaient ces recrues à la

place des militaires et les conduisaient au CND. Le lendemain ces recrues étaient

conduites au Quartier général du FPR à Mulindi sous prétexte que c’était la relève.

9

*Les véhicules rentraient à Kigali avec des vrais militaires supposés aller relever ceux

qui avaient été transportés à Mulindi (alors que c’était des recrues). C’était plutôt le

renforcement, car aucun ancien militaire entraîné n’avait quitté le CND pour Mulindi.

*Les militaires qui étaient conduits dans des familles à Kigali et qui remettaient leurs

uniformes aux recrues recevaient des habits civils. Avec ceux qui sortaient du CND

en civil, ils étaient affectés dans des groupes opérationnels dans la capitale Kigali,

tandis que d’autres étaient envoyés en missions de reconnaissance et de sape ailleurs

dans le pays. C’était alors l’infiltration.

5- Surveillance discrète et constante du CND par la Garde

Présidentielle.

Extrait du rapport Mutsinzi:

« Mise à part la garde et la supervision du FPR par la MINUAR, les FAR exerçaient

aussi autour du CND une surveillance stricte et serrée, mais de manière plus discrète.

Des équipes de militaires de la garde présidentielle avaient été choisies et affectées à

la surveillance de tous les mouvements qui se passaient autour du CND et rendaient

compte chaque soir au major Mpiranya, commandant de la garde présidentielle, de

tout ce qu’ils avaient vu….. »

Bizimana Claver :

« Vers la fin 1993, des militaires de la garde présidentielle ont reçu la mission

d’observation du CND. Il y avait des éléments de cette compagnie qui étaient

spécialement affectés, en cachette, à la surveillance des mouvements qui se passaient

autour du CND. Son mot de code était ‘Itinéraire’ ! Cette opération existait avant

l’arrivée du FPR au CND, mais elle été renforcée en janvier 1994 et orientée

spécifiquement à cet effet. Des militaires s’habillaient en tenue civile et allaient

contrôler tout ce qui se passait autour de ce bâtiment ……

Le Sgt Nsengiyumva Etienne:

« Lorsque le FPR est arrivé à Kigali, je résidais au camp de la garde présidentielle à

Kimihurura. Il y avait habituellement une sécurité qui était affectée à la défense du

camp, mais depuis l’arrivée du FPR à Kigali, les mesures de sécurité ont été

extrêmement renforcées, tant à Kimihurura qu’à Kanombe. Il y a eu une unité qui a

été spécialement affectée à cette mission de surveillance discrète mais efficace de tous

les mouvements effectués par les membres du FPR logés au CND. Tout le long de la

route partant de la résidence présidentielle de Kanombe jusqu’en ville a été désignée

comme un itinéraire de surveillance quotidienne privilégiée. J’ai effectué de temps en

temps ce travail de surveillance à moto, et je circulais le long de la route Kimihurura-

Résidence-Présidence. Si je considère comment nos équipes effectuaient, de manière

permanente, ce travail de surveillance du FPR, je juge qu’il n’était pas possible que

quelqu’un puisse sortir du CND sans que nous le voyions…

Observation:

La Garde présidentielle n’a jamais fait à l’ Etat-major de l’ Armée rwandaise un

rapport sur les activités du FPR au CND. Les renseignements militaires avaient

d’autres sources d’information qui leur ont permis de savoir comment le FPR faisait le

recrutement, le renforcement et l’infiltration. S’il y avait un dispositif de surveillance

10

autour du CND, l’ Etat-major de l’ Armée rwandaise aurait su que le FPR avait créé

des brèches dans la clôture tel que cela a été dévoilé par le Colonel Luc Marchal,

commandant du Contingent belge à la MINUAR. Or on n’avait pas cette information.

Quant à la présence discrète des éléments de la Garde présidentielle sur certaines routes

de la capitale, c’était une mission de routine de surveillance des itinéraires susceptibles

d’être empruntés par le président de la république. Or le Boulevard de l’Umuganda

longeant le CND était l’une des voies principales utilisées par le président Habyarimana,

notamment de la résidence présidentielle de Kanombe à son bureau au Village Urugwiro

ou vice-versa. Mais l’unité n’avait pas un élément positionné à l’entrée du CND, à côté du

char de la MINUAR, pour noter les entrées et les sorties!

Cependant, puisque le président de la république n’était pas à Kigali le 6 avril 1994 et

qu’à son retour dans la soirée il était pressenti rentrer à sa résidence de Kanombe, la

Garde présidentielle n’avait certainement pas jalonné le Boulevard de l’ Umuganda. Par

conséquent aucun de ses éléments ne pouvait se trouver aux environs du CND.

Si la Garde Présidentielle surveillait le CND en permanence; c’est elle qui aurait

prévenu l’Etat-major de la sortie du bataillon du FPR en masse le 7 avril 1994 aprèsmidi.

Il en aurait été de même pour tout autre quelconque dispositif de surveillance

des FAR aux alentours du CND. Or c’est le Général Dallaire qui est allé le signaler au

Comité de crise où il se réunissait. Autrement dit Dallaire est allé le signaler dès que le

FPR est sorti, avant que la Garde présidentielle ne constate le mouvement des troupes

d’attaque vers le camp et le déclenchement de l’attaque proprement dite. Les FAR ne

s’approchaient pas des installations du CND pour éviter tout prétexte du FPR de rompre

l’Accord de paix.

Mais à la question de savoir pourquoi Dallaire n’a pas empêché le FPR de sortir de son

enceinte alors que la MINUAR avait des chars positionnés autour du CND, au lieu de

dire au moins qu’il avait essayé et que le FPR a refusé, il a dit simplement : « Le FPR

vient de montrer sa stratégie, vous n’avez qu’à montrer la vôtre. » Même dans ses

allégations le Colonel Ballis alors chargé des opérations à la MINUAR ne dit pas qu’il

aurait tenté d’empêcher le FPR de sortir de l’enceinte du CND. Au contraire il prend

cause et effet du FPR et justifie sa sortie.

Sortie du CND par le FPR.

Colonel Ballis:

« Je n’exclus que des petits groupes de soldats du FPR soient en mesure de le faire

parce que c’était de très bons soldats. Mais partir du CND et arriver à l’endroit où

les missiles ont été tirés sans être vus, avec les missiles sur le dos, ça devient déjà

beaucoup plus compliqué, et ce serait quand même assez impressionnant avec les

missiles pareils.(Colonel Ballis)

C’est le 07 à 16h que des colonnes de militaires du FPR sont sortis du CND, pour

occuper le tour du CND, contrôler les accès pour avoir de l’espace pour manoeuvrer

et également avoir la garde présidentielle à l’oeil. Ils ont occupé des postes

d’observation sur le périmètre qui allait pratiquement de l’hôpital Roi Fayçal, l’hôtel

Méridien vers le Rond point, jusqu’au stade Amahoro. C’était des postes

d’observation juste pour contrôler et pouvoir réagir à temps, pas des positions de

combat (Colonel Ballis).

11

Observation:

Les allégations du Colonel Ballis quant à la sortie du commando du FPR avec des

missiles dénotent une mesquinerie et une légèreté indignes d’un officier de son rang.

Tellement il banalise cet acte qui a fait sombrer le pays dans la catastrophe! Il dévoile

en même temps son alliance avec le FPR. Jusqu’à ce jour personne d’autre, à part lui,

n’a dit que le commando du FPR serait sorti et se serait rendu sur le lieu du crime à

pied avec des missiles sur le dos. Il s’y est rendu en véhicule.

Par ailleurs le Colonel Ballis occulte le fait que c’est le FPR qui a pris l’initiative de

reprendre la guerre par l’attaque du camp Kimihurura de la Garde Présidentielle.

Sinon alors il devrait dire si c’est la Garde Présidentielle qui a tiré la première balle

sur le FPR! Pourtant le FPR a repris les hostilités vers 15h30 et le gros de son

Bataillon a attaqué le Camp de la Garde Présidentielle à Kimihurura. Il ne s’est pas

contenté des postes d’observation. Tandis que ses détachements positionnés dans la

ville ont repris les tirs et ont tenté de fermer les différentes voies menant à la

capitale. Mais ils se sont heurtés aux barrages spontanés dressés par des résistants.

Les fouilles spontanées effectuées par ces derniers ont devancé les éléments du FPR

et ont permis de découvrir des caches d’armes avant leur l’arrivée. Le message du FPR

capté du 4 avril 1994 signalant les caches de Gisozi et Gatsata est ainsi stipulé:

« Référence votre Communication. Honneur vous confier de suivre de près et nous

dire si nos stocks d’armes de Gatsata et Gisozi sont découverts. Si négatif, cherchez

tous les moyens possibles pour les protéger… » La neutralisation des éléments du

FPR infiltrés dans la capitale fut une surprise désagréable pour le FPR. Mais le 7 avril

1994 après-midi le Bataillon du FPR a simultanément attaqué le camp Kimihurura,

mis en marche son artillerie lourde et a pilonné le Camp Kacyiru de la Gendarmerie et

certains quartiers de la ville. Il a aussi amorcé le mouvement pour attaquer le camp

Kacyiru.

6- Contrôle du chargement des convois du FPR sur l’axe Kigali-

Mulindi par les FAR.

Extrait du rapport Mutsinzi:

- »Il est même arrivé que les FAR exigent le déchargement pour s’assurer du contenu

réel »(Colonel Ballis) [….] - »Arrivés à Ngondore, là où se séparait la zone du FPR et

celle des FAR, les militaires des FAR m’obligeaient à ouvrir la bâche et ils fouillaient

le camion. A Byumba, il y avait également une barrière des FAR sur laquelle ils me

demandaient de m’arrêter. Ils recommençaient la même fouille »‘(chauffeur Safari

Eugène alias Karakonje).

Observation:

Les FAR n’étaient pas autorisées à contrôler la circulation et le chargement (hommes

et matériels) des véhicules du FPR. C’est une seule fois que le Commandement du

secteur opérationnel Byumba a suspecté un chargement et a exigé un contrôle.

L’élément d’escorte de la MINUAR s’est opposé sous prétexte que la MINUAR assiste

au chargement. Tandis que le FPR a menacé de rompre l’accord de paix d’Arusha. Le

contrôle ponctuel du chargement des convois du FPR a été interdit. Par contre le FPR

et la MINUAR ont même tenté d’organiser des convois nocturnes à partir de Mulindi.

12

C’est l’élément du contingent Bangladais à la MINUAR détaché à Ngondore qui s’est

opposé catégoriquement et le convoi est retourné à Mulindi. Il faut noter aussi que

le contrôle de la circulation normale des personnes et des biens partout dans le pays

était aussi interdit aux forces de sécurité gouvernementales.

7- Interdiction du survol du CND.

Extrait du rapport Mutsinzi:

Quant à l’interdiction de survoler le CND, les témoins du FPR auditionnés rejettent

toute idée d’un plan machiavélique se cachant derrière cette mesure. L’interdiction

n’a pas été unilatérale, il s’est tout simplement agi d’une décision qui a été arrêtée de

commun accord entre le FPR, la MINUAR et le gouvernement rwandais, dans le but

de garantir la sécurité sur le CND : « C’était une mesure ordinaire de sécurité car il

aurait été très imprudent de laisser les avions tant civils que militaires survoler un

bâtiment abritant les officiels du FPR».

Observation:

L’interdiction du décollage et de l’atterrissage respectivement vers et venant de l’Ouest

survolant la ville de Kigali n’a pas été décidée de commun accord avec le

gouvernement, puisqu’il n’y eut aucune consultation ou réunion à cet effet. C’est le

FPR qui l’a imposée unilatéralement au mois de janvier 1994 sous prétexte que des

avions survolant le Secteur Ouest étaient soupçonnés d’être en mission de reconnaissance

de ses positions qui ne se limitaient qu’à la parcelle du CND. Le Général Dallaire n’a

fait que communiquer l’interdiction au Commandement des FAR, ajoutant que le FPR

menaçait de tirer sur des avions qui contreviendraient à cette interdiction.

Effectivement le FPR a tiré sur le C-130 belge avec mitrailleuse le 8 ou le 10 janvier

1994, heureusement sans le toucher

8- L’existence des barrages routiers.

Extraits du rapport Mutsinzi:

Ces témoins font état de l’existence des barrages routiers des FAR situés en différents

endroits entre le CND et le centre commercial de Kabuga ou logeait une section de la

gendarmerie nationale. Ces barrages étaient notamment placés à Remera-Giporoso,

Nyandungu, Mulindi et au KM 19 à la jonction de la route principale menant à

Masaka. Comme indiqué supra, ce barrage du KM 19 a fonctionné depuis la guerre

d’octobre 1990 et était toujours opérationnel le 06 avril 1994, le soir de l’attentat.

Le Sgt major Ngendahimana :

:«La localité de Masaka était entièrement gardée par l’armée rwandaise. L’endroit

qui est désigné comme le point de départ des tirs était sous le contrôle total de la

garde présidentielle…….».

Le Sgt Mutiganda Innocent:

« A partir du CND en direction de Kabuga, le premier barrage se trouvait à Remera-

Giporoso. Ce barrage était très renforcé. En descendant un peu, à Nyandungu, se

trouvait une autre barrière, mais moins renforcée. A Mulindi, se trouvait aussi une

barrière. Au Km 19, se trouvait une barrière de nos militaires. Au tournant, près des

13

champs du colonel Kanyarengwe, à côté de la route conduisant à Masaka, se trouvait

une autre barrière surveillée par nos éléments. C’est pour dire que les patrouilles des

FAR étaient solidement déployées le long de cette route. Connaissant le sérieux

contrôle qui s’effectuait sur ces barrages, il me paraît surréaliste de dire que le FPR

les a franchis, en véhicule, avec des armes lourdes derrière ».

Iyamuremye Emmanuel:

« Depuis l’assassinat de Gatabazi [en fevrier 1994], la sécurité a été très stricte et

très serrée, avec plusieurs patrouilles de militaires dans différentes parties de la ville.

Ces patrouilles étaient très nombreuses dans les localités de Kanombe et Kabuga à

tel point qu’il était impossible d’y pénétrer sans pouvoir décliner son identité. Les

patrouilles s’exerçaient le long de la route menant à Mulindi là où se trouve la prison

militaire, mais aussi dans les environs. Elles étaient effectuées par des militaires de la

garde présidentielle, du bataillon para-commando et parfois par des éléments

d’autres unités comme la compagnie L.A.A ou B.A.C. Je ne vois pas comment le FPR

aurait pu s’infiltrer avec des armes lourdes dans la zone de Kanombe et Masaka où

des patrouilles militaires se relayaient ».

En ce qui concerne particulièrement la journée du 06 avril 1994, le témoin Paul

Henrion rapporte que ce jour-là à 08 heures du matin, alors qu’il passait sur la route

Kigali-Rwamagana pour aller au lac Muhazi, il a vu un groupe de militaires

rwandais portant le béret noir de la Garde présidentielle. Il a sursauté en voyant quedeux d’entre eux avaient un béret incline du côté droit « à la française » leur insigne

étant bien visible. A son retour vers 20 heures, il a retrouvé le même groupe de

militaires au même endroit : « Le 06 avril 1994, je me suis rendu au lac Muhazi entre

7h30 et 9h. En sortant de Kigali chez Rwandex, il y a un barrage. A la bifurcation

vers l’aéroport, encore un barrage. J’arrive à l’usine Guitanite qui fabriquait des

tôles ondulées avec les papyrus, à l’entrée de Masaka, je vois en dessous de la pompe

de robinet, à côté d’un petit arbuste, deux jeeps avec des militaires, des gardesprésidentiels bérets noirs et dans ces bérets noirs j’ai vu qu’il y avait deux avec les

bérets à l’envers. Ils n’étaient pas mis ni à la belge ni à la rwandaise. Ils étaient mis à

l’autre sens, alors je dis : tiens : Qu’est-ce qui se passe ? Je vois dans la jeep une

bâche qui couvrait une

mitrailleuse, un quadruple. Arrivé à Kabuga juste dans la descente, je vois un canon

antiaérien et anti-blindé avec un chargeur dessus. Au retour, j’ai revu le même canon.

Au lieu d’être tourné vers le Km 27, il était tourné vers l’aéroport canon levé. Arrivé

à l’emplacement de la mitrailleuse, je vois les types qui sont en train de déblayer leur

outillage. Il était aux environs de 20h-20h05 min »

Le placement de cette arme de grand calibre sur la route Kigali-Kabuga est aussi

signalé par un autre témoin, l’adjudant chef Karambizi Philippe qui a rapporté au

Comité que le 05 avril 1994, Paul Henrion a vu entre Kabuga et le Km 19 un canon

sans recul posé sur une remorque ayant des pneus, placée en dessous de la route avec

une équipe de militaires des FAR à ses côtés. Quelques mètres plus loin, au Km 19

sur la route conduisant à Masaka, le témoin y a vu un groupe de militaires français

qui étaient en observation.

De son côté, Gérard Prunier relate avoir recueilli des informations qui indiquaient

que le soir de l’attentat : des hommes blancs sont repérés sur la colline de Masaka.

14

Observation:

Il n’existait plus de barrages sur les axes routiers en 1994 puisqu’ils avaient été

interdits par la Première Ministre Agathe Uwilingiyimana. La mesure a été plus

renforcée dans la Zone de Consignation des armes KWSA, sous contrôle de la

MINUAR, qui allait de Rutongo à Kabuga. Les positions militaires avaient été

identifiées et recensées par la MINUAR. Il n’y avait pas de position militaire à

Masaka. Même la Gendarmerie nationale à Kigali était soumise sous contrôle de la

MINUAR. Les patrouilles de routine de la police administrative (sécurité publique)

étaient effectuées par des équipes mixtes de la MINUAR et la Gendarmerie. S’il y

avait tous ces barrages cités dans le rapport Mutsinzi entre Remera et Kabuga les

militaires de la MINUAR en auraient parlé dans leurs témoignages. Or personne n’en

fait mention. Des éléments de la MINUAR, tel le Colonel Ballis, ne parlent que de la

présence des militaires français au KM 19, le 6 avril 1994. Mais cela aussi c’est une

diversion et une affaire de règlement de compte à la France pour se disculper puisque

toutes les informations alors disponibles convergeaient sur la complicité des belges

dans l’attentat. Le Colonel Ballis semble d’ailleurs extrapoler l’information de Mr

Paul Henrion évoquée ci-dessus, au lieu de baser son témoignage sur les rapports de

ses subordonnés.

S’il existait un barrage spécialement à Remera-Giporoso le groupe de liaison du FPR

auprès de la MINUAR, dirigé par Karenzi Karake, alors Lt Colonel, l’aurait attesté

puisqu’il circulait dans la ville de Kigali sans aucune limitation. Or le Comité

Mutsinzi ne semble même pas l’avoir interrogé. Le Comité Mutsinzi semble

également ne pas avoir interrogé la population de Giporoso, ni les cadres ou d’autres

anciens employés de SAR MOTOR et de la Limonaderie de Remera qui devraient

être les vrais témoins de la présence d’un barrage à ce carrefour.

Le fait que les différents témoins anciens militaires des FAR associent l’existence des

barrages et des patrouilles entre Kigali et Kabuga avec l’infiltration du commando du

FPR le soir du 6 avril 1994, c’est que le témoignage leur a été suggéré. S’il s’agissait

d’un témoignage libre et de principe les intéressés n’évoqueraient pas l’impossibilité

de cette infiltration.

Par ailleurs, les Unités non chargées de la sécurité publique et de la surveillance du

territoire telles qu’elles sont citées dans les témoignages ne pouvaient en aucun cas

s’autoriser à effectuer des patrouilles sur une axe routier national et en dehors de la

zone de défense de leurs positions, l’Etat-major de l’ Armée Rwandaise ne leur ayant

donné aucun ordre de le faire

L’Adjudant-chef Karambizi ne fait que répéter ce que Paul Henrion lui a raconté et

renchérit en précisant que les hommes soi-disant vus par Henrion étaient des Français.

Ce n’est pas son propre constat. Il y a une contradiction entre ce que Mr Henrion a

rapporté à Karambizi et ce qu’il a rapporté au Comité Mutsinzi. Il change de version

selon l’interlocuteur. A Karambizi il parle du constat du 5 avril 1994: un canon sans

recul posé sur une remorque ayant des pneus entre Kabuga et KM 19 et des militaires

Français (avec précision) en observation au KM 19. Notons qu’une remorque a quand

même toujours des pneus! Au Comité Mutsinzi il parle du constat du 6 avril 1994: des

militaires rwandais dont deux avec les bérets à l’envers (sans préciser à la française ou

des militaires Français), et deux jeeps dont une avec une bâche qui couvrait une

mitrailleuse, un quadruple au KM 19, un canon antiaérien et anti-blindé sur la

descente de Kabuga (passé Kabuga) vers KM 27 (vallée de Rugende). Il ne signale

15

rien entre KM 19 et Kabuga alors qu’il a raconté à Karambizi qu’il y avait un canon

sans recul.

Je précise qu’un affût quadruple 14,5 mm dont les FAR étaient dotées ne peut pas se

placer sur la jeep Land-Rover dont l’Armée rwandaise était équipée. Je suppose

également que le canon antiaérien et anti-blindé dont Henrion parle est le canon

bitube 37 mm. Ces deux armes étaient toujours tractées sur leurs roues par des

camions. Alors qu’on peut transporter deux missiles (ou même des dizaines de

missiles) SAM 16 dans une camionnette et passer inaperçu (comme le FPR l’a fait) il

n’était pas possible de conduire incognito ces armes aux endroits cités par MR

Henrion contrevenant aux règles de la Zone KWSA sous contrôle de la MINUAR.

Mr Henrion parle des bérets noirs de la Garde présidentielle. La Garde présidentielle

n’avait pas de signe distinctif ou d’uniforme particulier. Toute l’Armée rwandaise

portait les bérets noirs à part les Para-commando qui portaient le béret camouflé

cousu en tissu comme les vestes smoke. En outre les militaires rwandais portaient lebéret incliné du côté droit, justement comme les belges, ce que Mr Henrion a

constaté. Mais sa mauvaise foi le fait voir les choses à l’envers!

Tandis que les « hommes blancs » de Gérard Prunier ne pouvaient être que les

militaires belges de la MINUAR puisque Masaka était dans leur zone de contrôle. Et

la population de Masaka en a témoigné le lendemain de l’attentat, tout en précisant

que le 6 avril 1994 ils ont sillonné la zone plus qu’à l’accoutumée et patrouillaient

seuls, alors que d’habitude ils étaient en compagnie des gendarmes rwandais. La

population a également fait état, en plus des équipes de patrouilles en jeeps blanches

de la MINUAR, de la présence de deux militaires blancs à bord d’une camionnette

tout terrain de couleur orange, faisant des navettes entre le pont du Km 19 et Kabuga

et se sont s’arrêtés souvent au KM 19. Cette camionnette et les autres équipes sont

rentrées à Kigali à toute allure après la chute de l’avion.

Il faut rappeler qu’au cours de la procédure le Comité Mutsinzi a fait état de

témoignages divergents sur la présence des militaires à Masaka le 6 avril 1994.

Certains témoins ne parlaient pas du barrage mais de la présence des militaires

rwandais y compris le commandant de la Garde présidentielle en fin de la journée,

d’autres parlaient des militaires blancs en uniforme belge avec les bérets bleus de

l’ONU portés la française, d’autres parlaient des militaires blancs en uniforme belge

avec des bérets français. Ces informations contradictoires ont été diffusées sur

l’Internet et dans certains médias. Leur divergence démontre qu’il s’agit d’informations

fabriquées à des fins de diversion. Le rapport du Comité Mutsinzi les a occultés et

précise plutôt que ce sont des militaires français qui étaient en observation d’après

l’information que Henrion a donnée à l’ Adjudant-chef Karambizi.

Par contre, tel que stipulé plus haut, peu de minutes après la chute de l’avion, des

équipes de patrouilles de la MINUAR belge ont vite évacué les lieux. L’une d’entre

elles à bord d’une jeep mitrailleuse venant de l’Est est passée au centre de Mulindi à

très grande vitesse, arrivée au km 15 (bifurcation de la route menant à Ndera), elle a

ouvert le feu, arrivée au carrefour SAR Motor à Remera elle a tiré sur les gens. C’est

cette équipe qui est allée au Stade Amahoro et les militaires bangladais lui ont refusé

l’entrée. Pourquoi est-elle allée au Stade au lieu du Quartier Général de la MINUAR

basé à l’Hôtel Amahoro situé à 200 m seulement de l’entrée du stade?

16

Toutefois si les faits rapportés par Mr Henrion et Prunier avaient eu lieu, ces

militaires belges de la MINUAR qui patrouillaient dans la zone les auraient constatés

eux-mêmes et en auraient fait le rapport. De même la section du Lieutenant Lotin qui

est passée là-bas en allant à l’Hôtel Akagera et au retour aurait constaté ces faits et en

aurait informé sa hiérarchie par radio à l’aller et au retour; tandis que le militaire

rescapé de la section en aurait fait le rapport écrit. Pourquoi le Comité Mutsinzi n’a-til

pas interrogé le Colonel Luc Marchal pour savoir s’il a eu de tels rapports? Même le

Colonel Ballis qui se fait le porte-parole du FPR ne dit pas que son témoignage sur la

soi-disant présence des militaires français à Masaka est basé sur les rapports des

militaires de la MINUAR alors qu’il était chargé des opérations à la MINUAR. Il ne

fait que rapporter des « on-dit »! Les officiels du FPR qui ont été escortés à l’Hôtel

Akagera le 6 avril 1994 auraient dû aussi avoir constaté et rapporté les mêmes faits

que Mr Henrion. Le FPR ne se serait pas empêché d’évoquer leur constat dans les

tentatives de désinformation qu’il a faites pendant 15 ans. Tandis que le Comité

Mutsinzi aveuglé par le mensonge de Mr Henrion n’a même pas pensé à les entendre

quand bien même ils n’auraient fait qu’affirmer ce mensonge.

Les FAR ne pouvaient en aucun cas installer des barrages et déployer des armes

ostensiblement sur un axe routier contrôlé par la MINUAR au risque d’être taxé de

violation de l’Accord de Paix d’Arusha qu’elles avaient plutôt commencé à mettre en

application. Les actes concrets suivants et détaillés plus haut en témoignent la réalité:

La Création de la Commission de Démobilisation et d’Intégration dans la nouvelle

Armée Nationale une semaine seulement après la signature de l’ Accord de Paix

d’Arusha; la Définition des critères de démobilisation avec la participation de tous les

militaires des FAR et leur diffusion; l’Accueil du Premier Ministre désigné par le

Commandement des FAR, rassemblant le Ministre de la défense et tout son cabinet,

les deux Chefs d’Etats-majors et leur staff, ainsi que les commandants des camps, des

secteurs opérationnels et des unités autonomes; la Nomination par arrêtés

présidentiels des membres du Haut Conseil de Commandement de la nouvelle Armée

Nationale et ceux du Conseil de Commandement de la nouvelle Gendarmerie

nationale le 10 janvier 1994.

Je donne l’exemple d’un autre témoignage impossible de Mr Paul Henrion pour

démontrer que ce qu’il prétend avoir constaté le 6 avril 1994 de Rwandex-Gikondo à

Kabuga n’est qu’un montage. Dans un document publié sur google intitulé DossierRwanda: le 6 avril, le colonel Ballis était au CND, il est rapporté ce qui suit au

sujet de Paul Henrion dans l’Affaire des casques bleus belges tués au camp Kigali le 7

avril 1994:  » Paul Henrion, qui était rentré chez lui dans la matinée du 7, se souvient

que le minibus dans lequel les Casques bleus avaient été jetés est passé devant sa

maison: « ils étaient couchés, en désordre et derrière leur véhicule, il y avait une

Toyota rouge de la gendarmerie, qui semblait les suivre… »

D’où venait Mr Henrion dans la matinée du 7 avril 1994 vers 9 heures alors qu’il était

rentré de Muhazi le soir du 6 avril 1994, étant passé à Masaka vers 20 heures? Mr

Henrion n’habitait certainement pas l’une des 4 ou 5 villas officielles situées sur

l’Avenue de l’Armée en haut de l’ESM. C’est là où le minibus est passé pour déposer

les casques bleus au camp Kigali situé à moins de 400 m de la résidence de la

Première Ministre où ils ont embarqué. Même si Mr Henrion habitait là-bas il n’aurait

pas pu voir à l’intérieur du minibus, puisqu’à Kigali les maisons situées dans les

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quartiers résidentiels sont en retrait des routes. Elles ont un jardin devant, et une

clôture qui les séparent des routes. De plus c’était un minibus à 14 ou 16 places avec

ses sièges. Comment aurait-on pu faire coucher des gens alors justement qu’il y avait

des sièges. En outre les passagers étaient au nombre de 16 dans la partie utile du

minibus, le siège de devant étant occupé par le Major Bernard Ntuyahaga et le

chauffeur seulement. Parmi les 16 passagers il y avait les 10 casques bleus belges, 4

casques bleus ghanéens et 2 militaires rwandais d’escorte du Major. Il n’y avait même

pas de raison de les faire coucher puisque le Major Ntuyahaga, alors de passage, les a

pris à bord du minibus de bonne foi. Le Lt Lotin chef de la section des casques bleus,

désarmée et spoliée des radios par les mutins, lui ayant demandé de les conduire au

poste de la MINUAR le plus proche, afin qu’il puisse entrer en contact avec ses

supérieurs. Le Minibus était seul et aucun autre véhicule ne le suivait. Il passait près

de la résidence de la Première Ministre alors que le Major Bernard Ntuyahaga venait

de chez lui et se rendait au service à l’Etat-major de l’Armée rwandaise situé dans

l’enceinte du camp Kigali. Il les a alors déposés au poste des observateurs de la

MINUAR au camp Kigali et s’est rendu à son travail.

Il y a un lobby belge qui fabrique des histoires de diversion. En plus du Colonel Ballis

et de Mr Henrion, l’ancien Directeur de l’Hôtel Akagera, cité dans un autre document

publié sur google, a prétendu aussi qu’à son retour de l’Akagera le 6 avril 1994 vers la

fin de la journée, il a été contrôlé par des militaires de la Garde présidentielle au

barrage de Masaka KM 19, alors que d’habitude, disait-il, ils ne le contrôlaient pas

parce qu’ils le connaissaient; ainsi pour dire que la Garde présidentielle avait une

position permanente sur ce barrage. Or la Garde présidentielle n’a jamais tenu des

barrages en dehors des installations présidentielles. Et aucune autre unité de l’Armée

rwandaise n’a tenu ce barrage de Masaka même avant la signature de l’Accord de Paix

d’ Arusha. Ce n’était qu’un poste de contrôle de routine de la Gendarmerie Nationale,

mais qui n’existait plus depuis la signature de l’ Accord de Paix d’Arusha. Tous ces

témoins qui parlent des barrages sur la route Remera-Kabuga, plus celui de Paul

Henrion à Rwandex, ignorent les mesures de sécurité qui régissaient la Zone de

Consignation des Armes, KWSA, sous contrôle de la MINAUR. Sinon ils n’auraient

pas osé inventer ces histoires rocambolesques!

Par contre la coïncidence du déplacement de Mr Paul Henrion vers l’Est et celui du

Directeur de l’Hôtel Akagera, avec celui du groupe des officiels du FPR escorté par la

section du Lieutenant Lotin à l’Hôtel Akagera le 6 avril 1994 à l’insu de la hiérarchie

de la MINUAR, particulièrement du Colonel Luc Marchal commandant le contingent

belge paraît suspecte. Mr Henrion peut aussi être allé à l’Hôtel Akagera pour la même

circonstance plutôt qu’à se limiter à Muhazi! Toutes ces histoires de barrages et de

présence de militaires rwandais à Masaka sont tout simplement inventées dans le but

d’écarter la possibilité pour le FPR de s’être rendu à Masaka et d’avoir tiré sur l’avion

du Président Habyarimana à partir de là. Ce groupe de Belges qui les invente se

dévoile et c’est certainement lui qui est remercié dans le télégramme intercepté du

FPR félicitant l’Escadron renforcé!

9- Assassinat de Habyarimana par son entourage y compris sa

propre famille.

a) Complot ourdi par les FAR.

18

L’histoire du complot ourdi par des membres des FAR est sans fondement, puisque

aucune information y relative n’avait été portée à la connaissance du commandement

de l’ Armée rwandaise, soit officiellement soit officieusement. En effet si cela était

raconté dans toutes les unités du camp Kanombe tel que les témoins du Comité

Mutsinzi le prétendent les renseignements militaires l’auraient certainement su.

D’une manière générale le Comité Mutsinzi entérine les témoignages non vérifiés et

attribue en ordre dispersé le complot à certains officiers des FAR, notamment le

Colonel BEMS Théoneste Bagosora, le Lt Colonel BEMS Anatole Nsengiyumva, le

Major CGSC Aloys Ntabakuze, le Major François Xavier Nzuwonemeye, le Major

Protais Mpiranya, auxquels il ajoute le Lt Laurent Nubaha, le major BEM Emmanuel

Neretse et le Capitaine Innocent Sagahutu.

Il incrimine les intéressés sans prouver leur complot, soit par des réunions soit par des

échanges de correspondances écrites ou télégraphiques. Le Colonel Bagosora ne

pouvait en aucun cas demander au Lt Colonel Anatole Nsengiyumva de quitter son

secteur opérationnel de Gisenyi à l’insu de l’Etat-major de l’ Armée Rwandaise alors

que ce dernier pouvait le chercher à tout instant. Une réunion de tous ces officiers à

Kigali ne pouvait passer inaperçue. Il ne pouvait créer un réseau de transmission

parallèle au réseau des FAR sans que la station directrice de l’Etat-major de l’ Armée

rwandaise ne le constate. De plus le Lt Colonel Nubaha, commandant du camp Kigali

et le major Nzuwonemeye, commandant du bataillon de Reconnaissance ainsi que le

Capitaine Sagahutu ne pouvaient recevoir des messages suspects alors qu’ils étaient

servis par le centre des transmissions de l’Etat-major. Les renseignements militaires

de l’Armée rwandaise n’ont jamais eu écho d’un complot contre le Président

Habyarimana au sein des FAR, mais plutôt au sein du FPR.

Le gouvernement rwandais s’évertue à reprocher le juge antiterroriste Jean Louis

Bruguière d’avoir établi les mandats d’arrêt contre les membres du FPR sans les avoir

entendus. Pourtant le Comité Mutsinzi incrimine ces officiers alors qu’il ne les a pas

entendus pour infirmer ou affirmer les allégations qui les concernent; alors que la

plupart sont disponibles à Arusha, et que le Comité n’avait pas de difficulté de

conduire des commissions rogatoires dans des pays d’asile des autres.

Annulation de l’Exercice de parachutage à Nyandungu par le Major Ntabakuze

et réunion à l’Etat-major de l’Armée Rwandaise la journée du 6 avril 1994.

Extraits du rapport Mutsinzi.

Le Sgt major Emmanuel Munyaneza:

«Le 06 avril dans la matinée, nous devrions nous rendre dans la vallée de Nyandungu

pour y effectuer des exercices de parachutage. Un message est venu de l’Etat-major

invitant le major Ntabakuze à aller participer à une réunion urgente. Immédiatement,

Ntabakuze a pris la mesure de suspendre les exercices de notre bataillon qui étaient

prévus pour la journée du 06 avril et s’est rendu dans ladite réunion en laissant

l’ordre de rester prêts. Lorsque le major Ntabakuze nous transmettait cet ordre, il

semblait être très préoccupé. Cette suspension devait avoir un motif que j’ignore».

19

L’adjudant Ndaruhutse Elias:

« Le 06 avril 1994, les exercices de parachutage ont été supprimés par le major

Ntabakuze, il nous a dit que la situation n’était pas bonne et nous a placés en alerte

».

Le Sgt Ngirumpatse Pascal:

« J’étais l’un des moniteurs qui étaient prévus pour coordonner les exercices de

parachutage dans la matinée du 06 avril. Je m’étais rendu à l’endroit où ils devaient

se dérouler pour l’observation des lieux et la mise en place du matériel. Tout était

prêt. Pendant que j’attendais l’arrivée des militaires qui devaient participer aux

exercices, l’adjudant-chef Canisius alias Ndabashinzwe dont j’oublie le nom exact,

est venu m’informer que les exercices venaient d’être annulés. Il ne m’a pas donné

des explications sur les motifs de l’annulation. J’ai plié le matériel et je suis allé

informer les compagnies concernées ».

Observation:

J’atteste qu’aucune réunion n’a été tenue à l’ Etat-major de l’ Armée rwandaise la

journée du 6 avril 1994. Le Major Aloys Ntabakuze ne pouvait donc pas aller dans

une réunion qui n’a été convoquée par personne. Le message convoquant la réunion

évoqué par le Sergent Emmanuel Munyaneza est imaginaire. On peut d’ailleurs se

demander la place qu’il avait pour savoir que son unité a reçu un message de l’Etatmajor!

Les commandants d’unités n’étaient jamais conviés aux réunions de l’Etatmajor

même s’il y en avait une. Par ailleurs le major Ntabakuze n’aurait pas pu mettre

en état d’alerte son unité seulement dans un camp militaire qui en comptait 7, alors

qu’il n’y avait pas de situation nécessitant son intervention quelque part.

Quant à l’annulation de l’exercice de parachutage dans la vallée de Nyandungu le 6

avril 1994, le Comité Mutsinzi aurait dû contacter le Major Ntabakuze pour infirmer

ou affirmer l’information. Cependant, même à supposer que le cas ait eu réellement

lieu, il ne faut pas l’associer avec les préparatifs de l’attentat du 6 avril 1994. La

raison aurait plutôt été l’absence du seul avion para Nord-Atlas qui avait été

réquisitionné et avait transporté la délégation à Dar-es-Salaam. En effet les

programmes d’instructions dans les unités étaient mensuels et établis plusieurs

semaines à l’avance. Il est donc fort probable que le commandant du bataillon Para

Commando ait établi le programme d’instruction du mois d’avril au cours du mois de

mars, et ait prévu l’exercice de parachutage le 6 avril 1994. Mais l’avion para étant

réquisitionné et parti pour Dar-es-Salaam le 5 avril 1994, l’exercice devait

naturellement être annulé. La communication serait alors parvenue aux moniteurs le

matin du 6 avril 1994. Les témoins font de la spéculation parce qu’ils ignoraient

l’absence de l’avion para!

Communications spéciales de la Garde Présidentielle (p. 126-127 du rapport

Mutsinzi).

Les Extraits du rapport Mutsinzi:

Ngarambe Elias:

« Il y avait une maison qu’on appelait ‘Maison de sécurité’ qui se trouvait à la

résidence présidentielle de Kiyovu. Cette maison avait des appareils permettant la

communication directe avec l’avion. Des militaires spécialistes en transmission y

20

assuraient tout le temps la permanence. Ils disposaient de fréquences sur lesquelles

ils communiquaient avec l’avion, mais pas de fréquence de communication avec la

tour de contrôle ».

Kamana François:

«Je vous signale que le président Habyarimana avait l’habitude de communiquer

avec la garde présidentielle avant de s’adresser à la tour de contrôle. En général,

c’était soit lui-même qui le faisait en personne, soit son officier d’ordonnance, le

major Bagaragaza. Ils donnaient un signal au commandant de la garde présidentielle

quand le Falcon 50 entrait sur le territoire rwandais pour leur dire l’endroit où il se

trouvait et quand il s’apprêtait d’atterrir à Kanombe. Je me souviens même qu’au

moment de décollage à Dar-es-Salaam, quand l’avion se trouvait encore sur le

tarmac, que le major Bagaragaza a informé les officiers de la garde présidentielle

restés à Kigali, de l’heure de départ de l’avion. Je pense qu’il s’est adressé au

commandant du camp GP, le major Protais Mpiranya. Etant donné que j’étais le plus

ancien, tout le monde avait confiance en moi, ce qui me donnait la chance d’être plus

informé d’un certain nombre de choses que mes autres camarades de la garde

présidentielle ».

« Le major Mpiranya Protais était le commandant de la garde présidentielle. En cette

qualité, il dépendait du ministre de la défense. Il disposait d’un réseau radio

indépendant des forces armées rwandaises FAR. Un poste G.P. était stationné à la

résidence présidentielle de Kiyovu.[….] Il y avait là aussi une radio avec laquelle les

G.P. pouvaient communiquer entre eux et avec notamment le bataillon

Reconnaissance.[…] Les G.P. pouvaient communiquer avec toutes les forces armées

mais l’inverse n’était pas vrai. De plus, les blindés équipés de radios se trouvaient

également à la résidence présidentielle de Kiyovu »

Observation:

Bien que je ne l’atteste pas, j’estime qu’il était tout à fait normal que la Garde

présidentielle dispose d’un moyen de communication indépendant et d’un réseau

interne séparé du réseau ordinaire de l’ Armée rwandaise et que la station directrice

soit installée à la maison de Sécurité à Kiyovu. Elle devait pouvoir coordonner les

missions de ses différents détachements (Kiyovu, Kanombe, Gisenyi, Rambura,

etc…) sans passer par le réseau ordinaire de l’armée, étant donné qu’elle ne recevait

pas d’ordre de l’ Etat-major et ne lui rendait pas compte de ses missions de routine en

ce qui concerne la sécurité présidentielle. Par contre prétendre que la station

communiquait avec l’avion présidentiel relève d’une pure imagination.

Aussi prétendre que le Président Habyarimana communiquait personnellement avec la

Garde présidentielle avant de s’adresser à la tour de contrôle c’est une aberration. Il ne

pouvait pas chaque fois savoir quand l’avion entrait sur le territoire rwandais pour le

signaler à la garde présidentielle avant le pilote à la tour de contrôle. L’avion

présidentiel disposait d’un salon présidentiel séparé de la partie réservée à la

délégation par une cloison. Il n’était pas équipé d’un poste de radio monté au salon

présidentiel pour que le président puisse communiquer directement avec la garde

présidentielle. Un garde du corps se trouvant dans la partie réservée à la délégation ne

pouvait savoir si le président se levait pour aller dans la cabine de pilotage afin de

communiquer avec la garde présidentielle. Si l’officier d’ordonnance était appelé au

21

salon présidentiel, il fermait la cloison et la délégation ne pouvait savoir pourquoi il

était appelé.

Concernant la communication de l’officier d’ordonnance avec la Garde présidentielle

avant le décollage de Dar-es-Salaam le 6 avril 1994 alors que l’avion était encore au

tarmac, il y a lieu de se demander comment il l’aurait fait en présence de Kamana qui

était aussi au tarmac. Le Major Bagaragaza avait-il alors un poste radio E/R portatif

au sol, de longue portée, par lequel il est entré en contact avec la garde présidentielle?

Pourtant il n’avait même pas le téléphone satellitaire portable, puisque le système

n’était pas encore connu au Rwanda. Tandis que le téléphone satellitaire avec une

grande antenne parabolique (pas la valise) à déployer au sol, dont le président

Habyarimana disposait n’avait pas été emporté.

Il est aussi aberrant de prétendre que le commandant de la garde présidentielle pouvait

communiquer avec toutes les forces armées mais que l’inverse n’était pas vrai. Cela

n’est techniquement possible que sur un poste radio qui n’a que la réception, le

système d’émission ayant été bloqué. Or toutes les unités des FAR étaient équipées de

postes émetteurs-récepteurs. Par contre la garde présidentielle ne communiquait

presque jamais avec les unités des FAR étant donné qu’elle n’avait pas d’informations

à échanger avec elles dans le cadre de ses missions. Pour échanger des messages les

Unités devaient requérir l’autorisation de l’Etat-major de l’Armée rwandaise. Plus

précisément la garde présidentielle ne pouvait pas communiquer avec le bataillon de

reconnaissance alors que ce dernier n’avait pas sa propre station. Ses communications,

comme celles de toutes les unités du camp Kigali passaient par le centre des

transmissions de l’Etat-major et cela sur autorisation.

Implication de l’entourage du Président Habyarimana.

Extraits du Résumé du rapport Mutsinzi:

« Le 08 janvier 1993, alors qu’il se trouve a Arusha, le colonel Bagosora, chef de

cabinet au Ministère de la défense, claque la porte des négociations de paix en

prononçant ces mots à l’égard des Tutsi et du FPR : « Je rentre pour leur préparer

l’apocalypse». Deux semaines plus tard, juste après la signature du troisième

protocole d’Arusha, relatif à la fusion des deux armées, une association secrète

AMASASU est créée au sein de l’armée rwandaise, le 20 janvier 1993, par des

officiers extrémistes qui optent pour la poursuite du conflit arme contre le FPR,

préconisent la mise à l’écart des Tutsi, organisent des actions de massacres ethniques

et se donnent également pour objectif de « détecter et détruire s’il le faut tous les

politiciens hypocrites qui font tout pour gérer cette guerre afin de se maintenir

illégalement ou se hisser frauduleusement au pouvoir ».

« AMASASU se veut être le bras armé du Hutu power30 et est dirigée par le colonel

Théoneste Bagosora sous le pseudonyme de Commandant Mike Tango se qualifiant

comme le Conseil suprême des AMASASU« .

« Le major Bernard Ndayisaba qui vivait au camp Kanombe dans la compagnie Génie

militaire explique le contexte de la naissance et du développement de cet extrémisme

au sein des FAR ayant conduit à l’assassinat du Chef de l’Etat :

22

« Au camp Kanombe, est née une association initiée par des officiers extrémistes qui

s’appelait AMASASU dont la caractéristique était celle de combattre énergiquement

les Accords d’Arusha. La plupart des commandants des bataillons et des unités du

camp Kanombe en faisaient partie, notamment le colonel Bagosora, le major

Ntabakuze, le colonel Baransaritse, le major Ntibihora, le major Munyapotore et

autres. Ces gens-là n’hésitaient pas à qualifier publiquement le président

Habyarimana de traître pour le simple fait qu’il avait signé ces Accords. Ils

l’accusaient d’avoir vendu le pays au FPR. Ce groupe organisait la fuite de ce type

d’informations dans le journal Kangura pour propager de telles idées à la

population. Ils jetaient aussi des tracts dans les rues, surtout dans les camps

militaires pour intoxiquer les militaires contre Habyarimana. Ils y mettaient

également des noms d’officiers qu’ils accusaient de collaboration avec le FPR ».

Observation:

La préparation de l’apocalypse est gratuitement attribuée au Colonel Bagosora par le

fait même qu’il n’était pas à Arusha dans la période où on lui prête les propos. Aucun

témoin parmi les délégations qui étaient à Arusha n’a attesté ces propos devant le

TPIR. C’est une invention du FPR qui l’avait déjà étiqueté pour en faire un bouc

émissaire des tristes événements ultérieurs que le FPR projetait. De même le FPR

attribue gratuitement à Bagosora le pseudonyme de Commandant Tango Mike

signataire des tracts alors lancés par AMASASU.

AMASASU s’est manifestée dans un tract apparaissant comme une lettre adressée au

Président de la République le 20 janvier 1993 et s’est identifiée en toutes lettres

comme étant: Alliance des Militaires Agacés par les Séculaires Actes Sournois des

Unaristes. Les membres de cette organisation n’ont pas été identifiés, même pas le

signataire des tracts sous le nom code Tango Mike. Ce tract semblait s’attaquer à la

classe politique accusée de collaborer avec le FPR. Alors qu’il dénonçait les

préparatifs d’une attaque d’envergure du FPR, celui-ci a effectivement fait un raid

dans la ville de Ruhengeri et attaqué sur le front nord-ouest dans les préfectures de

Ruhengeri et Byumba le 8 février 1993. Au cours de cette offensive le FPR a tué plus

de 40.000 civils et fait plus de 350.000 déplacés de guerre, portant le nombre des

déplacés à un million.

Le deuxième tract s’attaquait aux officiers supérieurs disant que ce sont eux qui font

que la guerre ne finit pas, sans en donner d’amples explications. Ceci montre que cette

organisation ne comptait pas des officiers supérieurs dans ses rangs, y compris le

Colonel Bagosora, et ne pouvait surtout pas être leur émanation. Par ailleurs

AMASASU et les deux tracts peuvent être une imagination d’une seule personne qui

se dit organisation.

Prétendre que l’association AMASASU est née au Camp Kanombe et que la plupart

des commandants de bataillons et des autres unités en étaient membres c’est une

aberration. Si les membres de cette organisation AMASASU étaient connus au camp

Kanombe, que ses soi-disant membres qualifiaient publiquement le Président

Habyarimana de traître et qu’ils jetaient les tracts dans les rues et dans les camps

militaires, le Commandant du camp Kanombe, alors le Colonel BEMS Félicien

Muberuka qui semble ne pas être étiqueté, en aurait rapporté officiellement à l’Etatmajor.

Ou bien l’Etat-major l’aurait su par d’autres sources et au moins un tract du

genre lui aurait été apporté. Or aucune information n’a filtré sur cette organisation. A

23

part les deux tracts susmentionnés que cette organisation a lancés publiquement,

AMASASU ne s’est plus manifestée. C’est ce qui a compliqué l’identification de ses

membres, si membres il y avait et si ce n’était pas un individu se disant organisation!

La base des AMASASU au Camp Kanombe n’était pas parmi les hypothèses de l’Etatmajor

de l’Armée rwandaise. Les deux tracts connus ne s’attaquaient pas au Président

Habyarimana. Les autres tracts ou actes attribués à cette organisation qui viseraient

le chef de l’Etat auraient été fabriqués.

Par ailleurs s’il y avaient des commandants d’unités du camp Kanombe qui auraient

qualifié publiquement le Président Habyarimana de traître pour le simple fait qu’il

avait signé ces Accords, l’ Etat-major de l’ Armée rwandaise aurait demandé des

explications aux intéressés et pris des mesures statutaires appropriées. Ils auraient

prêché contre les convictions profondes de toutes les FAR. Or rien ne s’est passé!

Extraits du Résumé du rapport Mutsinzi

« Les prémices du complot d’assassinat du président Habyarimana sont apparues dès

1992 après qu’il eut donné l’ordre au ministre de la défense, James Gasana, de

mettre à la retraite des ténors de l’armée et de la gendarmerie, entre autres les deux

chefs d’état-major, les colonels Laurent Serubuga et Pierre-Célestin Rwagafirita,

ainsi que le colonel Bonaventure Buregeya, chef de la sûreté nationale et cousin de

l’épouse du Président. En réaction contre cette mesure, des officiers supérieurs

concernés s’organisèrent en une association devancière de celle d’AMASASU,

appelée ABARUHARANIYE, dont la direction fut confiée au colonel Serubuga

……… »

« Des le début de l’année 1994, des propos exprimés publiquement, relayés par des

écrits des extrémistes de la Coalition pour la Défense de la République (CDR), dont

le hérault était Hassan Ngeze, rédacteur en chef de Kangura, prédisaient que la mort

du président Habyarimana surviendrait au mois de mars 1994, en précisant que

l’auteur de l’assassinat sera un Hutu agissant au bénéfice des Tutsi…. »

« Rappelons qu’au niveau du commandement, le FPR devait avoir 50% des postes,

alors que du cote gouvernemental la proportion pour les simples militaires dans la

nouvelle armée serait de 60% seulement des effectifs, ce qui signifie qu’il devait y

avoir un grand nombre de limogeages parmi les officiers et les militaires des FAR, ce

qui ne manquait pas de les inquiéter. L’élimination du Président intervint dans ce

contexte de coup d’Etat dont le fer de lance était le colonel Bagosora appuyé par les

chefs des unités spéciales des FAR, principalement la garde présidentielle, les

bataillons Para-commando et Reconnaissance, et l’occasion était belle pour la mise a

exécution immédiate de la phase finale du génocide ».

Observation:

L’attribution de l’assassinat du Président Habyarimana à son entourage taxé d’être

opposé à l’Accord de Paix d’Arusha est antithétique et cynique. Même le Colonel

Bagosora à qui on attribue encore cette machination n’a jamais émis un avis contre le

partage du pouvoir avec le FPR alors qu’il a participé aux négociations. Il a peut-être

seulement émis des réserves sur le trop de concessions faites au FPR et sur ses

intransigeances. Ceci n’est que normal dans les négociations.

24

Dire que l’entourage de Habyarimana ne voulait pas perdre ses postes et ses faveurs

en citant notamment les officiers retraités ou ceux qui seraient démobilisés n’a pas de

fondement. Le Président Habyarimana restait le Président de la transition. C’était un

atout pour sa famille biologique et sa famille politique. L’élection du Président

Habyarimana à une bonne majorité de 75% au moins après la transition était sûre vu

les alliances politiques qui venaient de se nouer comme stipulé plus haut.

Habyarimana avaient encore au moins 7 ans à passer à la magistrature suprême du

pays. Sa famille nucléaire, notamment son épouse, garderait ses privilèges et son

honneur. Les membres de sa famille élargie n’étant pas nombreux pouvaient toujours

être placés si népotisme obligerait. Pourtant en tuant Habyarimana sa famille

nucléaire perdrait tous les privilèges qui reviendraient à la famille de son remplaçant,

pendant que la famille élargie perdrait aussi toutes les facilités attendues durant la

période de transition et même après les élections. Donc son assassinat par les siens est

antithétique, car il aurait des retombées négatives en leur défaveur. Ils n’avaient aucun

intérêt à le tuer alors que celui du FPR se passe de discussion.

Les officiers déjà mis à la retraite en juin 1992 n’avaient pas à reprocher cette

disposition à Habyarimana en l’associant avec la signature de l’Accord de Paix

d’Arusha intervenue une année plus tard. Ils auraient dû s’en prendre plutôt à

l’opposition qui a exigé leur départ. Puisque les partis politiques avaient la latitude

d’attribuer des postes à leurs membres, le MRND pouvait placer les officiers de son

obédience retraités ou démobilisés à des postes convenables dans des ministères lui

attribués. Le Colonel Bagosora pouvait même maintenir son poste de Directeur de

cabinet au Ministère de la défense pendant la transition et après les élections. D’autres

pouvaient être des Directeurs de projets attribués au MRND, des parlementaires,

etc… Les officiers retraités en général et le Colonel Bagosora en particulier n’avaient

aucun intérêt à assassiner Habyarimana.

Notons aussi en passant que le Colonel Buregeya n’était pas le chef de la sûreté

nationale quand il a pris la retraite en 1992. Il était le commandant de l’ Ecole

Supérieure Militaire.

Par ailleurs ce n’est pas le ministre de la défense qui a mis les officiers à la retraite. Il

n’en avait pas la compétence. La mise à la retraite des officiers était la prérogative

exclusive du Président de la république au même titre que leur nomination, leur

démission et leur révocation, et cela par arrêté présidentiel.

Les allégations du Comité Mutsinzi à ce sujet sont encore une preuve de fabrication

des informations propre au FPR. Il est tellement ancré au mensonge qu’il ne pense

même pas à consulter les textes réglementaires ou demander de vraies informations

aux anciens officiers qui sont à sa portée tel que le Général Marcel Gatsinzi, actuel

ministre de la défense du FPR!

Concernant la CDR, elle n’avait pas la force d’empêcher la conclusion de l’Accord de

Paix d’Arusha. Elle ne s’opposait pas non plus au partage du pouvoir avec le FPR. Elle

dénonçait seulement le trop de concessions données au FPR. Le Président

Habyarimana soutenait la participation de la CDR dans les Institutions de Transition à

Base Elargie. De ce fait la CDR n’avait aucun intérêt à assassiner son allié.

25

Le document attribué à un certain Thaddée de la CDR, daté du 29 mai 1994 à Kigali

qui aurait été remis à Madame Colette Braeckman par « un porteur non identifié » pose

des interrogations! Même si le porteur n’a pas donné son nom et son adresse en guise

d’identification, serait-il blanc donc communément européen ou américain, serait-il

africain ou apparemment asiatique? Le Bureau de Colette Braeckman est-il isolé et

non dans le complexe du SOIR où l’accès ne devrait normalement être autorisé

qu’après l’identification du visiteur? La porte du bureau de Colette Braeckman étaitelle

toujours ouverte pour y entrer comme au marché sans s’annoncer d’abord?

Thaddée existe-il pour le confronter avec ce document ou a t-il existé réellement? Le

Comité Mutsinzi l’a-t-il contacté s’il existe? Comment le porteur est-il entré en

relations avec Thaddée et où et comment a-t-il reçu le document. La seule possibilité

étant la remise en mains, soit au Rwanda soit à Goma car ce n’est qu’à Goma qu’on

prenait des avions pour quitter la région au mois de mai 1994. En tout cas pas par la

poste puisque elle ne fonctionnait plus depuis le 7 avril 1994! Pourquoi le document

a-t-il était donné à Colette Braeckman? Se connaissait-elle avec Thaddée? Fut-ce

l’initiative du porteur de le lui apporter alors que ce n’est pas à elle que Thaddée l’avait

destiné?

Ce document d’une écriture « masquée » avec des lettres bizarres pour cacher l’écriture

authentique de l’auteur, ne serait-il pas un faux fait en prévision des investigations

éventuelles dans le but de l’exhiber en guise de désinformation?

Quelle était la formation de Thaddée et quelle était son occupation ou fonction avant

avril 1994 puisque le document est écrit en français? Quelle était sa vraie place au

sein de la CDR? Ne serait-il pas un faux à l’instar de la lettre du Colonel Gilles

Bonsang de la Commission Mucyo? En tout cas malgré le maquillage de cette

écriture, en lettres capitales déformées, elle a l’air d’être de l’école britannique et non

de l’école latino-franco-belge à laquelle Thaddée devrait avoir été formé! Si Thaddée

et le porteur ne sont pas identifiés, rien n’exclut que le document aurait été rédigé à

Bruxelles par une autre personne s’attribuant le nom de Thaddée de la CDR, pour le

présenter à la Commission parlementaire belge sur le Drame rwandais par

l’intermédiaire de Mme Colette Braeckman, et brouiller les pistes!

Extraits du rapport Mutsinzi:

Selon le lieutenant Jean de Dieu Tuyisenge qui a travaillé comme agent de

renseignements à la présidence de la République de 1988 à 1994:

« C’est à partir du 26 février 1994, que l’information d’assassiner le président

Habyarimana s’est petit à petit révélée. Je parle de cette date parce que ce jour-là le

colonel Sagatwa m’a appelé en tant qu’agent de renseignements militaires et m’a

donné la mission de sonder discrètement dans l’armée pour savoir l’impact négatif

qu’il pourrait y avoir si l’on procédait à l’emprisonnement de certaines personnes

influentes, y compris des officiers militaires. Je me suis informé et je me suis rendu

finalement compte que les commandants des unités d’élite des FAR étaient tous dans

cette clique qui souhaitait faire un coup d’Etat. Qu’il s’agisse de Mpiranya, Neretse,

Nubaha, et autres….. »

Selon l’ adjudant-chef Munyaneza Denis « Le 06 avril dans la journée, je voyais que

mes chefs directs, le major Nzuwonemeye et le capitaine Sagahutu se comportaient

d’une façon qui n’était pas comme les autres. J’ai constaté que l’un et l’autre

26

faisaient des mouvements d’aller et de retour au camp en jeep comme s’il s’agissait

de la préparation d’une opération militaire. D’autres officiers comme Nubaha et

Neretse étaient dans les mêmes mouvements. Ce n’était pas habituel ce genre

d’attitude, on voyait qu’il y avait quelque chose qui avait changé dans le

comportement journalier de ces officiers. Leurs mouvements montraient qu’ils étaient

préoccupés par la préparation de quelque chose, mais je ne peux pas préciser

laquelle. En tout cas, Sagahutu n’était pas stable du tout ce jour-là, contrairement à

son habitude ».

Observation:

Le Comité Mutsinzi et ses témoins retournent l’information que les services de

renseignements avaient sur la menace du FPR, et attribuent celle-ci à ceux qu’ils

appellent extrémistes de la partie gouvernementale. L’information que le Lt Tuyisenge

travestit concerne plutôt le plan du FPR qui comptait exploiter le chaos consécutif à

l’assassinat du Ministre Félicien Gatabazi le 21 février 1994. C’est à cette occasion

que le FPR voulait tenter un coup d’état et reprendre la guerre. Mais la partie

gouvernementale ayant vite maîtrisé la situation et empêché le chaos, le FPR a reporté

son plan.

Le Lt Tuyisenge s’aventure à citer les noms des officiers qu’il s’imagine lui-même

comme les chefs de file. Or aucun desdits officiers n’était de nature à comploter contre

le Président Habyarimana. Par ailleurs le major BEM Neretse et le Lt Colonel Nubaha

n’étaient pas des commandants d’unités d’élite. Le major Neretse était commandant du

1er bataillon Muvumba alors déployé dans le secteur opérationnel de Ruhengeri. Par

contre ce bataillon fut dépêché en renfort à Kigali à partir du 9 avril 1994 après-midi.

La convergence des fausses allégations du Lt Tuyisenge et l’ Adjudant-chef

Munyaneza dénote qu’elles leur ont été suggérées.

Les deux faux témoins citent le major Neretse dans leur montage parce qu’ils peuvent

l’avoir vu à partir de cette date sans savoir exactement quand et comment il se trouvait

à Kigali. Le Lt Colonel Nubaha était le Commandant du camp Kigali et de la

Compagnie Quartier Général (Cie QG). Il n’avait que le rôle administratif aussi bien

sur les unités implantées au camp Kigali que sur les éléments disparates de cette

compagnie formée par des personnels travaillant à la Présidence, au Ministère de la

défense et à l’Etat-major de l’ Armée Rwandaise, non organisée comme une unité de

combat. Toutefois le fait que les deux faux témoins citent major Neretse alors qu’il

n’était pas à Kigali le 7 avril 1994 c’est une preuve qu’ils se sont consultés ou ont été

associés par le Comité Mutsinzi pour faire le même montage.

Extraits du rapport Mutsinzi:

« Des militaires des FAR attestent que l’évocation de l’assassinat du président

Habyarimana revenait souvent dans des conversations initiées par leurs collègues

originaires de Gisenyi et Ruhengeri, et que cette information avait été prise très au

sérieux par les services proches du président de la République ».

« Plusieurs autres militaires des FAR, notamment ceux du camp de Kanombe,

auditionnés par le Comité dans divers endroits du pays, confirment l’existence d’un

plan de coup d’Etat et d’élimination du président de la République… »

27

« Le journal Kangura dans son numéro spécial 53 publié en décembre 1993 titrait sur

sa couverture: Habyarimana mourra en mars 1994 et expliquait que cette mort sera

réalisée dans le cadre d’un assassinat exécuté en marge d’une cérémonie religieuse

ou d’une grande conférence internationale ».

Observation:

Si des informations sur le pseudo complot attribué aux FAR circulaient de façon

prémonitoire au sein des Unités des FAR, les commandements des Camps et des

unités en auraient informé l’Etat-major de l’Armée rwandaise par un Compte Rendu

Occasionnel de Sécurité (CROS). Or aucun n’a signalé cette situation. Par contre

l’Etat-major de l’Armée rwandaise avait des dizaines d’informations provenant d’autres

sources depuis le 21 novembre 1993 qui se sont succédées au fur et à mesure, toutes

parlant de la menace du FPR et jamais d’un complot interne aux FAR. C’est

certainement ces informations que les militaires commentaient de leur manière étant

donné qu’ils ne pouvaient avoir accès à la version réelle. Tandis que le Comité

Mutsinzi les retourne contre la partie gouvernementale. Des exemples:

-L’information du 21 Novembre 1993 signale la présence d’un escadron du FPR

infiltré dans la Capitale Kigali pour enlever et assassiner le Chef de l’Etat. C’est

probablement cette information que Hassan Ngeze a rapportée de sa façon et publiée

au journal Kangura en décembre 1993. Il ne faisait pas état de la menace de la partie

gouvernementale.

-L’information du 5 Janvier 1994, signale que le bataillon FPR au CND possède des

missiles SAM 7. Le jour de l’arrivée du bataillon du FPR à Kigali le 28 décembre

1993 les infiltrés qui ont été déversés dans la ville de Kigali ce jour-là, selon le

rapport du commandant du bataillon PM susmentionné, n’étaient certainement pas

tous briefés sur la discrétion et ont raconté que le FPR avait amené des armes non

contrôlées et non autorisées. La population a entendu et parlé, et l’information est

arrivée aux renseignements militaires de l’Armée Rwandaise.

-Le rapport de renseignement du 12 janvier 1994, signalait que le FPR a tenté de tuer

le Président Habyarimana pendant ses déplacements par route, mais qu’il a échoué à

cause des mesures de sécurité prises par la Garde Présidentielle, que le Président

Habyarimana sera abattu à bord d’un aéronef et que ça passera inaperçu.

-En janvier 1994, une lettre adressée à Kagame et saisie à Muhura-Byumba sur un

certain Zubere de Nyamirambo ville de Kigali, disait qu’il n’était pas facile

d’assassiner le Président Habyarimana sauf avec au moins 100 Hommes en tenue

civile. Le passeur avait évité la route normale Kigali- Mulindi et avait utilisé des

chemins détournés pour emmener ce rapport à Kagame.

-Le 14 février 1994 un militaire, cadre de la MINUAR a signalé que le FPR au CND

possédait des Missiles SAM avec certitude.

-La dernière information datait du 2 avril 1994 faisait état de la combinaison des

assassinats des autorités civiles et militaires et leaders des partis politiques proches du

MRND et éliminer spécialement le Chef de l’Etat et le Chef d’Etat-Major de l’Armée

Rwandaise, déclencher simultanément l’offensive généralisée et foncer sur Kigali. Ces

attaques étant prévues entre le 03 et le 09 avril 1994. Cette information de source

28

européenne suggérait que le Président Habyarimana ne fasse pas le déplacement du 6

avril 1994 à Dar-es-Salaam.

C’est certainement ces informations qui sont parvenues aux soldats étant déformées

ou qui étaient délibérément travesties et retournées contre les militaires de l’ Armée

rwandaise pour semer la confusion, si réellement elles ont circulé au camp Kanombe.

Partant, si au cours de la réception à l’Hôtel Méridien le 4 avril 1994 le Colonel

Théoneste Bagosora « a déclaré qu’il était opposé au déplacement du président de laRépublique en Tanzanie, et que l’avion dans lequel il voyagera, sera abattu », c’est

bien suite à cette information du 2 avril 1994. Sa déclaration montre que le Colonel

Bagosora se souciait de la sécurité du Président Habyarimana plutôt que de planifier

son assassinat. Interpréter cette déclaration comme si Bagosora disait qu’il allait

commanditer l’assassinat du Président Habyarimana, c’est travestir sa pensée. S’il avait

le plan d’abattre l’avion du Président, ce déplacement étant une occasion propice,

Bagosora ne se serait pas opposé et ne l’aurait pas déclaré. Lui attribuer l’attentat c’est

antithétique!

Extraits du rapport Mutsinzi:

« Les circonstances entourant la mort du président Habyarimana dans un attentat

contre son avion seront examinées en deux volets, l’un politique, l’autre militaire. Au

niveau politique le président Habyarimana se trouvait confronté à une crise d’Etat

qu’il devait résoudre. Les institutions prévues par les Accords d’Arusha devaient être

rapidement mises en place, faute de quoi des sanctions de l’ONU risquaient d’être

prises, suivies de celles des puissances amies du Rwanda, notamment la Belgique ».

« Sur le plan militaire, les Accords d’Arusha prévoyaient l’intégration des deux

armées en une armée nationale nouvelle. Certains militaires des FAR, officiers et

subalternes, n’étaient pas opposés à cette décision, fatigués qu’ils étaient par quatre

années d’un conflit qui avait occasionna des dizaines de milliers de morts et de

blessas graves. Par contre d’autres militaires de haut rang, essentiellement

originaires des préfectures de Gisenyi et Ruhengeri, résistèrent à cette intégration et

adoptèrent une position radicale de rejet et d’hostilité vis-à-vis des Accords

d’Arusha ».

Observation:

C’est le gouvernement rwandais qui a toujours demandé les négociations de cessez-lefeu

en vue de pouvoir négocier un accord de paix, mais le FPR violait ces cessez-lefeu,

puisqu’il ne voulait que la prise du pouvoir. La plus grave violation étant l’attaque

du 8 février 1993 sur tout le front Nord-Ouest, au cours de laquelle il a massacré plus

de 40.000 personnes Le FPR a été sommé de retourner à ses positions de départ et

d’accepter les négociations de paix. L’Accord de Paix d’Arusha lui a accordé plus

qu’il ne méritait. Il a fait semblant d’en être satisfait comme un trompe-l’oeil, mais il a

continué de préparer la guerre devant le conduire à la prise du pouvoir total. C’est

aussi le FPR qui a bloqué la mise en place des Institutions de Transition en boycottant

les cérémonies de prestation de serment le 5 janvier et le 25 mars 1994. C’est au FPR

qu’il fallait faire des pressions puisqu’il continuait de rebuter la CDR alors que même

le corps diplomatique soutenait sa participation aux Institutions de Transition. Tandis

que le discours du Président Habyarimana du 15 janvier 1994 quant au respect des

29

clauses de l’Accord de Paix d’Arusha est sans équivoque. C’est le FPR qui ne le

respectait pas! J’ai déjà démontré que l’Accord de Paix d’Arusha était soutenu par les

FAR et que ces dernières avaient commencé à le mettre en application.

b) Commande, livraison, détention et maniement des missiles SAM.

Extraits du rapport Mutsinzi:

« Les FAR disposaient en effet de spécialistes en artillerie anti-aérienne formes dans

différents pays, notamment la France, la Libye, la Chine, la Corée et l’Union des

Républiques socialistes soviétiques ».

« Le 13 juillet 1992, l’ambassade de Russie au Rwanda a adressé une note verbale

positive au Ministère rwandais des affaires étrangères avec copie au Ministère de la

défense en lui faisant connaître que « le Gouvernement de la Fédération de Russie a

donné son accord à une livraison au Rwanda au cours des années 1992-1993 du

matériel militaire dont la liste est ci-jointe d’un montant de 26 millions de US$, le

paiement devant être effectué au cours de l’année même de la livraison en devises

convertibles ».

Selon Richard Mugenzi « Une autre information dont j’ai eu connaissance concerne

le dispositif anti-aérien des FAR. Dans les derniers mois de l’année 1993, je ne me

souviens pas exactement du mois précis, le lieutenant BIZUMUREMYI chargé de

renseignements militaires à Gisenyi, avec qui je travaillais souvent dans ma fonction

d’opérateur, m’a dit que les FAR possédaient des missiles sol-air qui venaient d’être

livrés par la France pendant ces jours-là……»

« En effet, en décembre 1994, Human Rights Watch a publié un rapport établissant

que les FAR disposaient en avril 1994 d’un arsenal anti-aérien assez performant

qu’elles ont amenées au Zaïre après leur défaite » (liste dont 40-50 SA-7 missiles et

15 Mistral AAM missiles)………..

« L’enquête de Human Rights Watch et le témoignage du Cpt Sean Moorhouse

permettent de se rendre compte que les FAR disposaient d’un armement anti-aérien

important puisqu’elles avaient des missiles Mistral qui sont des armes aussi

performantes que les SAM-16, puisque le Mistral a une portée de 5 Km et un poids de

20 Kg, alors que le SAM-16 IGLA (URSS) dénomme Gimlet par l’OTAN a une portée

de 5Km comme le Mistral et un poids de 18 Kg ».

« Les informations fournies par Human Rights Watch ne sont pas les seules puisque la

présence de 15 missiles Mistral dans l’arsenal des FAR avait été signalée par le

contingent belge de la MINUAR, lequel avait insisté, moins d’une semaine avant

l’attentat, sur le danger de tirs de missiles à Kigali contre les C-130 de la force

aérienne belge« .

« De son côté, Dallaire assure que les FAR « avaient des batteries anti-aériennes à

l’aéroport de Kigali et un nombre indéterminé de missiles SA-7, ce qui est un

armement suffisant pour abattre un avion en approche d’atterrissage ».

30

Observation:

Concernant l’acquisition des armes antiaériennes, les anciennes autorités militaires

rwandaises ne nient pas les différentes commandes qui ont été faites. La volonté

d’acquérir des armes antiaériennes a bien existé et n’est que normale. Cependant il n’y

eut aucune livraison.

Le Comité Mutsinzi semble travestir la lettre de l’Ambassade de Russsie. De toutes

les façons la note verbale diplomatique portant accord de fourniture diffère de la note

ou du bordereau de livraison de l’usine de fabrication, des entrepôts d’une autre armée

ou d’un autre fournisseur agréé, avec la liste des matériels et leurs numéros de série.

Ladite note verbale de l’ Ambassade de Russie tient-elle lieu du bordereau de

livraison?

Il aurait fallu chercher l’ancien chef du service de Gestion et approvisionnement au

Ministère de la défense et lui demander s’il y eut livraison de missiles SAM

commandés et de quel fournisseur. Il aurait fallu chercher et entendre l’ancien

Commandant de la Base militaire de l’Armée rwandaise qui avait la gestion de

l’armement dans ses attributions pour savoir s’il a réceptionné des missiles SAM,

quelle provenance, s’il les a stockés dans ses entrepôts et à quelle unité il les a livrés.

Concernant la détention et le maniement des SAM il aurait fallu chercher et entendre

l’ancien Commandant du Camp Colonel Mayuya (camp Kanombe) et commandant du

Secteur opérationnel de la ville de Kigali, le Commandant de l’Artillerie de

Campagne et des anciens officiers du Bataillon Antiaérien. Il aurait fallu notamment

demander si cette unité spécialisée, qui devait détenir les missiles antiaériens si les

FAR en étaient dotées, avait au moins un seul militaire qui connaissait des missiles

antiaériens, les avait vus et manipulés, avait reçu un entraînement et où il l’a reçu.

Il aurait fallu aussi chercher des anciens officiers de la Garde présidentielle se

trouvant à l’étranger et leur demander si l’un ou l’autre militaire de leur unité a reçu un

entraînement aux Missiles antiaériens, si cette unité était dotée de telles armes, depuis

quand et de quelle provenance. Mais aussi le Comité Mutsinzi semble ne pas avoir

interrogé le Colonel Evariste Murenzi, ancien officier de la Garde présidentielle qui

s’est distingué par la délation dans le dossier Mucyo contre la France. Sinon il a eu le

courage de dire que la garde présidentielle n’a jamais possédé les missiles SAM et son

témoignage n’a pas été retenu tout simplement.

Il aurait fallu chercher l’ancien G1 (Chef du personnel) de l’Armée rwandaise et

l’ancien chef de service de la Coopération militaire au Ministère de la défense et leur

demander s’il y eut un militaire Ex-FAR qui reçut un entraînement aux missiles

antiaériens. Il aurait fallu même interroger le dernier chef du personnel au Ministère

de la défense et lui demander s’il y a eu un seul militaire des FAR qui a reçu un tel

entraînement.

Le rapport n’avait pas à établir que les FAR disposaient de spécialistes en artillerie

antiaérienne. C’était un fait puisque les FAR avaient une Unité de défense

antiaérienne. Cependant les militaires rwandais affectés au Bataillon antiaérien

n’avaient reçu que la formation sur les Mitrailleuses quadruples 14,5 et les Canons

bitubes 37 mm. Ce sont les seules armes antiaériennes dont cette unité était dotée.

Quant à dire qu’ »ils avaient été formés dans différents pays, dont la Corée et la

31

France, au maniement de missiles sol-sol et « avaient des connaissances dans le

maniement des missiles sol-air  » c’est une affirmation gratuite sans preuves. Le

Comité Mutsinzi a-t-il identifié au moins un seul militaire des FAR qui a fait la

formation aux missiles, dans quel centre d’entraînement et à quelle période? Les FAR

établissaient régulièrement les situations des effectifs sur lesquelles figurait la

qualification pour les spécialistes. Lorsque certains militaires étaient en formation à

l’Etranger la formation qu’ils suivaient était aussi précisée en face de leurs noms. Le

Ministère de la défense n’ayant rien évacué et le FPR ayant trouvé toutes les archives,

il devrait montrer un tel document sur lequel figurent ceux qui ont reçu la formation

aux missiles sol-air. Sinon c’est de la fabulation. La vérité est que personne des FAR

n’ a reçu cette formation.

Si les FAR avait jamais possédé des missiles sol-air ou si certains militaires les

avaient appris, le Lieutenant-Colonel BEMS Innocent Nzabanita (Breveté d’Etudes

Militaires Supérieures de l’Ecole de Guerre Interarmes de France), alors commandant

en second du camp Colonel Mayuya (camp militaire de Kanombe), ayant été

responsable de la coopération militaire au Ministère de la défense, devant avoir

manipulé les dossiers des militaires qui ont été envoyés en formation à l’étranger,

aurait requis le commandant du Bataillon antiaérien ou un autre militaire formé pour

identifier les lanceurs qui ont été découverts dans les buissons dans la vallée de

Masaka le 25 avril 1994 par la population. Il n’aurait pas été obligé de requérir le

concours du Lieutenant Ingénieur « civil » Augustin Munyaneza pour identifier les

lance-missiles pour la simple raison qu’ils portaient les lettres russes et que l’intéressé

connaissait le Russe, et non parce qu’il connaissait les missiles sol-air.

Le Lt Colonel BEMS Innocent Nzabanita a été tué par le FPR par pendaison dans la

prison de Gisenyi après son rapatriement en 1997. De même le Lt Colonel CGSC

Stanislas Hakizimana, alors commandant le Bataillon antiaérien, a été tué avec sa

famille et sa belle-famille après son rapatriement en 1997. Ce sont des témoins

potentiels sur la détention ou pas de missiles sol-air par les FAR et sur la formation ou

pas de servants, qui ont été éliminés, et bien beaucoup d’autres!

Le contingent belge précise-t-il l’unité qui détenait les 15 missiles Mistral? Par

ailleurs s’agit-il de tout le contingent, sinon de son représentant habilité le Colonel

Luc Marchal qui en était le commandant, pour généraliser et attribuer l’information à

tout le contingent? Si l’information émane de l’un ou l’autre militaire, le Colonel

Marchal à qui ses hommes devaient rendre compte l’a-t-il confirmée? A défaut de

cela, l’information qui lui aurait été cachée serait fausse et pure machination. Par

contre il s’est avéré qu’au sein de son Unité il y avait des gens qui le doublaient! Il est

inconcevable que le contingent belge ait suspecté les FAR de posséder des missiles

antiaériens alors que c’est un cadre du même contingent qui avait informé l’Etat-major

de l’Armée rwandaise en février 1994 que le FPR disposait des missiles SAM avec

certitude au CND. Quant au « danger de tirs de missiles à Kigali contre les C-130 dela force aérienne belge » ce n’est que le FPR qui le présentait puisqu’il avait déjà tiré

sur un C-130 belge à partir du CND en janvier 1994, même si c’était avec une

mitrailleuse antiaérienne.

Où est-ce que le Général Dallaire a-t-il localisé des missiles SAM 7? Peut-il attester

avoir demandé des explications à la partie gouvernementale, pour les avoir cachés,

alors qu’on lui a donné toute la situation de l’armement en dotation? En tout cas il n’a

32

fait aucun reproche aux FAR! Par conséquent qu’il ne doit pas prétendre que les FAR

en disposaient.

Quant à l’information sur la livraison des missiles SAM 16 aux FAR par la France,

donne-t-elle les numéros de ces missiles et atteste-t-elle comment et quand la France

les a livrés aux FAR? Où étaient-ils entreposés? N’est-ce pas que cette information fut

diffusée par le Professeur Philip Reyntjens qui a déjà confessé d’avoir diffusé des

informations sans fondement? Le Comité Mutsinzi l’a-t-il entendu? Tandis que

Richard Mugenzi l’a adoptée et l’a attribuée au Lt Bizumuremyi puisqu’il sait qu’il est

mort et ne peut le contredire!

Quant aux rapports du Cpt Sean Moorhouse et de Human Rights Watch sur la remise

de 40 à 50 missiles antiaériens aux autorités zaïroises, faudrait-il savoir de qui ils ont

reçu l’information. Ont-ils vu de leurs propres yeux et compté les armes dont ils ont

reproduit la liste? Cette liste était-elle signée par les anciennes autorités habilitées des

FAR en guise de reconnaissance de la possession de ces engins et de leur remise aux

autorités militaires Zaïroises?

La prétendue possession de 40 à 50 missiles antiaériens SA-7 et 15 Mistrals AAM par

les FAR est aussi en contradiction avec la thèse de Patrick de Saint Exupéry qui

prétend que le gouvernement rwandais a demandé 2 missiles SAM à la France en

1993. Or ni la possession ni la demande n’a eu lieu.

La vérité est que les FAR n’ont jamais été équipées de missiles antiaériens et aucun

militaire des FAR ne les connaissait. De même le nombre de certaines autres armes

citées sur la liste est très supérieur à la dotation réelle des FAR. Les FAR n’avaient

pas non plus d’armes antiaériennes de 23 mm au même titre que les SAM.

Paradoxalement la liste ne contient pas les canons 122 mm, 105 mm et les Lanceroquettes

multiples Katiusha 107 mm qui étaient les meilleures armes d’appui des

FAR, malgré leur nombre limité. Elle ne cite pas les missiles sol-sol Milan. Cette liste

est donc imaginaire.

Cependant la présence des missiles sol-air aux mains FPR au CND, signalée d’abord

au début du mois de janvier 1994, était confirmée depuis le mois de février 1994. Les

chancelleries occidentales en étaient informées.

c) Le tir de missiles à partir du camp militaire de Kanombe.

La précision avec la laquelle une demi douzaine de militaires ex-FAR « déclarent que

les tirs de missiles ont été tirés à partir de le clôture de la résidence présidentielle ou

tout près » suppose que ces témoins étaient sur les lieux du tir. Faisaient-ils partie du

détachement de la garde présidentielle déployé au périmètre de défense de la

résidence?

D’autres témoins disent que les tirs seraient partis de l’intérieur du camp ou des

environs du camp sans indiquer de quel côté. Ces témoignages sont vagues, preuve

qu’ils sont forgés. Aucun de ces témoignages ne précise la direction des projectiles. Or

l’avion ne pouvait pas tomber d’aplomb au jardin de la résidence présidentielle s’il a

été abattu par des missiles tirés sur lui à la hauteur de la clôture de la résidence. Il en

est de même si l’avion a été atteint après avoir dépassé la vallée Nyarugunga selon

33

Silas Siborurema. A vol d’oiseau ce serait à 200 ou 300 m de la résidence

présidentielle. Un avion abattu ne s’écrase pas d’aplomb au point de l’impact ou à

quelques mètres. Il va s’écraser plus loin en fonction de l’altitude à laquelle il se

trouvait, sa vitesse, sa trajectoire et son poids. Par conséquent si l’avion avait été

atteint par les missiles alors qu’il arrivait au niveau des endroits cités, il se serait

écrasé soit entre la résidence présidentielle et l’hôpital militaire de Kanombe, soit à la

hauteur du camp Kanombe côté nord, soit dans l’enceinte du camp, dans le quartier

de la Compagnie des Bâtiments Militaires et Quartier Maître ou de la Compagnie

Transport, et sinon tout près du bout Est de la piste ou sur la piste même.

Les témoignages recueillis 15 ans après l’attentat par le Comité Mutsinzi ne sont que

des montages suggérés aux témoins conditionnés pour les exposer. Ils ne peuvent

supplanter ceux qui ont été recueillis de première main auprès de la population de

Masaka, Rusororo et Ndera déposant librement le lendemain de l’attentat. Les

habitants de ces localités ont affirmé avoir vu des missiles tirés de la vallée de

Masaka.

Dans ses tentatives de diversion pour se disculper pendant 15 ans, le FPR attribuait

l’attentat à la partie gouvernementale, mais il citait chaque fois Masaka comme le lieu

de départ des missiles. Tandis que le Comité Mutsinzi vire brusquement à 180 degrés

pour couper court avec cette thèse. Il occulte les témoignages qu’il a recueillis sur

cette thèse au cours de la procédure.

Le Comité Mutsinzi n’a pas entendu les habitants du versant Nyarugunga proches du

lieu de départ supposé des missiles que les experts britanniques situent dans le

domaine du camp militaire de Kanombe à moins de 200 m de leurs habitations. Or ces

habitants auraient certainement entendu les détonations ou le souffle au départ des

missiles. Ceux qui se trouveraient dehors pourraient même situer avec précision la

position de lancement. Le Comité a craint que la population ne le désarme en

contredisant d’office sa thèse.

Le fils du Président Habyarimana, Jean Luc qui est le meilleur témoin oculaire de la

triste scène, atteste sans ambages que les missiles ont été tirés à partir de Masaka. En

effet Jean Luc qui attendait le retour de son père était dehors et regardait l’avion venir

de l’horizon. Il a bien vu la direction de provenance des missiles, comment ils ont

atteint l’avion et a assisté à la terrible chute de l’avion devant lui dans le jardin de la

résidence présidentielle. Jean Luc n’a aucun intérêt à couvrir l’assassin de son père

quelle que soit son appartenance politique ou régionale et sa couleur. Si les missiles

avaient été tirés à partir du domaine militaire de Kanombe tel que présenté par le

Comité Mutsinzi, Jean Luc aurait entendu le départ et vu les missiles venir de son

côté droit et non plus loin à Masaka.

d) Le Document: Rwanda Downward Spiral

« Dès le 8 avril 1994, le Département d’Etat Américain reçoit des informations du

Haut Commandement de l’ Armée rwandaise selon lesquelles un missile tiré par les

extrémistes Hutu de la Garde présidentielle a abattu l’avion transportant les

Présidents….conformément à l’ Ambassade à Kigali et DAO (Defense Attaché

Officer) à Yaoundé. Il est significatif que personne au sein du Commandement

rwandais n’accuse le FPR d’être à l’origine de l’ attentat », précise le document.

34

Observation:

Ce rapport semble être de la désinformation destinée à orienter les décisions des

autorités américaines. Il serait important de savoir à quel moment l’ Ambassade des

USA à Kigali et DAO à Yaoundé ont reçu ladite information et de la part de qui (la

personne). Il faut savoir si c’est à l’ Ambassadeur des USA lui-même que

l’information a été livrée directement ou s’il a été informé par l’un ou l’autre de ses

agents! Le DAO Yaoundé a-t-il reçu l’information directement par la même source

(personne) du « Haut commandement de l’Armée rwandaise »? Si oui, comment ce

service étranger basé à l’étranger recevait-il directement des informations du « Haut

commandement de l’ Armée rwandaise »? Sinon a-t-il été informé par l’ Ambassade

des USA à Kigali?

Que veut-on dire par « Haut Commandement de l’ Armée Rwandaise » puisque cette

terminologie n’était pas d’usage à l’ Armée rwandaise? S’il s’agit de l’ Etat-major de l’

Armée rwandaise, cela suppose que l’information devrait avoir été livrée à

l’Ambassade des USA par une autorité habilitée pour être acceptée. Si l’information

émane de l’ Etat-major de l’ Armée rwandaise et qu’elle date du 7 ou 8 avril, ce

devrait être le Colonel Joseph Murasampongo remplaçant momentanément le chef

d’Etat- major qui l’aurait livrée pour lui accorder une certaine probabilité. Le Colonel

BEM Marcel Gatsinzi désigné Chef d’Etat- major ad intérim de l’ Armée Rwandaise

n’étant arrivé à Kigali que le 8 avril vers 17 heures et pris ses fonctions dans la

soirée.

Si par « Haut Commandement de l’ Armée rwandaise » on veut plutôt dire le

Commandement des Forces Armées rwandaises, terme consacré pour désigner le

Commandement de l’ Armée rwandaise et celui de la Gendarmerie nationale réunis

autour du Ministre de la défense, l’information devrait avoir été livrée par le Colonel

Théoneste Bagosora, Directeur de Cabinet au MINADEF, le 7 avril 1994 avant-midi

pour être acceptée comme provenant des FAR, car c’était lui l’autorité habilitée à

parler au nom des FAR (voir notamment tous les communiqués qui sont sortis, c’est

lui qui les signait). Si l’information date du 7 avril après-midi elle devrait avoir été

livrée par le président du Comité de crise créé par la réunion du Commandement des

FAR tenue à l’ ESM le 7 avril 1994 à partir de 10 heures, à savoir le Général-major

Augustin Ndindiliyimana. L’information a-t-elle été transmise physiquement à

l’Ambassadeur par l’autorité militaire rwandaise habilitée et bien identifiée qui s’est

déplacée à l’Ambassade ou à l’envoyé de l’Ambassadeur qui s’est déplacé à l’Etat

major de l’Armée rwandaise; a-t-elle été transmise par téléphone par l’autorité

militaire de l’Etat-major de l’Armée rwandaise habilitée, qui téléphonait

habituellement à l’ambassade et dont on reconnaissait la voix pour attester que c’était

bien l’intéressé? Mais si l’information émane de quelqu’un d’autre, elle ne peut être

qu’une manoeuvre de diversion montée et lancée par un élément du FPR se présentant

comme étant du Haut Commandement de l’Armée rwandaise ou par un élément de la

cinquième colonne. N’importe quel militaire, quel que soit son rang et sa fonction, ne

pouvait s’arroger le droit de communiquer avec les ambassades. Mon observation est

valable pour la même thèse évoquée par l’ Ambassadeur de France au Rwanda dans sa

note du 25 avril 1994 à Paris. De qui avait-il reçu l’information selon laquelle « les tirsprovenaient de Kanombe où se trouve un camp de la garde présidentielle ». Il n’y

avait pas de camp de la garde présidentielle à Kanombe. Il y avait seulement un

35

détachement commis à la défense en surface de la résidence présidentielle, déployé

sur le périmètre de celle-ci.

Le Commandement des FAR a suspecté le FPR dès l’annonce de l’attentat suite aux

renseignements susmentionnés dont il disposait sur le complot du FPR d’attenter au

président Habyarimana. C’était le point de vue des membres de la réunion spontanée

des officiers supérieurs des FAR tenue en lieu et place du Commandement des FAR

à l’Etat-major de l’Armée rwandaise la nuit du 6 au 7 avril 1994, donc avant la

communication de ladite information à l’ Ambassade des USA à Kigali. Il est donc

faux de rapporter que « personne au sein du Haut Commandement de l’ arméerwandaise n’accusait le FPR d’être à l’origine de l’ attentat« . On était plutôt surpris

par la version de diversion du Général Romeo Dallaire qui s’évertuait à parler

d’accident alors que l’avion était abattu par des tirs d’engins sol-air:

En effet suite aux télégrammes du FPR interceptés par le Commandement

opérationnel de Gisenyi et relayés à l’Etat-major de l’Armée rwandaise, dont les

extraits sont repris ci-dessous, le Commandement de l’Armée rwandaise savait dès le

7 avril 1994 à 7 heures que c’est le FPR qui a commis l’attentat. Par conséquent

aucune autorité habilitée de l’Etat-major de l’Armée rwandaise n’aurait donné

l’information contraire au contenu de ces télégrammes, attribuant l’attentat aux

éléments de la Garde présidentielle à partir de rien. Le lecteur peut tirer la conclusion

lui-même car ces informations se passent de commentaire.

e) Preuves d’assassinat du Président Habyarimana par le FPR

Les messages de félicitation et de réjouissance du FPR interceptés:

- »Nous avons entendu la voix de Radio-Rwanda disant que le tyran et le Président

Burundais sont morts par accident inopiné. Ce n’est pas possible pour nous!. Nous ne

croyons pas comme IKINANI CYANANIYE ABAGOME N’ABAGAMBANYI (c’est à dire

l’invincible) soit mort. Bref, nous félicitons les groupes d’actions en profondeur. La

victoire veut dire avantage remporté à la guerre sur autrui. Moral Haut! « .

(Fax du 07 Avril 1994 à 07H00 du Commandement opérationnel GISENYI)

-RMT du 06 Avril 1994 à 09H00, la réunion qui devrait avoir lieu à MULINDI ce jeudi

07 Avril 1994 est annulée. Je vous remercie et vous félicite de l’opération d’hier. La

récompense est à vous pour le moment. Toutes les unités doivent se mettre en état

d’alerte. La guerre commence… » ( Fax du 07 Avril 1994 à 07H20 du Commandement

opérationnel GISENYI)

- »Vous confie la mission de terminer le projet comme je vous l’ai précisé. Le plan est

presque terminé. Les gorilles (HUTU) ont échoué et les bergeronnettes (TUTSI) ont

gagné le match …. » (R Fax du 07 Avril 1994 à 07H55 du Commandement opérationnel

GISENYI)

- »Vous informons que la mission de notre ESCADRON RENFORCE s’est soldée par une

réussite brillante contre le MRND-CDR et le FRODEBU-PALIPEHUTU. Sachez que le

Chef du pays du Sud (BURUNDI) a succombé avec son Ministre du Plan et celui des

Communications. Dans la Ville principale (KIGALI) on tire dans toutes les rues…. Nous

continuons d’attendre la réaction de nos amis du pays du Sud pour vous donner les

36

nouvelles instructions. Le Chef (MUSEVENI) a regagné KAMPALA sans problème et la

communication de ses services avec nos éléments intérieurs s’est passée dans meilleures

conditions et cela avec l’aide de la Communauté Belge et les Eléments du pays du Sud

nous ont beaucoup aidés pour la Réussite de notre mission qui n’était pas facile à

réaliser. Nous remercions sincèrement tous ceux qui ont contribué à la Réussite de la

mission de notre ESCADRON RENFORCE. Nous félicitons spécialement les spécialistes

infiltrés dans la Ville Principale pour réorganiser l’ESCADRON. Pour chacun de vous

le renfort important vous arrive incessamment. Le Chef (MUSEVENI) est prêt à nous

tenir comme d’habitude la main forte et nous promet de nous accompagner jusque dans

la Ville Principale…:……Courage, notre réussite est irréversible et on pourra nous

donner Rendez-vous tous dans la Ville Principale ». (Télégramme INT/OPS/94/691 du 07

Avril 1994 du Commandement opérationnel GISENYI relayé à 08H45)

- »Nous avons tué le Grand Chef avec l’aide de nos amis belges. Malheur à la

deuxième ethnie ».

- »C’est une date inoubliable pour nous et même pour notre ethnie …. Si le Président de

la République est tué, on peut dire que nous sommes sûrs de la victoire … ».

La vallée de Masaka est le seul lieu de départ des missiles quel que soit l’auteur de

l’attentat. Pendant les 15 années écoulées le FPR et son lobby tentaient d’impliquer les

FAR par diversion, en retournant les informations sur la complicité belge en la

complicité française, mais ils citaient aussi le lieu de Masaka: Présence à Masaka des

militaires des FAR y compris le Commandant de la Garde présidentielle; présence des

militaires blancs portant l’uniforme français; présence des militaires blancs portant

l’uniforme belge avec des bérets français; présence des militaires blancs portant

l’uniforme belge et des bérets bleus de l’ONU portés à la française. Certaines des ces

informations ont été partiellement publiées par le Comité Mutsinzi. Et maintenant le

même Comité change complètement, oublie Masaka et situe le départ des missiles au

camp militaire de Kanombe ou dans son domaine.

10- Interdiction à la MINUAR d’accéder à certaines zones dont le

camp Kanombe

Extrait du rapport Mutsinzi:

« …dès le matin du 6 avril, la force de la Minuar a été empêchée d’accéder à certaines

zones dont le camp Kanombe, des armes lourdes ont été dissimulées dans l’une des

caches d’armes souterraine, les fréquences des communications militaires ont été

modifiées ».

Observation:

Depuis la création de la Zone de consignation des armes KWSA sous le contrôle de la

MINUAR, il fut installé des équipes des observateurs de la MINUAR dans tous les

camps militaires de Kigali y compris le camp Kanombe. Ces observateurs assuraient

la permanence de jour et de nuit et se relayaient. La MINUAR avait pris toutes les

clés des magasins d’armement et ce sont ces observateurs qui ouvraient et fermaient

lors de la relève des personnels de garde. Il y avait pour chaque camp un nombre

déterminé de militaires de garde. La garde montante et la garde descendante prenaient

et remettaient respectivement les armes en présence des observateurs. A Kanombe il y

37

avait une poudrière située dans le domaine du camp en contrebas sud du camp. Il était

soumis au même régime que les magasins des unités situés dans l’enceinte du camp.

D’où venaient ces armes lourdes qui « ont été dissimulées dans l’une des cachesd’armes souterraine », le matin du 6 avril 1994, combien de caches souterraines se

trouvaient au camp Kanombe et dans quel quartier du camp à part la poudrière

susmentionnée?

Concernant les fréquences des communications, si réellement elles ont été modifiées,

ça n’aurait été qu’une opération normale périodique. Il se pourrait alors que par

coïncidence ce soit le 6 avril 1994. Et ceux qui l’on constaté, mais de mauvaise foi,

associent cette opération avec l’attentat. Toutefois si les fréquences ont été modifiées

ça n’aurait pas été fait que pour les unités de Kanombe, car c’est une opération qui

concerne toutes les unités du pays. Et pour le réseau opérationnel, l’Etat-major de la

Gendarmerie Nationale en aurait été avisé puisqu’il en faisait partie. Cette opération

était la prérogative de l’Etat-major de l’Armée pour les Unités territoriales de l’Armée

et le réseau opérationnel.

La seule personne qui peut affirmer ou infirmer cette opération, c’est le Colonel

Joseph Murasampongo qui remplaçait momentanément le Chef d’Etat-major de

l’Armée pour les affaires courantes, en tant que le Chef de service le plus ancien

présent à ce moment-là. C’est lui-même et le seul qui aurait signé le message de

changement de fréquences adressé aux Unités, Secteurs opérationnels, Ministère de la

défense et Etat-major de la Gendarmerie. Pour signer le message, l’officier des

transmissions de l’Etat-major devait lui présenter le projet du message avec le

calendrier des changements de fréquences préétabli. Le Comité Mutsinzi l’a-t-il

contacté pour pouvoir accréditer cette information? Ce Comité a-t-il du moins

interrogé le Général Ndindiliyimana qui était le chef d’Etat-major de la Gendarmerie

et qui est disponible à Arusha?

Accès et départ du Commando FPR à Masaka.

Il sied de rappeler que la circulation était libre. Il n’y avait pas de couvre-feu, pas

d’unités des FAR déployées dans la zone, ni de point de contrôle ou barrage sur la

route Kigali-Musha-Rwamagana. Le FPR se déplaçait librement dans la zone sous

contrôle de la MINUAR. Masaka se trouvait dans ladite zone. Les éléments du FPR

en civil ne pouvaient pas être reconnus car le contrôle de routine de pièces d’identité

par la Gendarmerie avait été interdit par la Première Ministre Agathe Uwilingiyimana.

Après le tir, le commando a enfoui les lanceurs dans les buissons où ils ont été

découverts le 25 avril 1994 par la population déplacée venant de l’Est qui y

aménageait des abris. Le commando peut être rentré à Kigali en véhicule civil,

endéans 20 minutes, passant inaperçu à Mulindi et Remera comme tout autre

véhicule; il peut avoir pris la direction de Rwamagana et disparaître dans la nature; il

peut s’être dissimulé chez les connaissances à Masaka, Rusororo, Kabuga, Musha,

etc…et rejoindre les Unités du FPR en marche sur Kigali.

11- La Boîte Noire

Lorsque le Falcon 50 du Président Juvénal Habyarimana a été abattu dans la soirée du 06

avril 1994, comme par miracle, il est tombé dans les jardins de la Résidence

Présidentielle à Kanombe située en effet dans l’axe Est d’approche, d’atterrissage et de

38

décollage de l’Aéroport International Grégoire Kayibanda (Aéroport de Kanombe).

L’avion s’est donc écrasé à l’intérieur d’une zone sécurisée. Après le crash de l’avion on

a requis le concours des Militaires de la coopération française instructeurs au Bataillon

Para pour rechercher la Boîte Noire dans les débris et sur l’épave du Falcon 50. En effet

le Commandement de la Garde présidentielle savait que l’avion avait une Boîte noire,

mais personne ne connaissait la boîte noire pour pouvoir l’identifier. Apparemment les

instructeurs Para de la coopération française ne la connaissaient pas non plus, tel qu’on

va le voir ci-dessous. Les mécaniciens de bord de l’avion Para Nord Atlas se trouvaient

avec l’avion à Dar-es-Salaam, car l’avion avait été requis pour transporter la Délégation

rwandaise.

Toutefois les deux équipes de fouille ont retrouvé un boîtier noir et ont convenu que

c’était la boîte noire. La Garde Présidentielle a remis ce boîtier à l’Etat-Major de l’Armée

Rwandaise (EMAR). Comme personne à l’EMAR ne connaissait non plus la Boîte noire,

on a pris ce boîtier comme une Boîte noire authentique. Le Directeur Général de

l’Aéronautique, Mr Stanislas Simbizi a aussi pris soin de récupérer les Bandes

magnétiques d’enregistrements des Communications de vols et le Registre de vols de la

Tour de contrôle de l’aéroport et les a remis à l’Etat-major de l’Armée rwandaise pour

leur sécurité. Ce matériel fut gardé par le major BAM Gérard Ntamagezo alors mon

adjoint. A mon retour de mission de Yaoundé le 9 avril 1994 le major Ntamagezo me le

remit. Tout ce matériel a été confié au médiateur, le Président Mobutu, pour sa sécurité

et les besoins de l’enquête. Je l’ai remis en mains propres au Président Mobutu le 1 mai

1994 à Gbadolite. Le matériel a été plus tard mis à la disposition du Capitaine Français

Paul Barril par le Président Mobutu, car en 1991 le Rwanda avait aussi remis à la France

un lance-missile qui avait été saisi sur le FPR au front, et avait demandé à la France

d’aider à en identifier le genre et la provenance.

Après les investigations préliminaires et notamment le décryptage des bandes

magnétiques, le Capitaine Barril a tenu un débat télévisé au cours duquel il a fait état

des pièces à conviction qu’il détenait, y compris la Boîte Noire du Falcon 50 abattu.

Un représentant de la Compagnie Dassault a fait objection sur la possibilité d’avoir

retrouvé la boîte noire, disant que l’avion n’avait pas la boîte noire au dernier

entretien, c’est-à-dire en octobre ou novembre 1993. Toutefois il n’a pas dit que

l’avion n’a jamais possédé une boîte noire. Cela a créé le doute sur l’authenticité de la

pièce détenue par le capitaine Barril, mais aussi il a laissé entendre que la boîte noire

pouvait avoir été démontée soit à l’avant-dernier entretien après son contrôle, soit

entre l’avant-dernier et le dernier entretien. En tout cas ce n’est pas le mécanicien de

bord qui aurait démonté cette boîte entre les deux entretiens. Le démontage à l’avantdernier

entretien en préparation de l’attentat semble plus plausible.

Les investigations du juge Bruguière ont permis de découvrir dans les locaux de

l’ONU une Boîte noire attribuée également au Falcon 50 Rwandais. Quand le Journal

Le Monde a publié des éléments d’enquête du juge Bruguière et révélé la découverte

de la boîte noire dans les locaux de l’ONU à New York, les différentes hautes

personnalités de l’ONU se sont agitées et ont prétendu qu’elles ignoraient l’existence

de cette boîte noire dans les armoires du Secrétariat Général de l’ONU. Tandis que le

Général Dallaire a déclaré au cours d’une conférence à l’Université Nationale du

Rwanda (UNR), le 10/04/2004, que cette boîte avait été ramassée sur le lieu du crash

le 24 mai 1994, et qu’il l’a envoyé lui-même à l’ONU en mai 1994 (Voir La Nouvelle

La Relève No 486 du 15 au 30/04/2004).

39

L’article de Patrick de Saint-Exupéry paru dans LE MONDE du 08.04.09 nous

apprend que cette boîte noire appartenant au Concorde 209 d’Air France, immatriculé

F-BVFC, a été trouvée par l’ONU le 27 mai 1994 (bien que le Général Dallaire dise le

24 mai), abandonnée à proximité du crash. C’est donc 7 semaines après l’attentat que

l’ONU a trouvé la fausse boîte sur les lieux du crash, 4 ou 7 jours après l’occupation

des lieux par le FPR.

Par acquit de conscience l’ONU a mis sur pied une Commission spéciale pour faire le

décryptage de la boîte noire découverte dans les armoires de ses locaux. La

Commission a attesté qu’il s’agit d’une fausse boîte noire n’appartenant pas au Falcon

50 Rwandais. Les éléments publiés faisaient aussi état d’une tentative de manipulation

de ladite boîte pour y injecter les données de vol du 06 avril 1994, mais les

manipulateurs ont échoué.

Ce que je pense de cette affaire

Les compagnies Dassault et Air France qui entretenaient conjointement l’avion

peuvent s’être lancé la balle et l’une n’a pas voulu couvrir l’autre. Celle qui semble être

responsable de la disparition de la boîte noire authentique, a alors été obligée, avec

ses commanditaires, de chercher une fausse boîte noire de substitution, car la boîte

noire authentique devait avoir été détruite après son démontage. Pour faire croire que

la boîte noire de substitution venait de l’avion abattu, on l’a d’abord envoyée à Kigali

et déposée  » à proximité du crash », 7 semaines après l’attentat alors que le FPR

occupait le lieu depuis une semaine. Mais le Comité Mutsinzi n’a pas fait des

investigations sur la provenance de la fausse boîte noire et son cheminement jusqu’à

Kigali pour ne pas dévoiler le circuit!

Les FAR ont gardé la position sur le lieu du crash jusqu’au 20 mai 1994 et se sont

exfiltrées dans la soirée du 20 au 21 mai 1994. Le FPR a occupé cette même position

le 21 mai 1994 au petit matin et la MINUAR a été sur les lieux le même jour selon

Patrick de Saint-Exupéry. La fausse boîte noire ayant été trouvée sur la position 4 ou

7 jours après son occupation par le FPR, ce dernier sait comment elle y est arrivée! La

fausse boîte noire a donc été déposée après la première visite de la MINUAR qui

n’avait rien trouvé sur le lieu du crash, puis le FPR a appelé la MINUAR pour la

ramasser quelques jours plus tard.

12- La Réunion spontanée de crise tenue la nuit du 6 au 7 avril 1994 à

l’Etat-major de l’Armée Rwandaise.

Extrait du rapport Mutsinzi:

Le soir même de l’attentat, une réunion de crise fut convoquée à l’état-major au camp

Kigali par le colonel Bagosora qui la présida. Le général Dallaire qui y était convié à

demandé que la MINUAR ait la permission de garder l’endroit de l’Accident pour

qu’une véritable enquête puisse avoir lieu ». Dallaire relate que « Bagosora a

acquiescé tellement rapidement que j’ai immédiatement pensé que soit il n’avait

rien à cacher soit il avait déjà cacher ce qui devait l’être».[….] Le constat du colonel

Luc Marchal est sur ce point éclairant : « [Le 06 avril 1994] à 2230 Hrs, j’ai été

convoqué à l’Etat-major Général des FAR, par le Gen. Dallaire. Y étaient présents le

Gén. DALLAIRE, le Gén. NDINDILIYIMANA, le Col. RUSATIRA, le Col.

40

BAGOSORA et des officiers d’Etat-Major des FAR et de la GD ainsi que moi-même.

[…..]».

Observation:

La réunion de crise qui fut tenue à l’Etat-major de l’Armée rwandaise la nuit du 6 au 7

avril 1994 fut spontanée. Il est donc faux de prétendre qu’elle a été convoquée par qui

que ce soit et notamment par le Colonel Bagosora. En effet à l’annonce de la triste

nouvelle de l’attentat contre l’avion présidentiel des officiers de l’Etat-major de l’

Armée Rwandaise (EMAR), de celui de la Gendarmerie Nationale et du Ministère de

la défense résidant à Kigali (centre ville) se sont rendus spontanément à l’EMAR pour

avoir des précisions sur ce qui venait de se passer et connaître l’attitude à prendre,

conformément aux Ordres Permanents des FAR, selon lesquels tout militaire devait se

rendre dans le camp militaire le plus proche de sa résidence en cas de Crise.

Après la certitude que le Président de la République et le Chef EMAR avaient trouvé

la mort dans l’attentat, les officiers supérieurs présents d’abord en désarroi total et

perplexes prirent enfin le courage et décidèrent de tenir une réunion pour voir

comment gérer la crise. Le Colonel BE MS Théoneste Bagosora n’y était pas à ce

moment-là. Ce sont ces officiers qui pensèrent à l’appeler pour diriger cette réunion en

tant que Directeur de Cabinet du Ministre de la Défense, puisqu’elle regroupait des

représentants des deux Forces, à la place du Ministre de la Défense qui était en

mission à l’étranger. Au moment où ces officiers le cherchaient il n’était pas encore

chez lui. Il sera avisé par son épouse à son arrivée à la maison et se rendra à l’EMAR.

De même le Colonel Léonidas Rusatira, commandant de l’ Ecole Supérieur Militaire

rejoignit ses camarades à l’ EMAR. Les officiers ont pensé à y convier le

Commandant de la MINUAR le Général Romeo Dallaire pour recueillir ses avis et

conseils et qu’il soit témoin des mesures préconisées par les FAR puisqu’elles

n’avaient rien à cacher. Le Général Dallaire s’est fait accompagner par le Colonel

BEM Luc Marchal. Cette réunion spontanée de crise a examiné les points suivants:

-Appréciation de la situation qui prévalait; -Combler le vide du Commandement de

l’AR; -Comment combler le vide institutionnel et politique; -Informer le peuple et le

tranquilliser.

Aucun commandant d’unité n’a été convié ou convoqué à cette réunion. Par

conséquent, le témoignage du Cpl Nyirinkwaya Jean-Damascene, recueilli à Kigali, le

06 juin 2008 selon lequel: « Après l’attentat, la réaction immédiate a été de tirer

plusieurs balles en direction de Masaka. Puis, un rassemblement a été ordonné. Le

major Ntabakuze nous a dit: « Voilà, on vient de nous couper la tête. Maintenant, ce

qui reste c’est de nous venger. Nous partons pour l’instant à l’état-major, dans une

réunion urgente, vous attendrez la décision qui sera prise », n’est qu’un montage. Le

Major Ntabakuze n’est pas allé en réunion à Kigali puisqu’il n’y fut pas appelé et s’est

rendu plutôt à la résidence présidentielle à Kanombe pour s’occuper du ramassage des

corps des victimes.

Par ailleurs les allégations du Général Dallaire selon lesquelles: « Bagosora a

acquiescé tellement rapidement que j’ai immédiatement pensé que soit il n’avait rien à

cacher soit il avait déjà caché ce qui devait l’être», sont tendancieuses! Pourquoi

lui prête-t-il de la mauvaise foi ou des mauvaises intentions si tôt? A mon avis c’est

une preuve que le Colonel Bagosora était désigné à l’avance comme bouc émissaire

41

des événements qui venaient d’être déclenchés par ceux-là mêmes qui les ont

planifiés, et Dallaire devait en être au courant!

Les commandants d’unités n’ont été convoqués qu’à la réunion du commandement des

FAR tenue à l’ESM le 7 avril 1994 à partir de 10H00 qui a mis en place un comité

militaire de crise ayant la mission spécifique d’aider les partis politiques à combler le

vide institutionnel.

Les Accords d’Arusha ne prévoyaient pas le processus de remplacement du Président

de la République en cas d’incapacité ou de décès de celui en place avant le début de la

transition. L’Accord de Paix ne devait être appliqué que pendant la Transition, c’est-àdire

après la mise en place du Gouvernement de Transition à base Elargie (GTBE)

conformément à l’Accord de Paix d’Arusha: Questions diverses et Dispositions

finales, article 22. Le GTBE n’étant pas encore mis en place, la clause de l’ Accord

d’Arusha relative au remplacement du Chef de l’Etat ne pouvait être appliquée. Mais

les dispositions de la Constitution de juin 1991 non modifiées par l’Accord de Paix

d’Arusha restaient valables. Les Partis politiques se sont alors référés à la Constitution

de juin 1991. C’est ainsi que le Président du Parlement, le Dr Théodore

Sindikubwabo, a été désigné comme Président intérimaire. Le gouvernement

intérimaire devait gérer la crise, procéder à la pacification du pays et poursuivre les

pourparlers pour mettre en place les Institutions de transition en commençant par la

présentation du candidat à la Présidence de transition par le parti MRND. Le FPR a

tout fait pour handicaper l’action du gouvernement intérimaire, a empêché la poursuite

de l’application de l’ Accord de Paix et a privilégié la guerre.

13- La découverte des 2 lance-missiles

Ma mise au point complète le témoignage du Colonel Théoneste Bagosora car il a

relaté non assez correctement certaines informations dont je suis le seul détenteur.

Dans sa longue plaidoirie sur la découverte des lance-missiles, de la page 158 à 170,

le Comité Mutsinzi s’étend sur la date de la découverte qui est un détail au lieu des

éléments essentiels: le fait (découverte), le lieu (vallée de Masaka) et l’objet (lancemissiles).

Or tous les témoins qu’il a entendus attestent ces trois éléments essentiels

du débat bien qu’ils divergent sur la date de la découverte qu’un témoin qui n’a pas

pensé à la mémoriser peut toujours oublier. Que la découverte ait eu lieu entre le 7 et

le 11 avril ou plus tard après l’attentat, le Comité Mutsinzi ne peut le contester car il

n’aurait pas d’arguments de contredire tous ces témoins. Par contre les FAR n’auraient

pas de raison ni d’intérêt à postdater la découverte. Cependant si la découverte des

lance-missiles avait eu lieu entre le 7 et le 11 avril 1994 le Commandement du camp

Kanombe en aurait informé l’Etat-major de l’Armée rwandaise et celui-ci lui aurait

intimé l’ordre de les apporter sans attendre le 25 avril 1994. Je l’aurais appris et je les

aurais vus avant mon départ en mission au Zaïre à partir du 21 avril 1994, date à

laquelle j’ai quitté Kigali avec le Général Marcel Gatsinzi. Nous avons rejoint les

Ministres André Ntagerura et Agnès Ntamabyaliro à Gisenyi et toute la délégation

s’est rendue à Kinshasa le 22 avril 1994.

Au cours de mon séjour à Gbadolite j’ai informé le Président Mobutu que je détenais

une pièce qui avait été ramassée sur le lieu du crash du Falcon 50 présidentiel, qu’on

42

croyait être la boîte noire, et les bandes d’enregistrement sonores de la tour de

contrôle. Alors que notre délégation devait poursuivre la mission à Dar-es-Salaam,

moi je suis retourné à Kigali pour prendre ces objets et les apporter au Président

Mobutu pour leur sécurité et les besoins de l’enquête.

Or c’est à mon retour à Kigali le 28 avril 1994 dans la soirée que j’ai trouvé un lancemissile

dans la salle des opérations installée dans la cave du Mess des officiers. Je fus

alors informé qu’il s’agissait de 2 lance-missiles mais que le Ministère de la défense a

estimé qu’il ne fallait pas les garder ensemble et a décidé d’en garder un à sa propre

discrétion pour des raisons de sécurité. Je reçus aussi l’original du rapport

d’identification des 2 lance-missiles établi par le Lt Ir Augustin Munyaneza, attestant

leur découverte dans la vallée de Masaka le 25 avril 1994 après-midi par la

population déplacée en provenance de l’Est qui débroussaillait les lieux pour y

installer un campement. Mais les déplacés de guerre qui les ont découverts ont évacué

les lieux le lendemain à l’aube sans qu’on puisse acter leurs déclarations.

Comme je devais retourner à Gbadolite j’ai pensé à emmener les deux lance-missiles

pour les confier également au Président Mobutu. J’ai pris celui qui était à l’ Etatmajor

de l’Armée rwandaise et je suis allé voir le Ministre de la défense, Mr Augustin

Bizimana, à Gitarama pour lui demander le 2ème. Il m’a dit d’emmener celui quej’avais, mais qu’il garde le 2ème pour les raisons susmentionnées, quitte à le remettre

plus tard. Je devais seulement informer le Président Mobutu qu’il y avait un deuxième

que nous gardions.

Puisque je ne pouvais pas traverser la frontière avec ce lance-missile alors que les

autorités militaires zaïroises n’étaient pas prévenues, je l’ai laissé au commandant du

Secteur opérationnel de Gisenyi, Lt Colonel BEMS Anatole Nsengiyumva lui disant

que j’allais en aviser le Président Mobutu afin qu’il donne au Commandant de la

région militaire de Goma l’ordre de venir le prendre. C’est ce qui fut fait.

Le 1 mai 1994, à la remise du boîtier noir et des bandes d’enregistrements sonores au

Président Mobutu, je lui ai parlé également de la découverte des lance-missiles dont

l’un était en attente à Gisenyi. Il a alors donné des instructions au commandant de la

région militaire de Goma pour le récupérer. Par ailleurs je l’ai informé que les FAR

avaient saisi un autre lance-missile et son missile sur le FPR dans le parc de l’Akagera

en mai 1991 et que ce matériel avait été confié à la France pour nous aider à

l’identifier. A mon retour à Gisenyi le 4 mai 1994 le commandant de la région

militaire de Goma, Général de Division Tembele avait déjà pris celui que j’avais laissé

à Gisenyi. Tembele l’a ensuite envoyé à Kinshasa aux Services de sécurité de Mobutu,

plus précisément au commandant de la Garde Civile, le Général d’Armée Baramoto.

Les lance-missiles n’ont donc pas été gardés tous les deux pendant longtemps au

Ministère de la défense contrairement à l’extrait de la déclaration du Colonel

Théoneste Bagosora à la page166 du rapport Mutsinzi. Le Ministère n’y a gardé qu’un

seul, qu’il a ensuite transféré à Gisenyi à la garde du Lt Colonel Anatole

Nsengiyumva qui l’a emmené et gardé en exil à Goma. Les lance-missiles n’ont pas

non plus transité par les entrepôts du camp Kigali, contrairement aux dires du 1er Sgt

Bisengimana Apollinaire à la page 169 du rapport Mutsinzi.

43

Lorsque le Lt Col Anatole Nsengiyumva a quitté Goma pour Nairobi ou le

Cameroun il a remis au Colonel Théoneste Bagosora le 2ème lance-missile qu’il

gardait. Ensuite le Colonel Théoneste Bagosora l’a remis au Quartier général des FAR

en exil à Burengo-Goma (Lac Vert). Je l’ai repris automatiquement sous ma

responsabilité. Mais suite à la situation sécuritaire précaire j’ai senti la nécessité de le

confier au Président Mobutu à la fin du mois de mars 1995. J’en ai fait part au

Ministre de la défense, le Col BEM Athanase Gasake qui avait remplacé Augustin

Bizimana en novembre 1994. Je l’ai alors confié au commandant de la région militaire

de Goma, le Général Tembele le 1er avril 1995. Il l’a également envoyé à son tour au

Général Baramoto à Kinshasa comme le premier. Le Colonel Bagosora ne maîtrisait

pas ce dossier. Il ne connaît pas les détails des démarches que j’ai faites auprès du

Président Mobutu et de ses services de sécurité.

La découverte des deux lance-missiles n’a pas fait l’objet de large diffusion sur le

réseau radio des FAR, la preuve étant que même le Général Augustin Ndindiliyimana,

chef d’Etat-major de la gendarmerie n’a pas été informé. En effet l’un des lancemissiles

a été gardé dans la discrétion au Ministère de la défense. Puis il a été évacué

à Gisenyi et mis à la garde du Commandant de secteur opérationnel. L’autre n’a passé

que 4 jours dans la salle des Opérations à l’Etat-major de l’Armée. Puis je l’ai évacué à

Gisenyi le 29 avril 1994 et il fut envoyé à Kinshasa. Le Général Ndindiliyimana ne

pouvait le savoir que s’il avait été à l’Etat-major de l’Armée et précisément dans la

salle des opérations entre le 26 et le 29 avril à 11 heures.

Le rapport Mutsinzi est plein d’incohérences et contradictions à ce sujet. J’en donne

l’exemple sur les déclarations de Rugengamanzi Protais (page 168) qui prétend que

les lance-missiles ont été emmenés au camp Kanombe par le Lt Colonel Nzabanita le

7 avril 1994 vers 7 heures à bord d’un camion rempli de militaires; tandis que le 1er

Sgt Munyaneza Emmanuel (page 169) situe également la découverte des lancemissiles

entre le 7 et le 10 avril 1994, mais il dit que c’est le chauffeur du Major

Ntabakuze qui les a emmenés au camp à bord d’une jeep land Rover! Il n’est donc

point besoin de reprendre tous les faux témoignages pour les contredire un par un. Ils

sont tous les mêmes. Tous ces gens ont tout simplement appris d’une manière ou d’une

autre qu’il y eut découverte de lance-missiles et ils échafaudent chacun son histoire.

Par contre en plus des 2 témoins de Kivuye qui attestent que les lance-missiles ont

été retrouvés entre 10 jours et 3 semaines après l’attentat, soit entre le 17 et le 28 avril

1994, et ont assisté sinon participé à leur découverte, le nommé Gabriël Ntamumaro,

un haut fonctionnaire qui habitait en haut de la route au niveau du Km 19 a attesté la

découverte et la remise desdits engins par les déplacés de guerre et leur remise aux

militaires du camp Kanombe qui étaient venus puiser de l’eau au robinet du Km 19, le

25 avril 1994.

Disparition des lance-missiles

A la prise du pouvoir à Kinshasa le 15 mai 1997 par Laurent Désiré Kabila, ils étaient

dans les entrepôts du camp militaire Kokolo. Le commandant du camp Kokolo était le

commandant John Numbi, actuel Inspecteur général de la police congolaise. Le

Général James Kabarabe, actuel Chef d’Etat- major des Forces Rwandaises de

Défense était le Chef d’Etat-major général des Forces Armées Congolaises secondé

par Joseph Kabila. Les deux lance-missiles ont disparu ni vu ni connu. J’ai appris que

le Commandant John Numbi n’a pas voulu témoigner sur ce sujet devant le juge

antiterroriste français Jean Louis Bruguière en commission rogatoire à Kinshasa en

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juillet 2001. Embarrassé de dire la vérité, il a préféré le silence plutôt que de mentir!

Par contre s’il n’avait jamais eu connaissance de l’existence desdits lance-missiles il

l’aurait déclaré sans difficulté. Le Comité Mutsinzi a-t-il fait des recherches pour

retrouver ces deux lance-missiles? En tout cas le général John Numbi et le Général

James Kabarebe, et même Joseph Kabila, connaissent leur destination!

14- Etablissement et signature des ordres de mission à

l’étranger

Extraits du rapport Mutsinzi:

« En dernière minute, le chef d’état-major, le général Nsabimana, qui s’opposait au

projet de génocide, reçut un ordre de mission émanant du colonel Bagosora,

l’obligeant à accompagner le président en Tanzanie. Un ordre d’autant plus

surprenant que les deux hommes ne voyageaient jamais en même temps. […..]

Lors du retour, le général Nsabimana ainsi que le médecin personnel du président, le

docteur Akingeneye, essayèrent d’éviter d’embarquer dans l’appareil où le président

du Burundi avait déjà pris place de manière inopinée, mais ils y furent invités par

Habyarimana lui-même et, selon des témoins, « c’est en tremblant qu’ils

s’embarquèrent »…

Runyinya Barabwiriza qui était conseiller aux affaires politiques à la présidence de

la République, ……a signalé au Comité que certaines personnalités rwandaises, dont

le chef d’état-major, se sont rendues au sommet de Dar-es-Salam sans qu’il ait émis

leurs ordres de mission respectifs et a précisé qu’il ne connaît pas l’identité de la

personne qui a ordonné leur départ à Dar-es-Salaam :« L’établissement des ordres

de mission des officiels de l’Etat relevait de mes compétences. Le ministère des

affaires étrangères me donnait une liste de personnalités prévues pour le départ, puis

je procédais à l’établissement de leurs ordres de mission. A mon départ de Kigali

vers Dar-es-Salaam le 05 avril, j’avais signé les ordres de mission de tous les

membres de la délégation, mais celui du général Nsabimana n’y figurait pas……..».

Jean-Marie Vianney Mvulirwenande, conseiller charge de l’information et de la

communication à la présidence de la République de 1992 à 1994 a souligné……..

« En principe, pour les délégations de haut niveau comme celle qui s’était rendue à

Dar-es-Salaam en avril 1994, c’était le président de la République qui signait endernier ressort les ordres de mission que lui présentaient son directeur de cabinet ou

l’un de ses conseillers. L’organisation des missions se faisait en concertation avec le

ministère des affaires étrangères, mais c’était le Président qui apposait sa signature

sur la liste de personnes qui devaient partir. ……»

Mvulirwenande précise comment se faisaient les ordres de mission des hauts officiers

en signalant le rôle primordial que jouait le colonel Bagosora, en sa qualité de

directeur de cabinet au ministère de la défense :« Comme le ministre de la défense

était en mission, c’est le directeur de cabinet au MINADEF, le colonel Bagosora, qui

avait la compétence d’établir en son absence les ordres de mission. …….»

Kamana Francois, …… fait un récit identique à celui de Jean-Marie Vianney

Mvulirwenande sur plusieurs aspects,….« Lorsque c’était une délégation de deux ou

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plusieurs personnes qui se rendait à l’étranger, on la mettait sur un ordre de mission

collectif comprenant les noms de tout un chacun, et le président de la République yapposait sa signature. Sur l’ordre de mission qui nous a été délivrée avant notre

départ à Dar-es-Salaam, les noms de Sagatwa et de Nsabimana n’y figuraient pas…..

La question qui m’a hanté après que j’ai lu l’ordre du jour du Sommet qui était

consacré au Burundi a été celle de me demander pourquoi le président Habyarimana

s’était déplacé avec le chef d’état-major alors que le pays était en guerre. Dans ma

position de garde du corps, je ne pouvais pas en savoir plus, mais il est vrai que c’est

une question qui m’a traversé la tête car je n’ai pas compris cette logique-là de voir

que le Président était venu au Sommet avec le chef d’état-major pour participer à une

réunion dont l’objet principal était le Burundi. Cela n’arrivait jamais qu’ils se

déplacent ensemble. J’ai interprêté ce déplacement de Nsabimana en me disant que

durant son séjour avec le Président, qu’ils allaient peut-être préparer une opération

militaire très importante pour laquelle l’avis du chef d‘état-major était nécessaire ».

Observation:

Les Ministres ou en leur absence les Directeurs de cabinet ne signaient jamais les

ordres de mission à destination de l’étranger. La signature des ordres de mission pour

l’étranger était la prérogative exclusive du Président de la République. Le Colonel

Bagosora bien que Directeur de cabinet ne pouvait pas donner un ordre à un Généralmajor,

Chef d’Etat-major de l’Armée, d’aller coûte que coûte en mission, alors qu’il ne

pouvait même pas l’en enjoindre à un soldat, puisqu’il n’en avait pas le pouvoir.

Il y a contradiction entre les allégations de Runyinya qui prétend que c’est lui qui a

signé les ordres de mission de tous les membres de la délégation rendue à Dar-es-

Salaam et le témoignage de J.M V Mvulirwenande qui précise que les ordres de

mission étaient signés par le Président de la République, même s’il ne révèle pas que

c’est bien le président qui a signé les ordres de mission pour Dar-es-Salaam. Tandis

que François Kamana est plus explicite et précise que l’ordre de mission pour Dar-es-

Salaam était bel et bien signé par le président de la république. Comme le Comité

Mutsinzi est obnubilé par l’incrimination du Colonel Bagosora, il n’a pas pu relever

cette contradiction. Runyinya Barabwiriza qui est prisonnier ne pouvait dire que ce

que le FPR voulait qu’il dise jusqu’a s’attribuer la prérogative du Président de la

République.

Même l’ancien Ministre de l’Intérieur, Munyazesa Faustin qui faisait partie de la

délégation atteste qu’ils avaient un ordre de mission collectif signé par le Président de

la République et non par le Conseiller Runyinya Barabwiriza.

Quant à l’allégation de Mvulirwenande selon laquelle en l’absence du Ministre de la

défense c’est le Directeur de cabinet, en l’occurrence le Colonel Bagosora qui avait la

compétence d’établir les ordres de mission, c’est une aberration qui vise aussi à

inculper le Colonel Bagosora. Les départements ministériels n’établissaient pas les

ordres de mission. Lorsqu’ils initiaient une mission ils rédigeaient un mémorandum

sur la mission, le transmettaient au Président de la république à travers le Ministère

des Affaires Etrangères et proposaient les noms des membres de la délégation.

L’établissement des ordres de mission des personnes retenues était alors de la

compétence des services concernés de la présidence qui les présentaient à la signature

du Président de la république. Le Colonel Bagosora ne pouvait en aucun cas établir

l’ordre de mission du Général Nsabimana alors qu’il n’avait même pas à le proposer

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puisque la mission n’était pas initiée par le MINADEF. Par contre la Présidence ou le

Ministère des Affaires Etrangères pouvait demander à un département non initiateur

de la mission de fournir un candidat, en précisant le nom en cas de besoin, en fonction

de ses compétences dans le domaine de cette mission. Le département avisait

l’intéressé mais ce n’est pas lui qui établissait son ordre de mission.

Tandis que François Kamana qui dit que « Lorsque c’était une délégation de deux ou

plusieurs personnes qui se rendait à l’étranger, on la mettait sur un ordre de mission

collectif comprenant les noms de tout un chacun….», c’est un constat normal parce

que ça se faisait, mais ce n’était pas une règle. C’était une question de facilité

administrative ou d’économie du temps pour ceux qui les établissaient ou même

d’épargner au Président de poser plusieurs signatures pour une même mission. Mais

souvent le chef de la délégation avait un ordre de mission séparé. Un membre d’une

délégation pouvait être désigné après la signature de l’ordre ou des ordres de mission

des autres. Il bénéficiait alors de son propre ordre de mission. Mais ce n’est pas le cas

du Général Nsabimana puisqu’il avait été désigné assez tôt.

Mais quand un caporal s’arroge le droit de juger de l’importance d’un sommet des

chefs d’Etat et de la qualité des membres de la délégation qui doivent y participer c’est

alors le renversement de la pyramide! Non seulement le Président Habyarimana s’est

fait accompagner par son chef d’Etat-major le Général Déogratias Nsabimana, mais

aussi le Président Ntaryamira s’est fait accompagner par son chef d’Etat-major le

Colonel Jean Bikomagu. Et c’était pour la première fois dans l’histoire des pays de la

région qu’on traitait de question de la création d’une force conjointe pouvant intervenir

dans un pays qui connaîtrait des troubles, alors prévisibles au Burundi.

Précision sur le voyage du Général-major Déogratias Nsabimana à Dar-es-

Salaam le 6 avril 1994.

Je démens catégoriquement les allégations du rapport du Comité Mutsinzi selon

lesquelles « La décision de faire voyager le chef de l’état-major de l’armée avec le

président de la République pour aller à Dar-es-Salaam était tout à fait anormale et

semble relever d’un complot. Nsabimana a été informé par Bagosora la veille de son

départ. Se trouvant en déplacement à Ruhengeri, Nsabimana a été rappelé en hâte

pour qu’il rentre à Kigali. Des témoins ont affirmé que le président Habyarimana

n’était pas informé de l`accompagnement de son chef d’état-major et l’a appris en le

voyant à l’aéroport de Kigali le matin du 06 avril avant le départ. Une situation qui

suscite bien des interrogations ».

Ces allégations du rapport du Comité Mutsinzi sont une pure fabrication. D’abord le

Général Nsabimana n’a fait aucun déplacement le 5 avril 1994 d’après son ancien

secrétaire particulier. Ensuite le Colonel Théoneste Bagosora n’avait ni le pouvoir, ni

la compétence, ni le droit de désigner le Chef d’Etat-Major de l’Armée Rwandaise

pour l’envoyer en mission à l’étranger, ou d’introduire une personne dans la délégation

du chef de l’Etat.

Le Général Déogratias Nsabimana n’a pas été informé de sa mission à la dernière

minute. Il a été informé le 29 mars 1994. Ce matin là il est venu au service à 7 Heures

en tenue militaire comme d’habitude. Après un court moment passé au bureau il est

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allé visiter la Garde Présidentielle au camp Kimihurura. Vers 10 heures il a été appelé

par le Ministre de la défense et a interrompu sa visite au camp Kimihurura. Vers 11

heures il est revenu au bureau en costume civil. Il m’a appelé et m’a demandé

d’amener le photographe pour lui prendre des photos passeports. La photographie

était une sous-section de la section audio-visuelle de mon département (Service G2).

Le Général Nsabimana m’a dit qu’il avait besoin de ces photos parce qu’on allait lui

faire un passeport diplomatique pour aller en mission à l’étranger, la première depuis

qu’il était rentré de la diplomatie il y avait 7 ans précisait-il. Il ne m’a pas révélé sa

mission. Le développement des photos était fait dans l’après-midi et je les lui ai

données. Dans cette période je me préparais aussi à aller en mission à Yaoundé au

Cameroun et au Ghana avec le Ministre de la Défense Mr Augustin Bizimana. Je suis

parti le 3 avril 1994 de bonne heure et le Ministre a suivi le 5 avril 1994. Le Général

Nsabimana a donc été averti bien avant son départ en mission puisqu’il a commencé

à s’y préparer le 29 mars 1994, avant mon départ le 3 avril 1994. A mon départ le 3

avril je n’étais pas au courant du voyage du Chef de l’Etat à Dar-es-Salaam, tout

comme j’ignorais la mission dans laquelle le Général Nsabimana devait aller. Ce n’est

qu’après l’attentat du 6 avril 1994 que le Ministre de la Défense Augustin Bizimana

qui venait d’arriver en début de soirée à Yaoundé nous racontera (les membres de sa

délégation) les détails. Le Ministre nous a dit que Dieu l’a sauvé, puisque c’est lui qui

serait mort avec le Président s’il l’avait accompagné et non le Général Déogratias

Nsabimana. En voici le récit:

C’est au Ministre de la Défense Mr Augustin Bizimana que le Président a dit de

l’accompagner, le 29 mars 1994 matin, après avoir reçu le compte-rendu de

l’Ambassade du Rwanda à Dar-es-Salaam de la réunion que le Ministre des Affaires

Etrangères Tanzanien avait tenue avec les Ambassadeurs des pays de la Région le 25

mars 1994. Le Ministre a rappelé au Président qu’il se préparait déjà à aller à Yaoundé

au Cameroun pour participer à la Réunion du Comité Consultatif Permanent des

Nations Unies sur les Questions de Sécurité en Afrique Centrale où il avait à présenter

à ses homologues la situation qui régnait au Rwanda. Le PNUD avait déjà délivré les

billets d’avion à la délégation. En plus, après cette réunion le Ministre devait porter un

message du Président Habyarimana au Président Ghanéen. Ils ont alors convenu que

ce soit le Général-major Nsabimana qui accompagnera le Président à Dar-es-Salaam.

Le Ministre en a avisé le Général Nsabimana le même jour le 29 mars 1994 vers 10

heures. Il l’a donc appelé au Ministère au moment où il était au camp Kimihurura et le

Général Nsabimana a interrompu sa visite.

De ce qui précède le Général Nsabimana ne fut pas « informé de sa mission parBagosora la veille de son départ » contrairement à ce qui est stipulé dans le rapport du

Comité Mutsinzi. Non seulement le Colonel Bagosora ne pouvait pas signer un ordre

de mission, mais aussi ce n’est pas lui qui a proposé le Général-major Nsabimana au

Président pour l’accompagner. Il est faux de prétendre que « le Président

Habyarimana n’était pas informé de l`accompagnement de son chef d’état-major et

qu’il l’a appris en le voyant à l’aéroport de Kigali le matin du 06 avril avant le

départ ». C’est le Président en personne et son Ministre de la défense qui ont décidé la

mission du Général Nsabimana à Dar-es-Salaam. Le rapport du Comité Mutsinzi n’est

qu’un ensemble de fausses informations de ce genre.

L’ancien secrétaire particulier du général Nsabimana m’a informé, que l’intéressé ne

s’est pas rendu à Ruhengeri le 5 avril 1994 contrairement aux allégations du rapport

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Mutsinzi. Il précise que c’est faux de dire qu’il se trouvait en déplacement àRuhengeri et qu’il a été rappelé en hâte pour qu’il rentre à Kigali. C’est plutôt ce 5

avril 1994 que le général est allé prendre son passeport au Ministère des Affaires

Etrangères.

Tandis que l’ancien Directeur de cabinet à la Présidence, Mr Enoch Ruhigira, précise

que la signature des ordres de mission pour l’étranger était la prérogative exclusive du

Président de la République et que c’est bien le Président qui avait signé l’ordre de

mission du Général Nsabimana. Des membres de la délégation précisent également

que leur ordre de mission collectif, à l’exception de Nsabimana, avait été signé par le

Président contrairement aux allégations du Conseiller du Président aux affaires

politiques, Runyinya Barabwiriza, lui-même membre de la délégation, qui a prétendu

que c’est lui qui a signé les ordres de mission, excepté celui du Général Nsabimana

pour dire que Nsabimana n’était pas prévu dans la délégation. Runyinya Barabwiriza

est en prison sans jugement depuis 15 ans alors que sa femme a été tuée dans la

prison. Il a déclaré ce que le FPR lui a dicté.

La mission du chef d’Etat-major de l’Armée rwandaise n’était pas quelque chose à

divulguer. Il est tout à fait normal qu’il ait eu un ordre de mission personnel, qu’il en

ait gardé la discrétion et n’a même informé son épouse que la veille du départ le 5

avril 1994.

15- Proposition et refus de passer la nuit à Dar-es-Salaam

Extraits du rapport Mutsinzi:

Les interlocuteurs du Comité d’enquête en Tanzanie ont déclaré qu’ils avaient

encouragé le Président Habyarimana à remettre son retour au Rwanda jusqu’au

lendemain mais qu’il avait insisté pour partir le soir même.

Kamana Francois, affecté à la protection rapprochée du président Habyarimana lors

de ce déplacement, confirme que les mesures avaient été prises pour que la délégation

présidentielle rwandaise dorme sur place : « Avant que Habyarimana n’entre dans la

salle où se déroulait le Sommet, le responsable de la sécurité présidentielle qui était

mon chef direct, le capitaine Léopold Mujyambere, est venu nous informer que le

Président allait dormir sur place. Finalement, à la sortie du Sommet, j’ai vu que le

Président s’est immédiatement dirigé vers l’aéroport. L’équipage a exprimé des

inquiétudes au colonel Sagatwa sur ce départ de nuit, mais la décision de rentrer n’a

pas été abandonnée».

Le conseiller en communication du président Habyarimana, Mvulirwenande Jean-

Marie Vianney, signale qu’il a entendu des membres de la délégation rwandaise

restée à Dar-es- Salaam regretter la mort de Habyarimana en disant que le président

Mwinyi lui avait proposé de passer la nuit à Dar-es-Salaam et qu’il avait décliné la

proposition : « Ils l’ont dit tout de suite après avoir appris la nouvelle de sa

mort».[…..]

Première observation:

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Pourquoi les interlocuteurs tanzaniens du Comité Mutsinzi auraient-ils encouragé

seulement le Président Habyarimana à remettre son retour au Rwanda jusqu’au

lendemain et non son homologue Ntaryamira? Pourquoi ce terme encourager?

Cette thèse est contraire à la vérité que voici: Selon l’ancien chef du protocole d’Etat

rwandais, le Major Mageza Désiré et l’Ambassadeur Munyaneza Thomas, c’est le

Président Juvénal Habyarimana qui a plutôt demandé à son homologue tanzanien de les

loger la nuit du 6 avril 1994, lui faisant remarquer qu’il était tard pour voyager la nuit.

Mais le Président Mwinyi leur a refusé hospitalité, arguant que son protocole n’avait pas

pris les dispositions. Les intéressés m’ont fait cette révélation différemment, le Major

Mageza à Bukavu, Est de la République Démocratique du Congo en mai 1995 et

l’Ambassadeur Munyaneza à Douala au Cameroun en avril 1996. Etant donné qu’ils

côtoyaient chaque fois les chefs d’Etat et écoutaient leur entretien, leur témoignage est

plus crédible que celui des autres membres de la délégation. Dire que c’est le président

Mwinyi qui avait proposé à Habyarimana de passer la nuit à Dar-es-Salaam et que

Habyarimana avait décliné la proposition, tel que Mvulirwenande le rapporte, c’est

sûrement une manoeuvre de diversion lancée par les services tanzaniens.

Deuxième observation:

Pourquoi le lieu du sommet a-t-il été changé?

Selon le compte-rendu de la réunion des Ambassadeurs de la région qui avait été

convoquée et dirigée par le Ministre Tanzanien des Affaires Etrangères le 25 mars 1994,

tenant lieu d’invitation au Sommet des Chefs d’Etats, la rencontre était prévue

initialement à Arusha. Deux jours avant le sommet, sans aucune explication, le lieu de la

Réunion a été changé et la réunion a été transférée à Dar-es-Salaam plus éloigné de

Kigali et Bujumbura qu’Arusha.

Troisième observation:

Le Président Museveni qui avait convoqué le Sommet a accusé un retard de 2 heures et

demie, retard qui s’est répercuté sur l’heure de clôture de la réunion. Pendant la réunion il

faisait retarder encore les débats par un semblant de sommeil et par des blagues de

diversion. A chaque réveil, il obligeait ses partenaires à recommencer les débats sous

prétexte qu’il n’avait pas bien suivi les discussions. Selon le major Mageza le Président

Habyarimana a fait plus d’une fois la motion demandant au Président Mwinyi de

ramener Museveni à l’ordre. Museveni faisait tout cela pour retarder la clôture de la

réunion et obliger les Présidents Rwandais et Burundais à voyager la nuit. A mon avis il

voulait que la fin de la réunion coïncide avec la nuit pour couvrir l’attentat du FPR

contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana.

Quatrième observation:

Les hautes autorités tanzaniennes étaient au courant du complot. Il y eut même une

fuite d’information. L’officier de la Garde présidentielle qui commandait le

détachement envoyé à Dar-es-Salaam pour la sécurité du Président Habyarimana, le

capitaine Léopold Mujyambere, le signale dans son rapport: « Après le départ de nos

chefs d’état, le caporal Kamana a surpris le chauffeur du Ministre Anastase Gasana en

train de converser en Swahili avec les autres chauffeurs qu’il y avait des gens qui

allaient mourir. Il me l’a signalé et à mon tour je l’ai signalé au Major Mageza. Nous

ne savions pas qu’il s’agissait de notre Président ». Par contre l’officier ne signale pas

dans son rapport qu’il avait entendu que le Président Habyarimana allait dormir sur

50

place alors que le caporal Kamana François prétend que c’est cet officier qui leur a

donné l’information.

Le Gouvernement Tanzanien n’a pas présenté les condoléances aux Peuples Rwandais

et Burundais alors que les Présidents sont morts en provenance de Dar-es-Salaam. Il n’a

jamais demandé qu’il y ait une enquête internationale sur l’attentat du 6 avril 1994.

Le Gouvernement Tanzanien a bloqué la délégation rwandaise et ne l’a laissée partir

qu’après la prise du pouvoir par le FPR. Il a bloqué les avions rwandais au profit du FPR

et les a alors remis au FPR après la prise du pouvoir.

Selon le Major Désiré Mageza ce blocage a été exécuté spécialement par le Ministre des

Affaires Etrangères Joseph Rwegasira et le Ministre de la Défense, Colonel

Abdalahaman Kinana. Comment les interlocuteurs pareils tanzaniens du Comité

Mutsinzi peuvent-ils donner un témoignage crédible, impartial ou désintéressé? Ils ne

peuvent en aucun cas engager la responsabilité du Président Mwinyi d’avoir refusé

hospitalité à ses homologues!

16- Départ de Dar-es-Salaam

Extrait du rapport Mutsinzi:

« Peu avant le départ du Falcon 50, un autre fait troublant s’observa au niveau de la

délégation rwandaise. Alors que le président Habyarimana est déjà à bord, il

remarqua l’absence dans l’avion du chef d’état-major de l’armée, le général

Nsabimana, qui était reste sur le tarmac avec le Dr Akingeneye, ne voulant pas

embarquer. Le président Habyarimana ressortit aussitôt de l’appareil et leur intima

immédiatement l’ordre de monter dans l’avion avec lui. Le Cpl Senkeri, témoin direct

de la scène explique : « D’ordinaire, quand nous voyagions avec le Président, il

entrait dans l’avion en dernier lieu, et c’est comme cela que ça s’est passé quand

nous étions à Dar-es- Salaam. Lorsqu’il est arrivé dans l’avion, il a constaté que le

général Nsabimana et le Dr Akingeneye manquaient. Ces derniers se cachaient près

de l’une des ailes de l’avion. Le président Habyarimana est sorti de l’avion, ce qui

n’arrivait jamais, et a dit à haute voix : « Où est Akingeneye ? Celui-ci s’est manifesté.

« Où est Nsabimana ? Il s’est également manifesté. Puis, il leur a demandé :

« Pourquoi vous n’entrez pas dans l’avion ? Ils ont répondu qu’ils croyaient qu’il n’y

avait plus de places parce qu’on y avait mis des Burundais. Le président

Habyarimana leur a alors dit : ‘Entrez vite et on y va’. Ils sont entrés et l’avion a

décollé ».

Observation.

Ce scénario est vraiment ridicule. Un Chef d’Etat qui se lève et va lui-même faire

embarquer les gens alors qu’il est avec son officier d’ordonnance et son secrétaire

particulier, et a un chef du protocole, tous capables de transmettre son ordre aux

membres de la délégation qui traînent les pieds. Comment le Président Habyarimana

aurait-il abandonné son hôte le Président Ntaryamira à bord pour aller interpeller

personnellement le Général Nsabimana et le Dr Akingeneye avec nervosité, attitude

qu’on ne lui reconnaissait pas?

Voilà la version de l’officier commandant du détachement de sécurité complétée par

le chef du Protocole d’Etat le Major Mageza: « A l’aéroport, le président Habyarimana

s’est entretenu avec ses homologues burundais et tanzaniens pendant une trentaine de

minutes. Vers 19 heures, le président Habyarimana est sorti et a dit au Colonel Elie

51

Sagatwa qu’ils allaient partir avec le président burundais. Le Dr Akingeneye figurait

parmi ceux qui devaient céder la place à la délégation burundaise. Quelques minutes

après, on est venu lui dire que sa place était disponible et s’est ainsi qu’il a

embarqué ».

Le Major Mageza m’a confié ce qui suit: « Lorsque les Chefs d’Etat quittaient la salle

de réunion pour aller à l’aéroport, le Président Ntaryamira a demandé à son homologue

Habyarimana de le prendre à bord de son avion, pour pouvoir aller plus vite, car son petit

porteur était très lent disait-il. Le Président Habyarimana n’a fait que me regarder et sans

rien me dire j’ai compris que je devais arranger ce voyage. J’ai prévenu les deux

Ministres Burundais qui accompagnaient le Président Ntaryamira pour voyager avec les

Chefs d’Etat. Je devais alors leur trouver de la place dans l’avion. Le Dr Akingeneye

étant avisé qu’il devait céder la place n’avait pas embarqué. Tandis que l’ Ambassadeur

Juvénal Renzaho s’était porté volontaire pour renforcer l’équipe de rédaction afin

d’apprêter le compte-rendu. Finalement j’ai plutôt désigné les deux gardes du corps du

Président Habyarimana pour céder la place aux Ministres Burundais; le Dr Akingeneye a

alors embarqué puisqu’il y avait de la place. Tandis que l’ Ambassadeur Juvénal

Renzaho, c’est le Président Habyarimana qui lui a demandé de prendre place à bord

également puisqu’il y avait encore une place disponible, pour aller l’aider à accueillir les

hôtes disait-il. L’Ambassadeur lui apportait un exemplaire du compte-rendu de la

réunion en Français. » Ni l’officier commandant de détachement de sécurité, ni le chef

du protocole, le Major Mageza ne parle du retard d’embarquement du Général

Nsabimana et la scène attribuée au Président Habyarimana. Le récit du caporal Senkeri

n’est qu’un montage.

Aussi, selon le rapport de l’officier, le même jour du sommet des Chefs d’Etat, il a

remarqué la présence suspecte du Major Pierre Buyoya, ancien Président du Burundi,

proche du FPR et qui serait derrière l’assassinat de son successeur le Président

Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993, de Patrick Mazimpaka du FPR et d’un

Capitaine de l’APR (non autrement identifié) à l’Hôtel Kilimandjaro. Leur mission

probable était la coordination de l’assassinat des chefs d’Etats.

17- Elément occulté par la Commsion Mutsinzi

L’aveu de Paul Kagame

L’aveu de Paul Kagame complète les revendications des messages captés du FPR.

Paul Kagame a fait un aveu indirect au cours de son interview avec le journaliste de la

BBC Stephen Sackur de la BBC, à Londres le 7 décembre 2006. Tout en esquivant

que l’acte est un assassinat et attentat terroriste, il le revendique et le justifie à deux

reprises comme un acte de guerre, que Habyarimana était du côté de ceux qu’il

combattait et qu’il a été tué dans une situation de guerre. Puisque Paul Kagame

l’a attesté publiquement, il sait comment cette « opération de guerre » a été planifiée et

ceux qui l’ont exécutée. Sinon il aurait dit tout simplement qu’il n’avait pas d’idée sur

les auteurs de l’attentat. Ses révélations du fond de son coeur constituent un aveu. Le

Comité Mutsinzi a occulté cet aveu de Kagame et ne l’a pas intégré dans ses travaux,

alors qu’il aurait dû d’abord le réfuter avant de changer cet « acte de guerre » en un

attentat et l’attribuer au Colonel Théonsete Bagosora. Et pour le réfuter le Comité

52

devrait démontrer que Kagame avait perdu la tête et a lancé des propos insensés en

état de démence; ce qui n’était pas le cas!

18- Le revirement de Richard Mugenzi, opérateur au centre

d’écoute du Commandement Ops Gisenyi

Mugenzi:

Depuis novembre 1990, je donnais mes rapports au Cdt OPS, le major Bahufite. En

l’absence du commandant OPS, après l’arrivée du Lt. Bizumuremyi en 1992, je

devais remettre mes rapports à ce dernier. Le commandant OPS avait décidé qu’en

l’absence du lieutenant Bizumuremyi, je pouvais à tout moment me rendre au camp de

l’armée rwandaise sous escorte, pour les transmettre par téléphone à l’état-major de

l’armée rwandaise, à Kigali, plus précisément le secrétariat du chef d’état-major des

FAR et le secrétariat du G2.

Observation:

Pourquoi Mugenzi devait-il aller au camp militaire Gisenyi pour téléphoner; n’y avaitil

pas de téléphone au camp Butotori et à la maison de passage présidentielle de

Gisenyi? Toutefois Richard Mugenzi n’était chargé que de l’interception et jamais de

la retransmission.

Comment peut-on transmettre des informations importantes à n’importe qui « au

secrétariat » puisque Mugenzi ne dit même pas « au secrétaire »! Il évite d’inventer les

noms des personnes qu’il prétend qu’il téléphonait au « secrétariat » parce qu’il ne

connaît pas ceux qui y travaillaient. Il évite également de dire qu’il téléphonait

directement au Chef d’ Etat-major ou au G2, de peur d’être contredit par ces derniers.

Par ailleurs il veut faire croire que l’information était toujours relayée à l’EM par

téléphone. Or les messages interceptés étaient emmenés au Commandement du

secteur Ops par les plantons (coureurs dans le jargon des FAR) commis à cet effet ou

alors le S2 (officier chef des renseignements militaires du Secteur Ops) allait les

prendre personnellement. Ils étaient alors relayés au commandement des FAR par

radio au centre des transmissions situé à l’intérieur du camp militaire de Gisenyi,

après leur codage.

Il calomnie Bahufite et Bizumuremyi parce qu’il sait qu’ils sont morts et qu’on ne peut

les confronter avec ses dires. Tandis que le Lt Colonel Anatole Nsengiyumva a attesté

dans son procès au TPIR que le Lt Bizumuremyi n’était pas encore à Gisenyi en

1992. Le colonel André Bizimana, alors commandant de Groupement de Gendarmerie

Gisenyi précise plus loin que c’est le major BEMS Christophe Kabera qui travaillait

avec le Lt Colonel BEM Bahufite comme S2 du Secteur Ops Gisenyi. Mais Richard

Mugenzi ne fait pas du tout allusion à Kabera. Tandis que le Lieutenant Bizumuremyi

a travaillé avec le Lt Colonel Anatole Nsengiyumva après juin 1993.

Mugenzi:

Dans les cas d’extrême urgence et en l’absence des deux responsables cités plus haut,

je devais contacter directement le colonel Bagosora, au camp Kanombe et en son

absence, je devais m’adresser au major Ntabakuze Aloys, Cdt du bataillon Para. En

53

l’absence de ce dernier, je devais contacter au camp GP, le colonel Nkundiye, qui fut

remplacé par la suite par un autre officier du nom de Mpiranya.

Avant les événements du 06 avril 1994, je pense avoir transmis un message urgent au

colonel Bagosora, pendant qu’il était encore Cdt du camp Kanombe. Je ne me

rappelle plus exactement de la date, ni du contenu du message. En dehors du contact

cité plus haut, le colonel Bagosora qui manifestait beaucoup d’intérêt pour le Centre,

me téléphonait de temps en autre pour s’enquérir de la bonne marche de mon travail.

Je me souviens aussi avoir transmis deux fois de suite, en l’absence du Cdt Ops, des

messages au major Ntabakuze. Il se trouvait à cette époque en repos au camp

Butotori, avec son unité.

Observation:

Pourquoi faire transiter ces messages destinés à l’EM par des commandants d’unités

ne faisant pas partie de l’équipe d’EM? Que pouvaient-ils en faire ? Le Colonel

Bagosora, commandant du camp militaire de Kanombe n’avait rien à faire avec un

opérateur qui n’était pas sous ses ordres. Le centre d’écoute n’étant pas sous sa

responsabilité il ne pouvait s’immiscer dans son fonctionnement et se permettre de

téléphoner à Mugenzi. Il en est de même du Lt Col BEM Nkundiye et des Majors

Mpiranya et Ntabakuze.

Mugenzi:

La liste des personnes dont je ne devais pas me méfier m’était donnée par écrit, et

était à l’occasion modifiée par mes supérieurs selon la situation. Cette liste

comprenait le colonel Sagatwa Elie, chef du bureau du secrétariat particulier, le

major Bagaragaza, chef du protocole et l’ambassadeur Ubarijoro, conseiller à la

Présidence.

Observation:

Qu’est ce que l’Ambassadeur Ubalijoro aurait-il fait de l’information qui lui aurait été

communiquée? Et le Comité Mutsinzi semble ne pas l’avoir entendu pour infirmer ou

affirmer ce témoignage. Mugenzi cite des gens dont il ignore les fonctions, prend le

Colonel Sagatwa pour un « chef du bureau du secrétariat particulier » alors que c’était

lui-même le secrétaire particulier du Président, et le major Bagaragaza pour le « chef

du protocole » alors qu’il était officier d’ordonnance du Président. Il fait de l’amalgame.

Mugenzi:

Lorsque le président Habyarimana était en même temps le ministre de la défense et

qu’il se rendait en visite à Gisenyi, il arrivait qu’il me fasse appeler pour me poser

des questions sur la vie et le fonctionnement du Centre. Je pouvais aussi parler avec

son secrétaire particulier. Quand Habyarimana céda sa place de ministre de la

défense, je fus averti par le lieutenant Bizumuremyi que je ne devais par parler avec

le nouveau ministre James Gasana et que mes contacts devaient se limiter à son

secrétaire particulier qui était un officier subalterne différent du secrétaire particulier

du président Habyarimana, le colonel Sagatwa. J’ai oublié le nom de cet officier.

Bizumuremyi n’avait pas fait de commentaire, mais j’ai pensé que s’était parce que

Gasana appartenait à l’opposition. A la fuite de Gasana James en 1993, je fus

autorisé par Bizumuremyi à parler directement avec le nouveau ministre Bizimana

54

Augustin qui était issu du MRND et avec le secrétaire particulier qui était resté après

le départ de Gasana ».

Observation:

Le Président Habyarimana avait confiance en ses commandants d’unités de telle

manière qu’il ne les contournait pas pour appeler à son audience des subalternes et

leur demander des informations sur la marche du service confié aux premiers. Je peux

garantir qu’il n’a sûrement jamais appelé Mugenzi. Ce dernier ne veut que se faire

valoir!

Quant à téléphoner au secrétaire particulier du ministre de la défense, que pouvait-il

faire de l’information s’il ne devait pas la communiquer au ministre ?

Mugenzi:

«Avec l’affectation de Bahufite à l’OPS Byumba, c’est le lieutenant-colonel Anatole

Nsengiyumva qui l’a remplacé comme chef des opérations à Gisenyi. Peu après son

arrivée, Nsengiyumva m’a donné de nouvelles fréquences que j’exploitais pour

l’interception des messages que je rédigeais ensuite et les lui transmettais. Il se

chargeait alors de leur amplification dans l’Armée. Ce n’était plus moi qui les

transmettais à Kigali aux destinataires qui m’avaient été désignés à l’époque de

Bahufite ».

Observation:

Il est obligé de dire la vérité sur le mode de retransmission des messages interceptés

puisque le Lt Colonel Anatole peut le contredire s’il continuait de prétendre qu’il

téléphonait à certaines personnes. Mais aussi il ne sait pas ou il a oublié que c’est le

même Anatole Nsengiyumva qui était le chef des renseignements militaires à l’Etatmajor

de l’ Armée avant d’aller au Commandement Ops Gisenyi, et que le système de

fonctionnement du centre d’écoute était sous sa responsabilité. Comme stipulé plus

haut les messages interceptés ont toujours été relayés au réseau opérationnel par radio

et jamais par Mugenzi lui-même et par téléphone.

Mugenzi:

« Lorsque Anatole Nsengiyumva est arrivé à Gisenyi, il a instauré un autre système

de montage pour des motifs que je ne connais pas très bien. Des fois, il m’amenait des

textes écrits par lui-même et me demandait de les écrire sur les formulaires prévus

pour des télégrammes. Je les écrivais et les lui remettais pour l’amplification.

Cela se passait très souvent lorsqu’il y avait des situations très tendues au front. Dans

pareils cas, Nsengiyumva écrivait des messages, me les amenait pour les recopier,

puis il les diffusait en utilisant le système militaire de transmission, probablement

pour l’encouragement des militaires, pour remonter leur moral ».

« Cette dernière forme de messages que je viens de vous expliquer qui consistait à

des montages, à des mises en scène pour des motifs différents, il y a aussi le message

du 07 avril le matin qui m’a été remis en main personnellement par le colonel

Nsengiyumva. Il l’avait écrit lui-même et m’a demandé de le répéter textuellement. Je

le lui ai remis pour la transmission et l’amplification. Pendant toute la période qui va

du 07 avril jusque vers la fin du mois d’avril, il y a eu toujours des messages que le

colonel Nsengiyumva m’amenait et je les recopiais sur le formulaire des télégrammes.

55

Il venait les récupérer par après pour une amplification et une transmission sur le

système militaire ».

Observation:

Le revirement de Richard Mugenzi s’inscrit dans celui du Lieutenant Abdul Ruzibiza,

Deus Kagiraneza, Ruzigana et autres. Ils sont achetés et sensibilisés par le FPR à

défendre sa cause au détriment de la vérité. Un autre témoin Innocent Marara a

dénoncé cette stratégie du FPR dans la période de la rétractation de Ruzibiza. Il a

également été approché par les services de sécurité du FPR lui proposant une grosse

somme de dollars mais il a décliné l’offre, ayant juré de ne pas trahir la vérité.

Richard Mugenzi semble avoir été recruté de longue date par le FPR qui lui a confié

la mission d’aller calomnier les gens au TPIR à Arusha. On constate dans le procès du

Colonel Théoneste Bagosora et ses camarades officiers, que les faux témoignages de

Mugenzi sont contredits par beaucoup d’autres témoins qui vivaient avec lui à

Gisenyi.

Sa mission en Tanzanie étant terminée en 2008, il est rentré au Rwanda pour être

utilisé dans le dossier de diversion sur l’attentat du 6 avril 1994.

Cependant la rétraction sur un témoignage qui a été donné librement sous serment et

sans aucune contrainte ne devrait pas être prise en considération. C’est d’ailleurs cette

rétractation qui semble plutôt être un mensonge!

Concernant la retranscription des messages, pourquoi le double emploi alors que le

commandement des opérations à Gisenyi n’avait à justifier devant personne

l’interception des messages du FPR par l’écriture de Mugenzi.

Mugenzi a été requis à cause de sa connaissance des langues utilisées par le FPR dans

ses transmissions et non pas parce qu’il avait une bonne écriture. Il y avait ses

manuscrits parce que c’est lui qui interceptait les messages et les traduisait. Il ne

faisait que ça. Puis les messages étaient codés par les spécialistes et retransmis sur le

réseau des Forces Armées Rwandaises dans le centre des transmissions.

Il est même possible que les manuscrits de Mugenzi ne fussent pas classés après la

retransmission des messages sur le réseau des Forces Armées Rwandaises. En

principe on classait les copies dactylographiées et les manuscrits encombrants étaient

détruits. L’écriture de Mugenzi en soi n’avait aucune valeur!

Le commandement Ops de Gisenyi ne peut pas avoir fabriqué ces messages pour les

utiliser comme des Psychops. Ce procédé vise normalement soit les troupes ennemies

pour les démoraliser, les démotiver ou les révolter contre leur hiérarchie, soit pour

galvaniser l’opinion et la retourner contre l’ennemi. Ils font toujours objet d’une large

diffusion. Or les messages émanant du commandement Ops Gisenyi n’étaient

destinés ni à l’une ni à l’autre de ces catégories. Les messages interceptés faisaient

l’objet d’une diffusion restreinte, seulement aux abonnés du réseau opérationnel

désignés par l’Etat-major de l’Armée rwandaise. Ils étaient uniquement utilisés pour

les besoins opérationnels et n’ont jamais été portés à la connaissance du public, ni à

celle de toutes les Unités ou militaires des FAR, ni à celle de toutes les Institutions de

l’Etat. Sinon les gens en auraient parlé avant avril 1994. En outre l’Etat-major de

56

l’Armée Rwandaise et le secteur Mutara disposaient chacun d’un autre centre d’écoute.

A en croire Richard Mugenzi, les officiers responsables de ces centres auraient donc

aussi rédigé des faux messages « interceptés » et les auraient remis au commandement !

Concernant précisément les messages de réjouissance et de félicitations échangés au

sein du FPR dès l’aube du 7 avril 1994, s’ils avaient été fabriqués par le

commandement Ops Gisenyi pour calomnier le FPR, ils auraient été diffusés dans les

médias et aux chancelleries. Or ce ne fut pas le cas.

Les commandements de secteurs (Gisenyi ou Mutara) transcrivaient et répercutaient

au Commandement des FAR des télégrammes du FPR dans leur intégralité, c’est-àdire

l’expéditeur, le numéro du télégramme, les destinataires, le groupe date-heure de

la rédaction, le texte et le groupe date-heure de l’émission correspondant à celui de

l’interception. Le commandement des FAR ne pouvait pas se laisser intoxiquer par de

faux messages alors qu’il a visité les centres d’écoute de Gisenyi et Mutara pour être

sûr de l’interception des messages!

Ces télégrammes étaient doublement conservés à l’Etat-major de l’ Armée Rwandaise,

retranscrits dans des registres et classés dans des classeurs. Le commandement des

FAR avait tout évacué avec ces propres télégrammes et d’autres documents pour

écrire les mémoires de la guerre. Mais n’ayant pas la possibilité de protéger toutes ces

archives contre les intempéries dans les camps des réfugiés, le Commandement des

FAR a pris la précaution de relever des extraits des informations pouvant répondre à

certaines interrogations. Ce sont ces informations qui sont disponibles puisque le

commandement des FAR ne pouvait pas transporter les dizaines de registres et de

classeurs lors de la destruction des camps des réfugiés en 1996 et leur poursuite dans

la forêt congolaise par le FPR en 1997.

La vérité est que les télégrammes que Richard Mugenzi a manipulés étaient tous

interceptés! Il n’a pas fait qu’intercepter les télégrammes relatifs à l’assassinat du

Président Habyarimana! Il en a intercepté des milliers traitant de domaines différents.

A titre d’exemple, voici certains extraits de télégrammes captés à l’époque; ils sont

relatifs aux renforts des forces étrangères pendant les préparatifs de la guerre finale et

son déroulement. Ils ont été bel et bien captés, traduits et retransmis sur le réseau

opérationnel:

- Le télégramme INT/OPS/93/2445 du 23 Novembre 1993 à 18H35 du

commandement OPS GISENYI : « Renforcez vos positions et multipliez vos activités

d’ensemble avec NRA dans vos ressorts ».

- Le télégramme INT/OPS/93/2504 du 01 Décembre 1993 à 14H50 du

commandement OPS GISENYI « Le Chef donnera un effectif assez important pour les

opérations à partir du pays du Sud mais pas un effectif souhaité car la NRA doit

intervenir au LIBERIA dans les Forces d’Interposition ».

- Le télégramme INT/OPS/94/311 du 16 Février 1994 à 14H50 du commandement

OPS GISENYI « Nous avons apprêté nos troupes et les éléments NRA sont avec vous

… Entre temps nous intensifions nos activités de reconnaissance dans la Zone tampon

et le camp adverse … Nous avons apprêté nos troupes et matériel et nous attendons.

La NRA est avec nous ».

57

- Le télégramme INT/OPS/94/690 du 07 Avril 1994 à 10H05 du commandement OPS

GISENYI « Nos troupes ainsi que celles de la NRA dans nos Secteurs demeurent sur

le qui vive ».

- Le message du FPR du 22 Avril 1994 à 11H20 de MBARARA pour KAMWEZI

« Nous continuons nos opérations de concert avec la NRA et les éléments blancs »

- Le télégramme INT/OPS/94/1088 du 11 Mai 1994 à 14H55 du commandement OPS

GISENYI « … Dans le pays du Sud, les préparatifs sont terminés et nous attendons

l’occasion propice pour ordonner leur intervention… »

- Le télégramme INT/OPS/94/1198 du 18 Mai 1994 à 16H00 du commandement OPS

GISENYI »…Le pays du Sud et de l’Est sont toujours à notre disposition… ».

- Le télégramme INT/OPS/94/1257 du 22 Mai 1994 à 17H00 du commandement OPS

GISENYI « … Nous attendons encore les éléments en provenance du Pays du Sud

alertés depuis ce matin… ».

- Au moment de l’assassinat du Président Melchior Ndadaye du Burundi le 21 octobre

1993, le commandement du FPR a donné au commandement du Secteur Opérationnel

Kamwezi, correspondant au Secteur Mutara des FAR, l’ordre d’apprêter deux unités

de 300 hommes chacune, devant intervenir au profit des putschistes au Burundi en cas

de résistance significative des loyalistes.

D’autres messages étaient d’ordre administratif et logistique. Ils faisaient référence des

rapports de situation journalière, des affectations des officiers et leur avancement en

grade, mais aussi des difficultés rencontrées ou des problèmes internes au FPR.

On peut en citer quelques-uns. Ceux-ci n’avaient pas été conservés au lendemain de la

signature de l’Accord de Paix d’Arusha du 4 août 1993 qui mettait fin à la guerre.

- On peut rappeler celui qui faisait état d’une position du FPR foudroyée au Mutara et

où tout un peloton avait péri.

- En outre à un certain moment le FPR a failli abandonner la guerre et le Colonel

Alexis Kanyarengwe, Président du FPR a envoyé un télégramme aux unités pour les

exhorter, leur disant de ne pas s’en vouloir, car elles avaient fait tout ce qu’elles

pouvaient. Tandis que le Président Museveni reprochait au leadership du FPR de ne

pas écouter les conseils.

- Dans un autre message on disait que chaque fois que le Colonel Kanyarengwe ne

s’accorde pas avec ses « collaborateurs », des jeunes officiers lui rappellent ouvertement

qu’il a déclaré qu’il ne s’entendra jamais avec les Tutsi aussi longtemps que des

cheveux n’auront pas poussé dans la cicatrice lui causée sur la tête par les tortures que

les Inyenzi l’avaient fait subir quand ils l’ont capturé dans les années 1960.

- Il y aussi lieu de citer le message dans lequel le FPR disait qu’il n’avait pas de

contentieux avec le Président Juvénal Habyarimana, qu’il ne trouvait même pas de

faille ou d’écart de langage dans ses discours à partir desquels il pouvait l’attaquer,

mais qu’il ne pouvait pas prendre le pouvoir sans le salir.

58

Dans le même message le FPR disait qu’il n’avait pas de contentieux avec son parti,

le Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement

(MRND) mais plutôt avec le Mouvement Démocratique Républicain (MDR) qui a

mené la Révolution sociale de 1959 et a chassé les Tutsi du pouvoir. Il disait que

cependant il ne pouvait pas attaquer le MDR sans attaquer le MRND qui détenait le

Pouvoir et servait de parapluie au MDR, qu’il devait détruire le MRND d’abord tout

en sapant les racines du MDR, et qu’une fois le MRND détruit, il lui sera très facile

de faire tomber le MDR.

Le Commandement des FAR n’a donc conservé que les extraits de certaines

informations qui sont en relation avec la violation et la rupture de l’Accord de paix

d’Arusha, c’est-à-dire les préparatifs de la guerre finale, l’assassinat du Président

Juvénal Habyarimana et la guerre d’avril 1994. Sinon il avait des milliers de messages

interceptés du FPR.

Par ailleurs les FAR avaient pu faire passer la radio utilisée par Mugenzi entre le filet

des Forces Armées Zaïroises et Mugenzi a continué à intercepter les télégrammes du

FPR pendant qu’il était au camp des réfugiés de Mugunga à Goma.

Des exemples:

- Après la prise du pouvoir par le FPR, 27 personnes détenues ont été tuées par

asphyxie dans l’une des brigades de la Gendarmerie à Kigali. Les Organisations de

Défense des Droits de l’Homme se sont levées et ont réclamé le châtiment pour les

coupables. Les gendarmes impliqués ont alors été mis en prison.

Quelques jours plus tard, selon un message intercepté, le Ministre de la Défense, le

Général Paul Kagame, a envoyé un message à toutes les unités de l’APR et a ordonné

aux Commandants d’unités de dire à la troupe de ne pas se faire de souci à propos de

l’emprisonnement de leurs camarades. Il disait qu’on les a emprisonnés pour faire

taire la Communauté Internationale, mais qu’ils seront libérés sous peu. Il a ajouté:

«au contraire j’exhorte tous ceux qui ont la possibilité de faire comme eux de le

faire».

- En 1995 il y eut un malentendu entre Paul Kagame et le Général Samuel Kanyemera

alias Sam Kaka, alors Chef d’Etat-major de l’APR. Un groupe de 27 officiers réunis

autour de Sam Kaka avaient estimé opportun de proposer à Paul Kagame d’engager le

dialogue avec les réfugiés pour favoriser le retour pacifique et mettre fin aux

opérations de résistance. Paul Kagame a rejeté la proposition, mais SAM Kaka

insistait. Chaque fois que Sam Kaka téléphonait à Kagame ou allait le voir au bureau,

Paul Kagame envoyait un télégramme aux commandements de secteur (Brigades)

pour les informer de leur entretien et ajoutait des dénigrements à l’endroit de Sam

Kaka. Sam Kaka a aussi envoyé un télégramme à Paul Kagame lui reprochant son

opacité aux conseils qu’on lui donne, qu’il a un caractère impossible, et lui a dit qu’il

ne perdra plus son temps à lui proposer quoi que ce soit. Il s’est ensuite enfui en

Ouganda.

Paul Kagame a alors envoyé un télégramme aux unités pour les informer de la fuite

de Sam Kaka, mais que pour diversion Kagame a dit au gouvernement qu’il est allé se

faire soigner.

59

En outre Paul Kagame a donné l’ordre de vendre toutes les vaches de Sam Kaka

partout où elles se trouvent et qu’à défaut de les vendre on devra les abattre car « cet

Imbécile ne doit rien posséder dans le pays » concluait-il.

Il a désigné le Général Marcel Gatsinzi comme chef d’Etat-major APR ad intérim

(alors que Gatsinzi était le chef d’Etat-major adjoint), et le Colonel Emmanuel

Habyalimana comme chef d’Etat-major adjoint (alors qu’il était Secrétaire général au

Ministère de la Défense).

Le président Museveni a vite fait la médiation entre les deux hommes et a convaincu

Paul Kagame de laisser Sam Kaka rentrer au pays et reprendre ses fonctions.

Cette affaire n’a pas filtré publiquement mais les FAR en exil ont tout suivi grâce aux

télégrammes interceptés. Richard Mugenzi peut-il prétendre que ces télégrammes

étaient aussi rédigés par des officiers qui les lui donnaient pour les transcrire, alors

que cette fois ils étaient donnés directement au Commandement des FAR en exil

après leur traduction sans devoir en faire la retransmission. Ces télégrammes visaientils

« à accuser l’ennemi tutsi et à attiser la haine contre lui »?

- C’est également par l’interception des télégrammes du FPR qu’on a su que le Colonel

Déogratias Ndibwami a échappé à un attentat à la grenade lui lancée dans son bureau

à Kimihurura lorsqu’il était Chef d’état-major de la gendarmerie.

- De même une mine Antitank fut posée à l’endroit habituel où le Lieutenant-colonel

Cyriaque Habyarabatuma garait son véhicule tous les matins au camp Mubona de la

gendarmerie à Ruhengeri. Mais c’est un camion plein de gendarmes qui l’a précédé

qui a sauté au moment où il s’y garait. Il y eut des morts et des blessés.

- Des grenades furent aussi lancées dans des dortoirs des militaires au camp Muhoza à

Ruhengeri et ont fait plusieurs morts et blessés.

Mugenzi:

« Lors de mon audition par le juge Bruguière, il ne m’a pas été permis de donner des

explications relatives aux conditions dans lesquelles les messages du 06 et du 07 avril

1994 sur lesquels il m’a interrogés ont été rédigés. Malheureusement non. Je crois

que le juge et ses collaborateurs voulaient seulement savoir si les documents qu’ils

avaient dans leurs mains avaient été écrits par moi-même. Ils ne se sont pas

intéressés de savoir le contenu ou les versions ou les circonstances dans lesquelles je

les composais ou les écrivais. Ils voulaient simplement savoir si l’écriture était la

mienne, si le document avait été écrit par moi. C’est tout ce qu’ils voulaient savoir.

Le reste, ils avaient déjà leur réponse ».

Observation:

Le manuscrit montré à Mugenzi ne pourrait être son écriture que s’il provient des

archives du commandement opérationnel de Gisenyi ou si le message a été faxé à l’

Etat-major de l’ Armée rwandaise au lieu d’être relayé sur le réseau opérationnel. S’il

a été faxé, c’est l’Etat-major de l’Armée rwandaise qui aurait donné des copies du texte

faxé aux autres échelons habilités, notamment l’ Etat-major de la Gendarmerie

nationale. Par contre si le message a été relayé sur le réseau Ops par le

60

Commandement Ops Gisenyi il y avait autant d’écritures différentes du même

message que des centres des transmissions (CTR) qui l’ont réceptionné. Partant, si le

texte qui a été montré à Mugenzi provient d’un autre centre des transmissions

destinataire, il ne peut être son manuscrit. Par ailleurs, s’il a été faxé, le groupe dateheure

devrait être automatiquement imprimé par la machine fax. Or ce message porte

un N° de classement Int/Ops/94/691 comme s’il a été relayé sur le réseau Ops. Je l’ai

trouvé dactylographié à mon retour de mission du Cameroun le 9 avril 1994. J’ai

conclu qu’il a transité par le réseau radio normal et que l’officier des transmissions de

l’ EMAR l’a fait dactylographier comme d’habitude pour le remettre aux services

concernés. Tandis que les 3 autres messages faxés qui l’ont précédé n’avaient pas tous

les éléments d’entête ni le N° de classement; leur groupe date-heure était imprimé

automatiquement par la machine fax. Ce sont des photocopies des manuscrits tels que

faxés par le commandant Ops Gisenyi qui ont été remis aux services concernés. En

voici les extraits:

- »Nous avons entendu la voix de Radio-Rwanda disant que le tyran et le Président

Burundais sont morts par accident inopiné. Ce n’est pas possible pour nous!. Nous ne

croyons pas comme IKINANI CYANANIYE ABAGOME N’ABAGAMBANYI (c’est à dire

l’invincible) soit mort. Bref, nous félicitons les groupes d’actions en profondeur. La

victoire veut dire avantage remporté à la guerre sur autrui. Moral Haut! « .

(R Fax du 07 Avril 1994 à 07H00 du Commandement opérationnel GISENYI)

-RMT du 06 Avril 1994 à 09H00, la réunion qui devrait avoir lieu à MULINDI ce jeudi

07 Avril 1994 est annulée. Je vous remercie et vous félicite de l’opération d’hier. La

récompense est à vous pour le moment. Toutes les unités doivent se mettre en état

d’alerte. La guerre commence… » (R Fax du 07 Avril 1994 à 07H20 du Commandement

opérationnel GISENYI)

- »Vous confie la mission de terminer le projet comme je vous l’ai précisé. Le plan est

presque terminé. Les gorilles (HUTU) ont échoué et les bergeronnettes (TUTSI) ont

gagné le match …. » (R Fax du 07 Avril 1994 à 07H55 du Commandement opérationnel

GISENYI)

Mugenzi:

« Dans les messages que j’ai rédigés moi-même, il y avait des fautes d’orthographe

dues essentiellement à la rapidité car il fallait terminer à temps pour suivre d’autres

communications. Il y avait toujours des fautes d’orthographe ou de grammaire. Mais

pour les documents qui m’ont été présentés, j’évitais ces fautes. C’est le cas du

message du 07 avril à 08h45 que le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva m’a

apporté et que je n’ai fait que transcrire, je ne pouvais pas y mettre beaucoup de

fautes parce que c’est un document que je copiais. C’est la différence avec les autres

télégrammes ».

Colonel Bizimana:

« Je connaissais Mugenzi Richard. Nous sommes originaires de la même ancienne

commune de Mukarange à Byumba. Je l’ai recruté comme opérateur des FAR à

Gisenyi et il a occupé ce poste jusqu’en juillet 1994. Il a essentiellement travaillé

avec le major Bahufite qui est également originaire de Byumba et qui occupait le

poste de commandant des FAR à Gisenyi, ainsi qu’avec le major Kabera Christophe

qui était chargé des renseignements militaires à Gisenyi. Puis, dès la mutation de

61

Bahufite vers Byumba en mai 1993, il a continué son travail avec le colonel Anatole

Nsengiyumva et son officier de renseignements, le lieutenant Bizumuremyi. Les

messages qu’il interceptait étaient donnés à Bahufite et à Nsengiyumva ou à leurs

adjoints, respectivement Kabera et Bizumuremyi, qui les acheminaient ensuite à

l’état-major de l’armée. Je connais l’écriture et le niveau de français de Mugenzi

Richard, je certifie que ses documents en français comportaient toujours des fautes

d’orthographe ».

Observation:

Mugenzi et le Colonel Bizimana parlent des fautes d’orthographe dans les messages

interceptés et écrits par Mugenzi comme s’ils étaient tous relayés par fax pour y

retrouver ces fautes. A part de rares exceptions envoyées uniquement à l’Etat-major

de l’Armée rwandaise par fax, les messages étaient codés pour les retransmettre sur le

réseau OPS. Celui qui les codait pouvait corriger les fautes d’orthographe. Si le

message du 7 avril 1994 à 08h45 portant félicitation du commando renforcé a été

relayé au réseau opérationnel par radio, les fautes d’écriture de Mugenzi qu’il

contiendrait ont d’abord été corrigées. Le fait que Bizimana parle aussi des fautes

d’orthographe dans les manuscrits de Mugenzi alors qu’il sait très bien que les

messages étaient codés et les fautes éventuelles corrigées, c’est que ce détail inutile

dans son témoignage lui a été suggéré. Puis, Mugenzi qui a étudié les

télécommunications au Zaïre ne connaît-il pas le Français alors que les études au

Zaïre se faisaient en Français?

Le Colonel André Bizimana est en prison depuis son rapatriement volontaire en 2004

de la Tanzanie. C’est lui qui avait découvert le système d’écoute des communications

du FPR alors qu’il était le commandant de Groupement de Gendarmerie de Gisenyi,

même si le centre d’écoute fut sous la responsabilité du Commandant Ops Gisenyi qui

était son supérieur. Cet antécédent est certainement parmi les raisons cachées de son

emprisonnement, d’autant plus qu’il n’était pas au Rwanda en 1994 pour trouver un

alibi de lui attribuer les massacres commis à Gisenyi. Il était aux études en France. Le

FPR cherche toujours des motifs pour se venger contre les officiers ex-FAR qui lui

ont causé des difficultés pendant la guerre. Le Colonel Bizimana était dans son

collimateur de logue date. Après la destruction des camps des réfugiés Hutu Rwandais

et Burundais à l’ Est du Zaïre et le massacre de ces derniers à la fin de 1996 et début

1997, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme ont accusé le FPR. Dans

ses tentatives de diversion et de désinformation pour se disculper le FPR a prétendu

que ce sont les Ex-FAR qui ont tué les réfugiés en les empêchant de rentrer au

Rwanda. Il a cité Bizimana parmi les officiers qu’il calomniait. Pourtant à la

destruction des camps des réfugiés commencé en octobre 1996, le Colonel Bizimana

n’y était plus; il s’était rendu à Nairobi en juin ou juillet 1996. Il a oublié cet

antécédent et il est rentré alors qu’il n’avait aucune garantie. Il est donc obligé de se

racheter.

19- Rapport des Experts britanniques sur leur enquête faite

du 17 au 24 février 2009.

Mise au point analytique de ce rapport.

62

*Les photos prises à partir des collines environnant la colline de Kanombe y

compris l’aéroport et la résidence présidentielle.

Il aurait été plus correct d’indiquer clairement le mois ou la période de la prise de

chaque photo puisqu’elles sont des périodes différentes. On souhaiterait surtout savoir

celles qui ont été prises en 1994, quel mois et pourquoi? Les plus intéressantes sont

les figures N° 3; N° 4; N° 5 et N° 8. S’agit-il de la reconstitution datant d’après

l’attentat ou bien sont-elles des photos ayant été prises avant. Quel est cet avion qu’on

a photographié? S’il s’agit du Falcon 50 présidentiel, pourquoi avait-il été

photographié en vol d’approche de l’aéroport?

*Les photos remises aux Experts britanniques par le Comité Mutsinzi

L’attribution de la prise de photos à la Société d’Assurance SONARWA aux environs

du 24 mai 1994 est invraisemblable et illogique puisque la SONARWA ne

fonctionnait pas à cette date. Le FPR est arrivé sur les lieux le 21 mai 1994 après la

rupture d’encerclement et l’exfiltration des unités des FAR se trouvant du côté est dans

la nuit du 20 au 21 mai 1994. La SONARWA étant fermée comme tous les autres

établissements publics et privés depuis le 7 avril 1994, où est ce que le FPR aurait

trouvé la Direction de la SONARWA pour qu’elle conduise cette prise de photos?

L’absence de certaines données techniques.

Les données techniques déterminantes ci-après manquent alors qu’elles devraient être

prises en considération pour le calcul de la trajectoire des missiles à partir des points

de départ identifiés ou supposés, comme c’est dans le cas présent. Il s’agit de:

*L’altitude à laquelle un Falcon 50 devrait se trouver et la vitesse qu’il devrait avoir

sur sa trajectoire au niveau de Masaka (19 km) et au niveau de la résidence

présidentielle pour atterrir à l’aéroport de Kanombe dans les conditions normales.

*L’angle optimal de la trajectoire du missile SAM 16 pour atteindre avec efficacité

une cible se trouvant à ladite altitude.

*La force de frappe du missile SAM 16 devant ébranler la cible, exprimée en Kgforce

par centimètre carré à un angle et une distance donnés à partir du point de

lancement du missile.

La carte électronique fournie par le Comité Mutsinzi: Annexe M

Questions:

Sur quoi les Experts britanniques se sont-ils basés pour déterminer deux points de

départ présumés des missiles dans le domaine militaire de Kanombe, un

apparemment au niveau du champ de Nyarugunga, formant un angle de 70 degrés par

rapport à la trajectoire de l’avion et la résidence présidentielle, et un autre

apparemment à la poudrière, formant un angle de 90 degrés, à partir desquels ils ont

fait leur calcul de la trajectoire des missiles alors que personne parmi les témoins

oculaires n’a indiqué ces lieux de la même manière que la Ferme de Masaka ?

63

Pourquoi privilégient-il la trajectoire imaginaire de 70 degrés qui a été évoquée par un

témoin, le caporal Moreau, qui se trouvait pendant la nuit à Rutongo, situé à 19 ou 20

km du lieu du crime à vol d’oiseau, alors que le témoin dit qu’il ne voyait pas l’avion

et ne savait pas dans quelle direction étaient les lumières qu’il a vues? Les 70 degrés

étaient estimés par rapport à quoi puisque son collègue Joël Hermeryck atteste qu’ils

n’ont pas vu les missiles, donc pas leur provenance ni leur trajectoire.

Constat:

Les experts britanniques n’ont pas mené leur propre enquête. Ils n’ont fait qu’entériner

les témoignages collectés par le Comité Mutsinzi quand bien même ils sont

ostensiblement sujet à caution! Ils auraient dû au moins réentendre les témoins en leur

posant des questions de précision sur le lieu supposé de départ des missiles puisque

leurs déclarations sont imprécises et contradictoires.

Les Experts britanniques confondent le lieu du crash avec le lieu de l’impact, c’est-àdire

le lieu au niveau duquel l’avion arrivait lorsqu’il a été atteint par les missiles. Ils

semblent considérer que l’avion a chuté d’aplomb sans faire aucun mètre de plus après

avoir été atteint par les missiles. Or un avion en mouvement ne tombe pas d’aplomb

comme un matériel lourd largué ou une pierre lâchée à partir de la vitesse ZERO,

disons par un hélicoptère en position stationnaire.

Un avion touché par un tir ou dont les moteurs s’arrêtent par défaut technique ne

tombe pas verticalement d’aplomb au point de projection perpendiculaire par rapport

au niveau où l’impact s’est produit ou les moteurs se sont arrêtés. S’il n’explose pas en

l’air instantanément, il continue le mouvement par inertie tout en descendant faute de

force de propulsion devant le maintenir sur sa normale trajectoire et va s’échoir plus

loin en fonction de son poids, de la vitesse et de l’altitude auxquelles il volait au

moment de l’impact. Il devient donc un peu comme un objet largué normalement par

un avion en mouvement. Cet objet va tomber plus loin par rapport au niveau où il a

été lâché, lui aussi en fonction de son poids, de la vitesse et de l’altitude auxquelles

volait l’avion qui l’a lâché. Mais l’objet tombe encore plus près par rapport à l’avion

abattu ou en panne brutale en vol, parce que lui (l’objet) n’a pas sa propre vitesse de

propulsion qui continue de l’entraîner par inertie.

Par conséquent l’avion du Président Habyarimana doit avoir été touché par les

missiles avant d’arriver au niveau de la résidence, car la chute par terre se produit plus

loin par rapport au niveau de l’impact. Après avoir été touché il a continué sa

trajectoire par inertie mais en descendant faute de source d’énergie propulsive devant

le maintenir sur le niveau normal de descente pour l’atterrissage et il allé s’écraser

dans le jardin de la résidence. La thèse de Masaka est plus probable tel que les

témoignages qui avaient été recueillis le lendemain de l’attentat auprès des

populations déposant librement l’ont attesté. Le cratère au point de chute, qui n’est pas

profond, montre également que l’avion est tombé en pente douce au bout de la perte

de sa vitesse.

Si l’angle de 70 degrés privilégié par les Experts britanniques est appliqué sur le point

de départ des missiles à Masaka pour déterminer l’impact et non le lieu du crash, on

constatera que l’avion a effectivement été touché à un certain niveau entre la ferme et

la résidence, et a continué son mouvement par inertie tout en descendant pour s’échoir

plus loin. Alors ce fut dans le jardin de la résidence. Si l’avion volait à une vitesse

64

supérieure et à une plus haute altitude, il serait allé s’écraser encore plus loin. Par

exemple s’il avait été atteint par un missile tiré à 70 degrés de sa trajectoire, alors qu’il

volait à 2.000 m d’altitude il ne serait pas tombé au même lieu mais plus loin, peutêtre

plutôt sur la piste.

Si les missiles avaient atteint l’avion alors qu’il arrivait au-dessus de la résidence

présidentielle et que l’avion avait chuté à la verticale, le fils du Président

Habyarimana, Jean Luc, meilleur témoin oculaire qui a tout vu depuis que l’avion

venait de l’horizon et a assisté à sa chute puisqu’il était dehors, ne dirait pas que les

missiles ont été tirés à partir de Masaka.

Confondre le lieu du crash avec le lieu de l’impact semble être une méthode non

adéquate. L’objectif semble être situer coûte que coûte le point de départ des missiles

au camp Kanombe à partir de rien. Il faudrait refaire les calculs basés sur un angle de

70 degrés à partir de Masaka, point de départ qui a été indiqué avec précision par des

témoins libres et de première main le lendemain de l’attentat, et confirmé par certains

témoins du Comité Mutsinzi occultés par les Experts britanniques, si 70 degrés c’est

le seul angle d’efficacité des missiles SAM 16. Puis calculer le mouvement imprimé à

l’avion par l’inertie depuis le point d’impact trouvé et sa descente progressive, pour

voir si le point de chute ne serait pas bien la résidence présidentielle!

Le rapport des experts britanniques est biaisé. Le groupe ne fait qu’avaliser le rapport

du Comité Mutsinzi. Le groupe n’est ni indépendant ni impartial. Il est au service de

ce Comité et c’est son prolongement commandité pour donner une fausse image

scientifique au travail dudit Comité.

Puisque l’impact doit avoir eu lieu à une certaine distance du lieu du crash, l’avion

devrait avoir été touché avant d’atteindre le niveau de la résidence pour y chuter

verticalement comme si sa vitesse tombait automatiquement à ZERO. Les missiles

tirés de gauche ayant atteint la partie arrière, leur force de frappe a poussé la queue

vers la droite et la partie avant a basculé légèrement vers la gauche. L’avion a alors

chuté en oblique par rapport à la ligne d’atterrissage, adoptant la trajectoire qui l’a

conduit à la résidence présidentielle, suivant une pente douce et il a touché le sol

faisant un cratère peu profond puisqu’il était au bout de sa vitesse. L’angle de sa

descente devrait être calculé pour situer le point d’impact en l’air qui doit être à une

certaine distance de la résidence sur la trajectoire de l’avion. L’angle de chute de 20

degrés cité par la sous-section des investigations de la force aérienne belge dans son

rapport à la Commission d’enquête parlementaire belge est d’ailleurs plausible.

L’avion ne pouvait pas chuter verticalement à l’impact même comme les experts

britanniques le présentent. Si l’impact avait eu lieu au-dessus de la résidence l’avion

serait allé s’écraser plus loin vers l’aéroport. Si les experts étaient sérieux, ils auraient

déterminé le point de touche sur 70 degrés à partir de Masaka au lieu de prolonger la

ligne jusqu’à la résidence et former un angle impossible pour tromper l’opinion. A

partir de ce point de touche déterminé à 70 degrés à partir de Masaka, l’avion a été

emporté en descendant et est allé s’écraser dans le jardin présidentiel.

Selon mes propres estimations, la résidence présidentielle est située à environ 2,5 km

de la verticale de Masaka sur la ligne d’atterrissage. Si les missiles ont été tirés à partir

de la ferme de Masaka suivant l’angle de 70 degrés privilégié par les experts

65

britanniques, ils devraient avoir atteint l’avion à 2 km de la résidence. Puisqu’ils n’ont

pas fait exploser l’avion en l’air et ne l’ont pas trop ébranlé, celui-ci est descendu

progressivement en fonction de la perte de vitesse, puis il est allé s’écraser dans le

jardin présidentiel.

20- Conclusion sur le rapport Mutsinzi.

Le rapport du Comité Mutsinzi n’est qu’un ensemble de montages de diversion, de

désinformation et d’informations travesties ou manipulées. Le Comité Mutsinzil prend

des informations engageant la responsabilité du FPR et les tourne contre les FAR. Il a

fait de même pour la responsabilité du Président Mwinyi qui a refusé hospitalité à ses

homologues et la tourne contre le Président Habyarimana lui prêtant le refus de

l’accueil proposé par son hôte Mwinyi. Le gouvernement rwandais a créé le Comité

Mutsinzi et commandé son travail pour semer le doute, manipuler l’opinion

internationale et gagner des délais, et surtout couvrir l’aveu de Paul Kagame fait lors

de son interview avec le journaliste de la BBC Stephen Sackur à Londres le 7

décembre 2006. C’est cet événement qui l’a contraint à créer ledit Comité alors qu’il

s’était opposé à toute enquête, ayant même déclaré à Stephen Sackur que l’enquête sur

l’assassinat de Habyarimana ne le préoccupait pas.

Les témoignages que la population de Masaka, Rusororo, Mulindi et Ndera avait

donnés le lendemain de l’attentat sont sans équivoque. Les témoins ont entendu les

coups de départ et vu « des boules de feu » partant de la vallée en contrebas de leurs

domiciles qu’est la ferme de Masaka. Les habitants de Rusororo au-dessus de la route

vers Kabuga voyaient cela de face dans la vallée, donc à quelques centaines de mètres

seulement de leurs domiciles à vol d’oiseau. Le FPR évoquait le même endroit durant

les 15 ans de refus d’enquête, bien qu’il attribuât le crime à l’ancienne partie

gouvernementale pour désinformation. La désignation du Camp militaire de Kanombe

comme point de départ des missiles qui ont abattu le Falcon 50 présidentiel le 6 avril

1994 n’est qu’une manoeuvre de diversion.

Le Comité Mutsinzi n’a pas pu contredire le juge antiterroriste français Lean Louis

Bruguière sur l’origine de ces missiles dont les lanceurs ont été découverts le 25 avril

1994 dans la vallée de Masaka, en démontrant qu’ils ne parviennent pas des stock de

la NRA (Armée Ougandaise) alors pourvoyeur du FPR, tel qu’établi par le juge

Bruguière.

Fait le 30 mars 2010

Aloys Ntiwiragabo.

Gen. Maj.

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Ingabo z’u Rwanda zahinduriwe ubuyobozi

Posté par Adolphe Habimana le 11 avril 2010

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Ingabo z’u Rwanda zahinduriwe ubuyobozi

Liyotona Jenerali Charles Kayonga wagizwe Umugaba Mukuru w’Ingabo z’u Rwanda (Foto / Arishive)

KIGALI – Ashingiye ku bubasha ahabwa n’itegeko, Perezida Paul Kagame, akanaba n’Umugaba Mukuru w’Ikirenga w’Ingabo z’u Rwanda, kuri uyu wa 10 Mata 2010 yahinduye ubuyobozi bw’ingabo ndetse bamwe mu bayobozi bazo bahindurirwa imyanya nk’uko tubikesha itangazo rya Perezidansi ya Repubulika ndetse bikanemezwa n’Umuvugizi w’Ingabo z’u Rwanda, Majoro Jill Rutaremara. Nk’uko iri tangazo ribigararagaza, Jenerali James Kabarebe, wari usanzwe ari Umugaba Mukuru w’Ingabo z’u Rwanda kuva mu Kwakira 2002, yagizwe Minisitiri w’Ingabo asimbura Jenerali Marcel Gatsinzi mu gihe umwanya yariho yawusimbuweho na Liyotona Jenerali Kayonga Charles wari usanzwe ari Umugaba w’Ingabo zirwanira ku butaka. Jenerali Majoro Cesar Kayizari wayoboraga Divisiyo ya gatatu mu Ngabo z’Igihugu ni we wasimbuye Liyotona Jenerali Kayonga ku mwanya w’Umugaba w’Ingabo zirwanira ku butaka.

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Un Mirage F1 s’écrase près d’Orléans sans faire de victime

Posté par Adolphe Habimana le 8 avril 2010

Un Mirage F1 s’écrase près d’Orléans sans faire de victime

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Un Mirage F1 s'écrase près d'Orléans sans faire de victime dans ACTUALITE

Mirage 2000 de l’armée française

Un Mirage F1 de l’armée française en mission d’entraînement s’est écrasé jeudi matin près d’Orléans, sans faire de victime, le pilote s’étant éjecté, a annoncé le Sirpa Air.

L’avion de la base de Reims effectuait un entraînement quand il a rencontré un problème technique, a précisé le commandant Frédéric Solano, du Sirpa air. Le pilote a tenté de se poser sur la base aérienne d’Orléans et voyant qu’il n’y parvenait pas, il a dirigé son appareil vers une zone non habitée et s’est éjecté, selon la même source.

Il était seul à bord et a été récupéré sain et sauf. L’avion s’est écrasé vers 11H40 dans un champ près d’une autoroute, à quelques kilomètres de la base d’Orléans. Il y a eu un début d’incendie éteint par les pompiers, selon le commandant Solano. (afp)

08/04/10 14h13

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Rwanda-France – B. Kouchner au 16ème anniversaire du génocide: je me suis battu et continuerai. Le discours à Kigali aurait-il changé vis-à-vis de la France?

Posté par Adolphe Habimana le 8 avril 2010

Rwanda-France – B. Kouchner au 16ème anniversaire du génocide: je me suis battu et continuerai. Le discours à Kigali aurait-il changé vis-à-vis de
la France?

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B. Kouchner-Rwanda-1994

Le rapport Mutsinzi a voulu faire oublier le discours de Murambi qui montrait « comment les Français sont venus ici dans la zone turquoise pour aider les Interahamwe, comment ils les ont crées et formés, et après leur donner des armes. Là où ils étaient battus, ils les soutenaient, se rangeaient parmi eux dans les combats, les aidaient à tuer les Rwandais, cela n’est pas un secret » (P.Kagame, Murambi, 07/04/2007) et le rapport Mucyo (15/11/2007), les 2 piliers de la responsabilité présumée de
la France dans le génocide rwandais.

De cette inquisition, seule reste valable et convenue la chasse aux intellectuels hutu et autres hommes d’affaires et leaders d’opinions, désormais déclarés « présumés génocidaires » vivant à l’étranger.

Eponge sur le discours de Murambi

Il y a une époque où la raison de guerre du FPR était plus forte que la raison d’Etat. Renaud Muselier avait dû quitter le stade honni par le public, Alain Jouyandet commémore avec honneurs du chef de l’Etat rwandais Paul Kagame, le 16ème anniversaire du génocide rwandais.

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 Les temps ont changé et le Minisitre des affaires étrangères assure: « je me suis battu et continuerai à me battre pour que la vérité sur ce génocide soit établie afin que les faits historiques ne puissent plus être malmenés ou falsifiés ».

Telle est aussi la devise et le rythme de « Droit de vérité, Devoir de justice ». La vérité ne peut sortir que d’un débat contradictoire et DVDJ attend également le soutien sur ce terrain.

Droit de vérité, Devoir de Justice.

Déclaration de Bernard Kouchner

« Alors que le Rwanda commémore aujourd’hui le 16ème anniversaire du début du génocide des Tutsis du Rwanda, mes pensées vont aux victimes et à leurs familles meurtries mais également aux rescapés et plus largement à toute la population rwandaise qui a su s’unir pour affronter cet épisode barbare de son histoire.

La reprise de nos relations diplomatiques avec le Rwanda permet désormais à notre Ambassade d’apporter tout son soutien à Kigali aux associations de rescapés qui permettent de remplir le devoir de mémoire dû aux victimes et à leurs familles. Je souhaite également que
la France puisse honorer les victimes du génocide par la création d’un lieu de mémoire spécifique.

Comme le Président de
la République a eu l’occasion de le déclarer à Kigali,
la France est plus que jamais engagée dans la lutte contre l’impunité des génocidaires sur son territoire et partout dans le monde. Je réitère à cette occasion le plein soutien de
la France au Tribunal pénal international pour le Rwanda.
La France appelle tous les pays hébergeant des personnes recherchées pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda à les remettre au plus tôt afin que justice soit faite.

Je me suis battu et continuerai à me battre pour que la vérité sur ce génocide soit établie afin que les faits historiques ne puissent plus être malmenés ou falsifiés. J’encourage toutes les initiatives françaises, rwandaises ou internationales qui contribueront à renforcer l’éclosion de la vérité historique sur ces événements.

En ce jour,
la France tient également à faire part de toute sa sympathie aux pays voisins du Rwanda qui portent eux aussi les stigmates de ce génocide des Tutsis du Rwanda.

Ce sont les messages dont est porteur M. Joyandet qui représente
la France lors de cette commémoration à Kigali. »

Source : France diplomatie

 www.rwamucyo.com, 08.04.2010

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Document

Posté par Adolphe Habimana le 4 avril 2010

Document

L’ancien professeur d’Histoire à l’Université nationale du Rwanda (UNR), Bernard Lugan, réagit à la visite de Sarkozy au Rwanda

http://www.dailymotion.com/video/xch33p_bernard-lugan-reagit-a-la-visite-de_news

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FRANCE-RWANDA:Des archives contre Kagamé

Posté par Adolphe Habimana le 2 avril 2010

andre.jpgL’universitaire André Guichaoua s’apprête à dévoiler sur son site Internet des documents accablants sur la responsabilité de l’actuel chef de l’Etat du Rwanda dans le génocide.

Auteur d’un ouvrage de référence – Rwanda. De la guerre au génocide (La Découverte) – l’universitaire André Guichaoua s’apprête à dévoiler sur son site (Rwandadelaguerreaugenocide.fr) des documents accablants pour l’actuel chef de l’Etat, Paul Kagamé, et son entourage. Y sont évoqués l’assassinat, le 6 avril 1994, du président Juvénal Habyarimana, ainsi que les liquidations ultérieures d’officiers de l’Armée patriotique rwandaise, l’ex-rébellion tutsie, coupables d’en « savoir trop ». Ces éléments ont été transmis à Marc Trévidic, juge d’instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, chargé de l’enquête sur l’attentat fatal à Habyarimana et à l’équipage français de son Falcon 50. Connu pour sa pugnacité, le magistrat est soumis à d’intenses pressions inspirées par l’Elysée, où l’on tient à préserver la normalisation amorcée avec Kigali. Confidence d’un initié : « Jean-Claude Marin, procureur de Paris, guette le premier faux pas de Marc Trévidic pour enterrer le dossier. »

source: expresse.fr

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En RD Congo, un nouveau massacre de masse commis par la LRA

Posté par Adolphe Habimana le 28 mars 2010

RD Congo/Ouganda-Article publié le : dimanche 28 mars 2010 – Dernière modification le : dimanche 28 mars 2010 

rdcongolra0.jpg En RD Congo, un nouveau massacre de masse commis par la LRA

Des  villageois de Bangadi, dans le nord-est de la RDC, régulièrement attaqués par la LRA, organisent leur propre défense.

AFP/Lionel Healing

Par RFI

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03/01/2010 - Ouganda

L’un des chefs de la LRA tué par l’armée ougandaise

L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HWR) détaille dans un rapport publié samedi 27 mars le massacre « planifié » par les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) de plus de 321 civils. Cela s’est passé mi-décembre 2009 dans des villages du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Le chemin de la mort : atrocités commises par la LRA dans le nord-est du Congo :
le titre du rapport de quelque soixante-sept pages de Human Rights Watch (HRW) donne le ton. L’ONG de défense des droits de l’homme révèle les détails, les raids sanglants jalonnés de plus de trois cents morts perpétrés par vingt-cinq à quarante rebelles de la guérilla ougandaise de l’Armée de résistance du seigneur (LRA).

                      

   Cela s’est passé dans plusieurs villages de la région de Makombo en RDC entre le 14 et le 17 décembre dernier. Deux cents cinquante autres personnes, dont quatre-vingts enfants, ont également été enlevées. Human Rights Watch dénonce l’inertie de la Monuc (la Mission de l’ONU en RDC) qui dispose pourtant, dans la zone des atrocités, d’un millier de soldats, selon l’ONG.

La LRA a vu le jour dans le nord de l’Ouganda en 1988 et c’est en 2005 que ses combattants ont commencé à s’installer dans l’extrême nord-est de la RDC, une zone frontalière de leur pays. Leur capacité de nuisance est demeurée intacte malgré les nombreuses opérations militaires ougandaises et congolaises, explique Anneka Van Woudenberg, la responsable du pôle chercheur sur la RDC à Human Rights Watch :

« Ni l’armée ougandaise, ni l’armée congolaise n’ont vraiment parlé de ce massacre. Ils avaient des informations. Et les Nations unies, les Casques bleus, qui sont sur place au Congo, ont seulement lancé il y a deux semaines une enquête sur ce massacre. Quelques jours après le massacre, l’armée congolaise avait l’information. Ils ont lancé une petite unité de militaires congolais qui sont allés sur place. Ils ont averti l’armée ougandaise qui est toujours sur place.
En fait, les deux gouvernements disent toujours que la plupart des LRA ne sont pas en fait au Congo et ça, ce n’est pas la réalité. La réalité, c’est que leur capacité à enlever des enfants, leur capacité de tuer est toujours là, toujours aussi importante qu’il y a quelques années. La LRA est maintenant une menace pour toute la région de l’Afrique centrale. Et c’est nécessaire certainement pour les Nations unies de trouver une vraie solution. Ces gens continuent avec leurs atrocités. On doit mettre fin à ça
».

Source: rfi.fr

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SOMA UMUSESO 399

Posté par Adolphe Habimana le 27 mars 2010

 SOMA UMUSESO 399 dans ACTUALITE pdf umuseso399.pdf

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