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WikiLeaks »Rwanda » : Washington place la région des Grands Lacs sous haute surveillance

Posté par Adolphe Habimana le 30 novembre 2010

La chef de la diplomatie américaine, ici à Kinshasa, en août 2009.

La chef de la diplomatie américaine, ici à Kinshasa, en août 2009. © AFP

Un des télégrammes diplomatiques publiés par WikiLeaks dimanche détaille les demandes de renseignements confidentiels faites par l’administration américaine à ses diplomates de la région des Grands Lacs. Washington a réclamé, par exemple, des recueils biométriques (ADN, scanner des yeux…) concernant les dirigeants de la région, ainsi que des informations très détaillées sur les armées et groupes rebelles de la région.

La liste des informations sensibles réclamées par Washington à propos du Burundi, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda paraît infinie. Dans un document de 10 pages, publié par WikiLeaks dimanche, l’administration américaine a détaillé, en avril 2009, tous les renseignements sensibles dont elle estimait avoir besoin sur la région. Le document est classé « secret d’État » et « noforn », ce qui signifie No Foreigners (non transmissible à des étrangers).

Selon la diplomatie américaine, les deux enjeux clés qui se distinguent sont les « ressources minières » et « les séquelles du génocide ».

En application de la directive National Humint Collection (« Humint » pour « Human Intelligence », renseignement humain), émise par le secrétariat d’État américain dirigé par Hillary Clinton, une foule d’informations est demandée aux agents américains sur le terrain.

« Les rapports biographiques informels par e-mail et autres moyens sont vitaux pour les efforts de collecte de la communauté [du renseignement] », explique le texte en introduction pour motiver ses troupes.

Jusqu’à l’ADN des dirigeants

Il est demandé aux agents de recueillir toutes les informations possibles sur les « personnes liées à l’Afrique des Grands Lacs. [...] Numéros de téléphone, de portable [...], répertoires de téléphones [sur CD-Rom ou format électronique si possible] et de comptes e-mail, [...] numéros de cartes de crédit, numéros de cartes de fidélité des compagnies aériennes, agendas de travail, et autres informations biographiques utiles. »

Dans la section consacrée aux leaders politiques, les demandes vont encore plus loin. Les agents sont priés, de s’informer sur « l’état de santé, les opinions à propos des États-Unis, [...] l’appartenance ethnique [tribale et/ou clanique] » des personnages clés ou émergents dans la « politique, l’armée, les renseignements, l’opposition et les leaders ethniques, religieux et économiques ».

« Les données devraient inclure [...] les empreintes digitales, images faciales, ADN et scanner de l’iris » de ces personnes. Et on se demande quelles techniques étaient employées pour recueillir ces informations, notamment ADN et scanner de l’iris, à l’insu des intéressés…

Le Rwanda au centre des préoccupations

Le télégramme réclame en outre des informations sur les relations entre les États de la région, « en particulier » entre « Kigali et Kinshasa, et Kampala et Kinshasa ».

Le Rwanda est particulièrement présent dans le document. Kigali est remercié pour ses réponses aux services américains (le texte renvoie sur ce point à un autre télégramme pas encore dévoilé par WikiLeaks). Mais Washington veut aussi obtenir des informations sur la participation aux « violations des droits de l’homme », telles que des « assassinats extrajudiciaires » du Front patriotique rwandais (FPR, le parti du président Paul Kagamé), ainsi que des forces « paramilitaires » locales, de la « police » ou encore « de civils tutsis contre des Hutus ».

La diplomatie américaine veut aussi en savoir plus sur les divisions à l’intérieur du « cercle restreint autour du président Kagamé ».

Particulièrement concentré sur les données ethniques, le secrétariat d’État veut savoir quel rôle elles jouent sur la « prise de décision », dans les « armées », les groupes terroristes, ou encore les réfugiés…

Il veut aussi obtenir des informations d’une extrême précision sur les forces armées, « les détails des installations militaires comme les bases aériennes et les camps de soldats, les équipements militaires, dont le nombre, le statut opérationnel, et leurs activités d’acquisition/rénovation ».

Ennemis et rivaux

Dans le domaine militaire, les agents sont priés de fournir des détails sur les relations des pays de la région avec d’autres pays étrangers, « en particulier la Chine, la Libye, le Soudan, la Corée du Nord, l’Iran, la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et les autres ex-pays du bloc soviétique ».

Cette préoccupation face à ses rivaux ou ennemis dans la région transparaît à d’autres niveaux. On s’intéresse ainsi aux « détails du commerce, de l’aide et des investissements » de Pékin, en particulier dans le secteur des mines. Mais aussi à ses aides concernant la mise en place de systèmes de télécommunications ou encore à la perception qu’en ont les gouvernements de la région.

Les activités de la France ou encore de l’Iran dans la région sont aussi étudiées de près.

Dans le secteur des mines, « le diamant, le cuivre, le cobalt et l’uranium », dont on veut connaître « le nombre, les emplacements, les statistiques de productions et les revenues générées », sont sous surveillance.

Washington cherche aussi à savoir dans quelle mesure les divisions « ethnique, tribale, religieuse et régionale pourraient attirer les groupes terroristes régionaux » et quelles sont les opinions des gouvernements à leur égard.

Plus étonnant, les Américains veulent connaître les sentiments des gouvernements de la région envers la « nourriture génétiquement modifiée et la propagation de récoltes génétiquement modifiées. » L’économie d’un pays n’est jamais totalement détachée de ses objectifs en matière de renseignement…

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Rwanda /Congo Brazzaville:Le casse-tête des réfugiés rwandais

Posté par Adolphe Habimana le 30 novembre 2010

Les dirigeants rwandais et congolais, le 14 novembre.

Les dirigeants rwandais et congolais, le 14 novembre. © AFP

Que faire de ceux qui ont fui le Rwanda en 1994 ? Le sujet a été abordé par les présidents Sassou et Kagamé.

Le président rwandais, Paul Kagamé, était à Brazzaville les 14 et 15 novembre. L’occasion d’évoquer largement avec son hôte, Denis Sassou Nguesso, le sort de ses compatriotes qui vivent au Congo depuis 1997. Bénéficiant du statut de réfugié, ils seraient 8 000 d’après les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). D’abord installés dans l’est de ce qui était alors le Zaïre après le génocide perpétré au Rwanda, en 1994, ils ont ensuite, après un voyage de plus de 2 000 km, trouvé refuge au Congo. Mais Kigali souhaite maintenant qu’il n’y ait plus, d’ici à décembre 2011, un seul réfugié rwandais, ni au Congo ni ailleurs, arguant du fait que ses compatriotes peuvent tous, s’ils le souhaitent, rentrer au Rwanda en toute sécurité.

Cabanes en tôle ou en bois

Pas si simple pour les intéressés. Hutus, dans leur grande majorité, ils hésitent encore entre le retour au pays, demander la nationalité congolaise ou trouver une autre terre d’accueil. Illustration avec les réfugiés de Kintélé. Aloïs Bayingana, 52 ans, est le responsable du camp situé au bord de la nationale 2, à 25 km au nord de Brazzaville. Au campement – en fait un vaste terrain vague sans eau ni électricité, peuplé d’eucalyptus et de cabanes en tôle ou en bois –, le dénuement saute aux yeux. En 1997, il abritait 4 418 Rwandais ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 800, dont quelques Congolaises mariées à des Rwandais. Bientôt, ils devront s’en aller : le gouvernement va construire 1 000 logements sur le site. En attendant, les déshérités de Kintélé vendent du bois ou du charbon, ou travaillent comme ouvriers agricoles. La vie est difficile : Aloïs Bayingana accuse le HCR de ne rien faire depuis 2000. Paul Ndaitoroum, représentant du HCR au Congo, confirme et précise que son agence « intervient dans certains cas, comme la maladie ». Mais envisager un retour au Rwanda n’est pas évident. « Ceux qui étaient partis en éclaireurs sont revenus, explique, sceptique, Aloïs Bayingana. Certains disent que tout va bien. D’autres affirment le contraire. Mais personne n’est reparti. » Rester au Congo ? Pourquoi pas. Mais comme beaucoup de ses compatriotes, le chef du camp de Kintélé est convaincu que « les autochtones ne souhaitent pas [leur] intégration ». Demander la naturalisation ? « Encore faudrait-il que les candidats aient les moyens de payer les frais administratifs et que les autorités acceptent de leur accorder la nationalité congolaise », souligne une réfugiée installée à Brazzaville. Au HCR, on ne se fait pas d’illusions : « L’intégration locale est difficile, tout comme la naturalisation. Et une réinstallation ailleurs n’est pas encore envisagée. » Un véritable casse-tête pour tous.

source: jeune afrique

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Rwanda/EMBUSCADE JUDICIAIRE: PRESENTATION SURPRISE DE MADAME VICTOIRE INGABIRE DEVANT LA COUR

Posté par Adolphe Habimana le 26 novembre 2010

vic1.pngKigali le 24 novembre 2010

COMMUNIQUÉ DE PRESSE.


Le 23 Novembre 2010 tard dans l’après-midi, la présidente du parti FDU-INKINGI, Mme Victoire Ingabire, déjà en détention, a été amenée à l’improviste devant la Cour de GASABO sans information préalable et sans convocation préalable de son équipe de défense.

Aujourd’hui, le Tribunal de Grande Instance de GASABO a informé par téléphone son avocat que le procureur général a demandé une nouvelle comparution et que la Cour les convoque pour demain le 25 Novembre 2010 à 08h00. Il n’a pas été clair si déjà une motion du procureur de prolonger la détention provisoire de 30 jours a été déposée à la Cour. Selon la loi régissant la procédure pénale rwandaise, un suspect arrêté doit avoir l’occasion et le temps nécessaire de préparer sa défense. Dans le cas qui nous concerne, ça ressemble plutôt à une embuscade judiciaire.

Toutes les sources ont confirmé qu’en dépit des informations officielles affirmant que le Procureur a rassemblé des preuves accablantes contre Mme Ingabire, il n’est pas encore prêt à présenter au tribunal le dossier final des charges. Au contraire, nous continuons d’assister à d’intenses tentatives d’intimidation envers l’ancien personnel de maison de Mme Ingabire et certains membres des FDU.

D’autres sources révèlent des activités suspectes d’un ancien membre du parti FDU-INKINGI dans la Ville de Kigali, M. Théoneste SIBOMANA et d’un membre du Parti social IMBERAKURI. Ces 2 individus voyagent fréquemment entre l’Ouganda et le Rwanda depuis août 2010 et il se pourrait qu’ils soient de connivence avec la police secrète dans l’actuelle campagne des services secrets gouvernementaux de fabrication de preuves en recrutant des gens qui, en collaboration avec le Procureur, plaident coupables afin d’être utilisés dans de nouvelles accusations liées à des actes terroristes à l’encontre des leaders des partis politiques incarcérés à l’instar de Mme Victoire INGABIRE et de M. Bernard NTAGANDA (président du PS IMBERAKURI).

Le peu d’espoir pour un procès équitable au Rwanda pour Mme Victoire INGABIRE UMUHOZA et d’autres prisonniers politiques s’est totalement effrité.

Sylvain SIBOMANA
FDU-INKINGI

Secrétaire Général

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Rwanda: Kagame défie Victoire Ingabire:Au Rwanda, détention maintenue pour l’opposante Victoire Ingabire

Posté par Adolphe Habimana le 24 novembre 2010

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L’opposante rwandaise Victoire Ingabire.

AFP PHOTO BERTRAND GUAY

Par RFI

Au Rwanda, l’opposante Victoire Ingabire reste en prison, au moins jusqu’au 26 novembre 2010. La Haute Cour de Kigali a rejeté vendredi 13 novembre 2010 l’appel interjeté par la défense et sa demande de mise en liberté provisoire. Elle a confirmé l’ordonnance rendue le 26 octobre par le tribunal de grande instance de Gasabo, une détention préventive de 30 jours.

Victoire Ingabire n’est pas encore au bout de ses peines. La présidente des Forces démocratiques unifiées, une coalition non reconnue de l’opposition, est accusée par les autorités rwandaises de « participation présumée à la création d’une organisation terroriste ».

Son avocat, Me Gatera Gashabana, estime que le dossier est vide. Mais sa cliente risque de rester en détention encore plusieurs jours. Selon la procédure, le ministère public peut trancher ou transférer le dossier au juge d’instruction. Et dans le cas du transfert, si Victoire Ingabire est libre au moment où le Parquet se dessaisit de son dossier, elle reste en liberté provisoire, dans le cas contraire, elle reste en détention.

Le ministère public peut aussi s’accorder un nouveau et dernier délai de 30 jours, pour poursuivre son enquête. La défense de Victoire Ingabire espère que le Parquet n’en arrivera pas là et qu’il se dessaisira du dossier le plus tôt possible, pour le transférer au tribunal.

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RWANDA – DDH

Posté par Adolphe Habimana le 20 novembre 2010

Trente ans après l’adoption de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples – l’impunité face aux violations des droits des défenseurs des droits de l’homme a atteint son comble dans les Grands Lacs : Cas du Rwanda


Par Joseph Sanane, président de la LDGL.

16 novembre 2010-LDGL Mesdames, messieurs et chers collègues défenseurs des droits de l’homme, la LDGL, à travers ma personne, est ravie d’être associée à cette activité afin de partager avec vous les obstacles que nous rencontrons au quotidien dans notre travail et les violations subséquentes. L’espoir suscité par la fin de la guerre froide il y a vingt ans présageait de nouvelles perspectives pour la construction des Etats de droit notamment en Afrique. Mais hélas ! Cet espoir s’est vite estompé. Et pour cause !

En dépit de l’avènement du multipartisme et l’adoption des Constitutions garantissant les droits de l’homme et libertés fondamentales, force est de constater que leur jouissance est loin d’être effective. Les défenseurs des droits de l’homme dans la Région des Grands Lacs et au Rwanda sont contraints à évoluer dans un environnement hostile à l’émergence des valeurs démocratiques.

Au lendemain du génocide, le gouvernement rwandais avait mis en place un arsenal juridique afin de conjurer le génocide et promouvoir la réconciliation entre les rwandais. Au regard de l’urgence à restaurer l’autorité de l’Etat et de faire face aux conséquences du génocide, certaines lois post génocide n’ont pas pris en compte les standards internationaux relatifs aux droits de l’homme. C’est le cas notamment de la législation sur les juridictions Gacaca et tant d’autres. Si cette violation des principes était explicable en son temps, rien ne justifie le maintien de ces lois aujourd’hui, seize ans après le génocide.

Avant de lister ces obstacles à l’origine des violations des droits des défenseurs des droits de l’homme au Rwanda, il me parait opportun de commenter quelques lois dont l’application débouche sur le déni des droits des Défenseurs des Droits de l’Homme.

La Constitution de 2003 consacre un multipartisme sui generis, imposant aux formations politiques à adhérer au forum des partis politiques, où toutes les questions seraient débattues sans tabou. Mais, ce forum est critiqué par l’opposition qui estime que le Front Patriotique Rwandais s’y impose, les autres partis ne jouant que le rôle de figurant.

Au sein de ce forum, un seul parti politique de l’opposition, le « PS IMBERAKURI », a été enregistré bien avant le scrutin présidentiel, mais il fut aussitôt affaibli par des querelles intestines ayant abouti à la scission du parti et à l’arrestation de son Président fondateur Me Bernard Ntaganda. La Constitution de 2003, qui a été révisée à plusieurs reprises, garantit les libertés publiques, mais elles ne sont pas effectives. Des lois particulières sont en contradiction avec cette Constitution et des entraves majeures à leur jouissance s’en suivent. A titre d’exemple, nous pouvons citer :

-  La loi numéro 18 / 2008/ du 23 juillet 2008 portant répression du crime d’idéologie du génocide et la loi numéro 47/2001 du 18/12/2001 portant répression des crimes de discrimination et pratiques du sectarisme. Cette dernière étant caractérisée par la nature ambiguë des éléments constitutifs de ses incriminations. Cela ouvre bien la voie à beaucoup d’abus suite à la libre appréciation des faits constitutifs laissée à la présumée victime.

-  La loi régissant l’enregistrement des associations locales et ONG internationales prévoit un régime de reconnaissance annuelle avec à la clé une procédure administrative complexe, ce qui menace l’existence des ONG de défense des droits de l’homme.

-  La loi sur la presse n’offre pas non plus de garantie à l’émergence d’une presse libre et indépendante. Il en est de même de la loi n° 48/2008 du 09/09/2008 portant sur l’interception des communications qui permet aux services de sécurité de mettre des citoyens sous écoute, ce qui entame le libre exercice des libertés d’opinion et d’information.

La justice étant le rempart des droits de l’homme et des libertés publiques, elle est appelée à jouer pleinement son rôle, mais force est de constater qu’elle est au service de l’Exécutif pour réprimer les voix discordantes et même celles des Défenseurs des Droits de l’Homme. C’est le cas de notre collègue François Xavier Byuma , condamné par la juridiction Gacaca à 17 ans de prison ferme pour faits du génocide.

A la manière des partis politiques, la majorité des ONG de la Société civile rwandaise font partie de la Plate Forme de la Société civile dont les animateurs sont critiqués par leurs pairs d’être pro-gouvernementaux. Celles qui n’y font pas partie sont assimilées aux opposants au régime, alors que les Organisations de la Société Civile ne sont efficaces en tant qu’acteurs du développement que lorsqu’ elles soutiennent et mettent en œuvre des stratégies, des activités et des pratiques afin de promouvoir les droits de l’homme en toute indépendance. Vous vous rendrez compte avec moi que dans cet environnement quadrillé par des lois sus mentionnées, le travail des défenseurs des droits de l’homme devient difficile.

En conséquence, à l’absence d’une opposition classique, d’une justice et d’une société civile indépendantes au service des sans voix, les défenseurs des droits de l’homme, du moins ceux qui sont indépendants, sont qualifiés de « igipinga » ou opposants en Kinyarwanda.

Face à cette législation comportant des goulots d’étranglement au travail des Défenseurs des Droits de l’Homme, les violations des droits des défenseurs des droits de l’homme sont fréquentes. Faute de temps, il serait prétentieux de vous en donner la liste exhaustive ;

En avril de cette année, soit quelques mois avant les élections présidentielles, deux journaux indépendants, UMUSESO et UMUVUGIZI ont été suspendus- pour une durée de six mois – pour « diffamation, propagation de fausses rumeurs ». Leurs responsables sont actuellement en exil (Charles Kabonero et Jean Bosco Gasasira). Même si le dernier cité a été acquitté en appel par contumace, il refuse de rentrer au Rwanda, rappelant le cas de son collaborateur, Jean Léonard Rugambage, rédacteur en chef adjoint de Umuvugizi, qui a été assassiné à son domicile à Kigali en juin 2010 et dont les deux inculpés viennent d’écoper d’une condamnation à perpétuité par la justice rwandaise.

En juillet 2010, la directrice du journal UMURABYO, Agnès Uwimana, et sa collaboratrice Saidath Mukakibibi accusées de « diffamation et propagation d’idéologie de génocide »furent arrêtées et placées en détention à la prison centrale de Kigali sans jugement jusqu’à ce jour.

Nous pouvons ajouter sur la liste l’arrestation pendant quelques semaines, en mai dernier, de l’Avocat américain Peter Erlinder, venu au Rwanda pour la défense de l’opposante Victoire Ingabire.

Les organisations de défense des droits de l’homme sont aussi victimes de violations. A titre illustratif, le cas de la Ligue pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme au Rwanda (LIPRODHOR) qui a été l’objet des menaces ces dernières années. Ce qui avait poussé plusieurs de ses animateurs à prendre le chemin de l’exil. En 2008, la Commission nationale électorale avait refusé les accréditations à ses observateurs aux élections législatives. Selon la Commission Nationale Electorale, la LIPRODHOR devait rejoindre le Forum de la Société civile et y observer sous la supervision des animateurs de la Plate Forme de la Société Civile.

L’organisation Association rwandaise pour la défense des droits de la personne et des libertés publiques (ADL) est, quant à elle, menacée de dissolution parce qu’elle n’a pas réussi à renouveler son agrément.

En marge de l’Examen Périodique Universel du Rwanda par le Conseil des droits de l’homme, prévu en janvier 2011, la LDGL avait accompagné 35 organisations pour rédiger un rapport à soumettre à la TROIKA, chargée des préparatifs de cet examen.

Le processus a abouti à l’adoption du rapport et sa soumission à la troïka en juillet 2010. Entre août et septembre 2010, une dizaine d’organisations ayant librement participé au processus, avaient dénoncé le rapport au motif que leurs représentants n’avaient pas qualité pour engager leurs structures. Cette fronde a été commanditée par quelques organisations qui auraient un lien avec les structures gouvernementales.

Des menaces d’arrestation furent proférées aux agents de la LDGL impliqués dans le processus. Le secrétaire exécutif de la LDGL était directement mis en cause par les représentants des organisations frondeuses à travers les medias locaux.

Le président du comité de pilotage, mis en place par ses pairs pour l’EPU, Monsieur Paul Mutagoma de l’organisation Association des Jeunes pour la Promotion des Droits de l’Homme et le Développement (AJPRODHO), a été mis en cause alors qu’il se trouvait en mission en Belgique.

Vous constaterez au regard de ce tableau que la situation des Défenseurs des Droits de l’Homme au Rwanda est préoccupante et mérite une attention particulière de la part de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

La LDGL recommande aux défenseurs des droits de l’homme à plus d’actions concertées et de renforcer le réseautage ; car, plus on travaille ensemble, moins on est vulnérable.

La LDGL invite la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples à organiser des missions d’établissement des faits au Rwanda en rapport avec les violations des droits des Défenseurs des Droits de l’Homme et d’engager un dialogue constructif avec le gouvernement rwandais sur le rôle des Défenseurs.

La LDGL propose à la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples étudier et d’adopter des stratégies protégeant les défenseurs des droits de l’homme coopérant avec les mécanismes régionaux prévus par la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples.

Enfin, que la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples puisse inviter les Etats parties à lever les obstacles au travail des DDH et plus spécifiquement d’alléger en leur faveur les procédures d’ obtention des visas à l’occasion des réunions sur les droits de l’Homme organisées sur le continent.

Fait à Banjul le 12 novembre 2010

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La justice rwandaise à la poursuite de quatre proches de Kagamé en exil

Posté par Adolphe Habimana le 19 novembre 2010

Parmi les quatre accusés, l'ex-chef d'état-major, le général Faustin Kayumba Nyamwasa.

Parmi les quatre accusés, l’ex-chef d’état-major, le général Faustin Kayumba Nyamwasa. © AFP

Quatre anciens proches du président rwandais Paul Kagamé, aujourd’hui dissidents et en exil, sont cités à comparaître pour « atteinte à la sécurité de l’État ».

Ils sont quatre, tous cités à comparaître devant la Haute cour militaire à Kigali avant le 15 décembre, mais aucun n’est réellement attendu. Il s’agit du général Faustin Kayumba Nyamwasa, du colonel Patrick Karegeya, de l’ancien procureur général Gérald Gahima et son frère le major Théogène Rudasingwa. Inculpés de « trouble à l’ordre public, atteinte à la sécurité de l’État, injures et diffamation, sectarisme et création d’une association de malfaiteurs », ils vivent tous en exil et ne devraient pas se présenter à leur procès. Ils devraient donc être jugés par contumace.

Les quatre prévenus sont tous d’anciens proches du président Paul Kagamé. Entrés en dissidence, ils avaient dénoncé « un gouvernement minoritaire aussi répressif qu’irresponsable » dans un texte publié début septembre. Dans lequel ils ont exigé la mise en place d’« un gouvernement de coalition qui inclurait l’opposition actuellement exclue du jeu politique ».

Contre-offensive

Un mois plus tôt, le colonel Patrick Karegeya, ex-chef des services de renseignements extérieurs avait appelé les Rwandais à se « soulever » contre la « dictature » de Kagamé dans un article du bi-hebdomadaire ougandais The Observer, paru le 3 août.

« Aucun des quatre n’a le minimum d’intégrité ou l’autorité morale requise pour critiquer l’actuel gouvernement », avaient réagi sur le site mykagame.com le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jill Rutaremera et le conseiller du président Kagamé pour les questions de défense, le brigadier général Richard Rutatina. Lesquels en ont également profité pour accuser Nyamwasa d’avoir fait preuve de « favoritisme et [d’] irresponsabilité » à la tête de l’armée, traiter Rudasingwa d’« escroc notoire » et affirmer que Gahima était recherché pour fraude par la justice australienne.

Enfin, les « porte-flingues » de Kagamé avaient accusé Karegeya d’avoir « saboté les efforts nationaux et internationaux en vue de localiser et arrêter » Félicien Kabuga. Ce milliardaire recherché par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour son rôle présumé dans le génocide de 1994.

source: jeune afrique

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Umuvugizi Vol. 78 yo ku wa 12 – 26 Ugushyingo 2010 (2010-11-12)

Posté par Adolphe Habimana le 18 novembre 2010

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Gufunga Ingabire ikimenyetso cy’uguhirima kwa FPR -Inkotanyi

Soma ibikurikira….(lire la suite en ouvrant le document pdf)

 Umuvugizi Vol. 78 yo ku wa 12 - 26 Ugushyingo 2010 (2010-11-12) pdf umuvugizi.pdf

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REGION DES GRANDS LACS/ENQUÊTE – A qui profite le carnage ? – Pierre Péan

Posté par Adolphe Habimana le 10 novembre 2010

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JEAN-DOMINIQUE MERCHET
Dans  » Carnages, guerres secrètes en Afrique« , dont nous publions en exclusivité des extraits, Pierre Péan révèle les guerres secrètes que se livrent les puissances occidentales à l’ombre des massacres, dans la région des Grands Lacs. Une cynique partie d’échecs d’où les Etats-Unis, aidés de la Grande-Bretagne et d’Israël, évincent peu à peu la France.

Peut-on cacher un génocide ? La question semble à peine croyable, et c’est pourtant celle qui se trouve au coeur du nouvel ouvrage de Pierre Péan, Carnages*. Sur près de 600 pages, le journaliste français revient, avec de nombreuses révélations, sur les  » guerres secrètes  » en Afrique, en particulier dans la région des Grands Lacs. La thèse qu’il défend – et qui ne manquera pas de provoquer de vives polémiques – est qu’à la suite du premier génocide au Rwanda, en 1994, un second a été commis, en 1996-1997, par les victimes de la veille – les Tutsis – à l’encontre des Hutus réfugiés en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Et que ces massacres, qui ont causé la mort de millions de personnes, se sont déroulés avec la bienveillance des Etats-Unis, quand ce n’est pas leur participation directe, comme le montrent les extraits que nous publions.

Une  » question irrésolue « 

Depuis 1994, la France est régulièrement accusée de complicité dans le génocide du Rwanda. Pierre Péan avait consacré en 2005 un premier livre – Noires fureurs, blancs menteurs (Fayard) – à la réfutation de cette thèse. Il renverse aujourd’hui carrément la table en accusant les procureurs d’être complices de massacres à grande échelle ! L’actualité sert sa thèse. Publié en août 2010, un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme évoque pour la première fois de manière officielle, même si c’est avec les prudences diplomatiques d’usage, la possibilité qu’un second génocide ait bien été commis par les troupes du président rwandais Paul Kagamé et de ses alliés :  » La question de savoir si les nombreux graves actes de violence commis à l’encontre des Hutus (réfugiés et autres) constituent des crimes de génocide demeure irrésolue jusqu’à présent.  » En clair : on ne peut plus l’exclure ! Ce rapport a suscité la colère du Rwanda autant que la gêne chez ses alliés américains. Les soutiens français de Kigali – qui ne veulent connaître que les supposés crimes de l’armée française et les turpitudes de la politique de François Mitterrand – sont consternés.

Fidèle Israël

Pierre Péan, lui, jubile. Et cogne encore plus fort, au risque de prendre quelques mauvais coups. L’homme ne fait pas dans la dentelle. On lui doit des enquêtes journalistiques qui ont fait date : celle sur le passé vichyste de Mitterrand (Une jeunesse française, Fayard, 1994), sur le journal le Monde (la Face cachée du Monde, avec notre collaborateur Philippe Cohen, Mille et Une Nuits, 2003) ou plus récemment sur Bernard Kouchner (le Monde selon K, Fayard, 2009). Mais la grande passion de ce journaliste, né en 1938, est l’Afrique, un continent qu’il arpente depuis 1962. Carnages est une somme, celle de  » Pierre l’Africain « , comme disent ses amis. Il y raconte le jeu des grandes puissances, Etats-Unis en tête, sur ce continent depuis la Seconde Guerre mondiale. Son propos est centré sur la région des Grands Lacs : Rwanda, Ouganda, Soudan, RDC… Une région regorgeant de minerais et de querelles ethniques, d’ambitions politiques et de massacres à grande échelle. Des millions de civils – personne ne connaît le chiffre exact – y sont morts en une quinzaine d’années. Ce qui révolte Pierre Péan, ce sont  » les militants qui trient entre les bons et méchants morts, en usant du tamis de la repentance « , comme si les  » maux d’Afrique ne s’expliquaient que par un seul mot : la France « . Cette France qui a été mise hors jeu par les Américains, à deux reprises, lorsque Jacques Chirac voulut déclencher une opération militaro-humanitaire pour venir en aide aux réfugiés (lire pages suivantes). Pierre Péan révèle par exemple comment les hommes de la DGSE infiltrés au Congo durent être rapatriés illico, sans doute à la demande de Bill Clinton.

La parution de Noires fureurs, blancs menteurs avait valu de sérieux ennuis à son auteur, tant il remettait en cause le consensus  » droits-de-l’hommiste  » au sujet du Rwanda. Homme de gauche,  » j’étais devenu pour une fraction de l’élite française raciste, révisionniste, négationniste et antisémite « , confie-t-il. Des procès lui furent intentés, en France et en Belgique. SOS Racisme l’accusa d’ » incitation à la haine raciale « , son président, Dominique Sopo, expliquant qu’ » évoquer le sang des Hutus, c’est salir le sang des Tutsis « . Débouté en appel en novembre 2009, SOS Racisme s’est pourvu en cassation. Auprès de ses ennemis, le nouveau livre de Péan ne va pas arranger son cas. Non seulement il s’en prend au  » trucage des chiffres des victimes  » par le régime rwandais, mais il décrit en détail le rôle peu connu de l’Etat d’Israël dans cette région. L’Etat hébreu, fidèle allié de Kagamé – une alliance qui va au-delà des intérêts stratégiques bien réels des parties en présence et repose sur la vision d’une concordance symbolique entre la Shoah et le génocide de 1994. Critiquer le Rwanda reviendrait en quelque sorte à s’en prendre à la Shoah…  » J’en vins à me demander s’il n’y avait pas un lien entre les attaques dont j’étais l’objet de la part de l’Union des étudiants juifs de France, de l’Union des patrons et des professionnels juifs de France et d’intellectuels comme Elie Wiesel, et l’intérêt géopolitique porté par Israël au Rwanda « , s’interroge Péan. L’enquêteur ajoute aujourd’hui une nouvelle pièce au dossier, en abordant la question du Soudan. Il établit un lien entre la volonté de l’Etat d’Israël d’affaiblir – en le divisant – le plus grand pays d’Afrique et les campagnes humanitaires, en France comme aux Etats-Unis, sur les massacres au Darfour. Voilà qui ne va certainement pas apaiser le débat… Mieux vaut donc juger sur pièces.

JEAN-DOMINIQUE MERCHET

 

Carnages, guerres secrètes en Afrique, de Pierre Péan, Fayard. En librairies le 10 novembre.


EXTRAITS

Une version tronquée de l’histoire des Grands Lacs

Plus de 8 millions de morts ? Qui en parle ? Depuis la fin de la guerre froide, la région des Grands Lacs est devenue celle de la mort et du malheur dans une indifférence quasi générale. Avec 2 millions de Rwandais exterminés en 1994 à l’intérieur du Rwanda (1), plus de 6 millions de morts rwandais et congolais dans l’ex-Zaïre, des centaines de milliers de Soudanais tués, de nombreuses victimes ougandaises, plus de un demi-million de morts angolais, des millions de déplacés, quatre chefs d’Etat et des centaines de ministres et autres dirigeants assassinés, des dizaines de milliers de femmes violées, des pillages éhontés, cette zone a le triste privilège d’avoir subi plus de dommages que ceux additionnés de toutes les guerres intervenues de par le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, les médias, dans leur très grande majorité, n’ont parlé, ne parlent et ne pleurent que les centaines de milliers de victimes tutsies du Rwanda, dénoncent les Hutus comme seuls responsables directs de ces boucheries, et les Français, qui les auraient aidés dans leur horrible besogne, faisant de François Mitterrand et d’Edouard Balladur des réincarnations d’Hitler, et des soldats français, celles de Waffen SS. Une version officielle, affichée non seulement par Paul Kagamé, l’actuel président du Rwanda, mais également par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le bras justicier de la communauté internationale, et par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la majorité des autres pays…

 

Les gardiens de la vérité officielle

Convaincu par mes enquêtes que Paul Kagamé, l’actuel chef d’Etat du Rwanda, avait commandité l’attentat contre l’avion qui transportait son prédécesseur – attentat qui déclencha en avril 1994 le génocide des Tutsis et des massacres de Hutus -, quand il était attribué aux extrémistes hutus, je décidai en 2004 de chercher à comprendre ce qui s’était réellement passé. Je découvris rapidement l’incroyable désinformation qui avait accompagné la conquête du pouvoir par Paul Kagamé, et les moyens mis en oeuvre pour décourager ceux qui seraient tentés de s’opposer à la doxa. Des moyens qui ressemblent fort à des armes de destruction massive : grâce à une analogie abusive entre le génocide des Tutsis et la Shoah, les gardiens de la vérité officielle traitent les contrevenants de négationnistes, de révisionnistes, de racistes, voire d’antisémites.

[...] J’ai décidé de reprendre mon enquête et de l’étendre en l’insérant dans l’histoire de la région des Grands Lacs et de l’Afrique centrale, pour comprendre comment et pourquoi avait pu ainsi s’installer une version tronquée de l’histoire de la tragédie rwandaise. [...] J’ai travaillé à mettre au jour les actions – ouvertes et clandestines – des Etats-Unis, depuis les années 80, dans la région des Grands Lacs, visant à un nouveau partage des zones d’influence sur le continent africain, et le  » scandale géologique  » que constitue le fabuleux sous-sol du Zaïre, redevenu aujourd’hui Congo et convoité par tous. [...]

Contre-offensive impossible

Officiellement, à partir d’octobre 1996, le Zaïrois Laurent-Désiré Kabila a mené une guerre de libération en vue de chasser le président corrompu Mobutu Sese Seko. La réalité fut bien différente : Laurent-Désiré Kabila n’était alors qu’une marionnette de Kigali, de Kampala et de Washington. Une nouvelle boucherie, après celle du Rwanda, visant cette fois à exterminer les seuls Hutus ayant fui le Rwanda, déclarés  » extrémistes  » par la propagande, se déroula dans un silence assourdissant des principaux médias. Les services secrets français étaient parfaitement au courant que des forces spéciales américaines, les services secrets et des avions américains renseignaient les soldats rwandais et ougandais dans leur chasse aux Hutus dans l’immense Est congolais. L’exécutif français s’interrogea alors sur l’opportunité d’arrêter la marche de Kabila et de ses  » parrains  » sur Kinshasa. La désinformation efficace sur le rôle de la France en Afrique en général et au Rwanda en particulier rendait désormais impossible toute contre-offensive, qui aurait mis face à face Français et Américains. Jacques Chirac décida in fine de ne pas envoyer de forces spéciales françaises à Kisangani début 1997.

(1) Chiffre fourni par le ministère de l’Intérieur rwandais en décembre 1994.

QUAND L’ARMÉE AMÉRICAINE PARTICIPE À LA TRAQUE DES HUTUS AU CONGO…

Washington porte une lourde responsabilité dans ce qu’un prérapport de l’ONU rendu public en août 2010 décrit comme un probable génocide commis en République démocratique du Congo en 1996 et 1997. Pourquoi tant de diplomates, tant de militaires et d’agents secrets américains ont-ils été mobilisés pour parler d’une situation que les journalistes ne pouvaient directement appréhender ? Parce que la grande puissance américaine, celle qui, avec ses satellites, ses écoutes, ses hélicoptères et ses avions, aidait ceux qu’on nommait  » rebelles « , mais qui, en réalité, étaient en très grande majorité des Rwandais ou des Ougandais, à localiser les prétendus  » génocidaires  » pour les liquider. Comment ne pas être révolté par la passivité, voire par la bienveillante sollicitude du Haut-Commissariat aux réfugiés ? Comment accepter la propagande officielle de l’époque, qui voulait que les Hutus n’eussent que ce qu’ils méritaient et que les Tutsis exerçassent là un légitime droit de revanche ? Alors que, justement, la version officielle de l’histoire, reçue et acceptée par la communauté internationale, est fausse ?

[...] Les services secrets français – Direction du renseignement militaire (DRM) et Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) – sont très avertis de ce qui se passe aux frontières du Kivu, fin octobre-début novembre 1996. Le camp de Kibumba dans la région de Goma est bombardé : quelque 200 000 réfugiés partent vers le camp de Mugunga. Le camp de Katale est attaqué à l’arme lourde, et Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, est pris par les  » rebelles « . Les camps des alentours sont détruits, provoquant la fuite de 250 000 personnes à travers la forêt équatoriale vers Kisangani… Militaires et services ne se contentent pas des images satellite fournies par les Américains, sur lesquelles on ne voit pas de réfugiés ; elles ne donnent à rien voir qui corresponde aux informations qui leur remontent du terrain, par de nombreuses sources humaines. Début novembre 1996, un Breguet Atlantic localise des cohortes de réfugiés et rapporte des photos qui montrent deux hélicoptères américains, des Black Hawks.

Poker menteur entre Paris et Washington

Les espions français s’interrogent sur le rôle des bérets verts, les commandos des US Army Special Forces, lors des massacres qui ont suivi la prise de Bukavu, fin octobre 1996. Ils se demandent aussi quelle est l’origine des mitraillages aériens opérés de nuit contre les camps de réfugiés :  » Cela pose de graves questions quand on sait que parmi les avions américains déployés figurait au moins un C-130 Gunship des forces spéciales, véritable canonnière volante. Que faisait-il là si, comme le disait alors le commandement américain, il s’agissait seulement de rechercher des réfugiés pour étudier ensuite les moyens de leur porter assistance ?  »

Malgré ce questionnement sur le rôle ambigu de Washington, pas plus l’état-major que les politiques français n’envisagent une quelconque action sans les Américains ou, à plus forte raison, contre eux. Mais la  » forte dégradation de la situation humanitaire  » entraîne les uns et les autres à envisager dans les plus brefs délais une opération militaire multinationale dans le Kivu, tout au moins à en émettre l’idée. Le Centre opérationnel interarmées (COIA) est chargé par l’état-major d’en définir les contours possibles. Le 5 novembre, une note signée de Jean-Pierre Kelche, major général de l’état-major, arrive sur le bureau du ministre de la Défense, Charles Millon :  » L’effet majeur d’une opération militaire au Kivu visera à stabiliser les réfugiés dans une zone dégagée de forces constituées.  » Les rédacteurs estiment indispensable la participation de pays européens (France, Espagne, Belgique, Allemagne et Grande-Bretagne), mais soulignent qu’un  » commandement centralisé (préconisé) devrait être proposé aux Américains dont la présence au sol garantirait la neutralité rwandaise « .  » L’action militaire sera limitée à une sécurisation de zones, au profit des organisations humanitaires.  » Le général Kelche envisage un déploiement de 1 500 à 2 000 hommes.

Le lendemain, lors d’un conseil restreint de défense, Jacques Chirac accepte les propositions du COIA, et insiste sur l’implication américaine, c’est-à-dire que  » la France interviendra si les Américains interviennent avec du personnel au sol « . Et, quant à la nationalité française ou américaine du commandement de l’opération, le président n’a pas de préférence. Après le fiasco politico-médiatique, deux ans plus tôt, de l’opération  » Turquoise « , il n’est pas question pour la France de se lancer seule dans une telle opération… Immédiatement après ce conseil restreint, diplomates et militaires prennent langue avec les Américains. [...] Les Français s’aperçoivent vite que les Américains, malgré quelques bonnes paroles, jouent déjà une autre partition. Si le général George A. Joulwan promet de mettre à disposition des C5 Galaxy pour projeter, si nécessaire, matériels et hommes vers le Kivu, les interlocuteurs des Français refusent d’engager leurs troupes sur le terrain. Paris et Washington ont déjà commencé une partie de poker menteur. Alors que, sur le terrain, les acteurs rwandais, ougandais et américains ont parfaitement conscience de mener un combat indirect contre Paris, les contacts entre diplomates et militaires à Washington, Paris ou Stuttgart se déroulent entre gens de bonne compagnie.

[...] Le Monde du 8 novembre 1996 résume ainsi la situation :  » La France a du mal à convaincre l’ONU de l’urgence d’une intervention au Zaïre.  » Elle a du mal parce que Washington et ses alliés africains ne veulent pas que la France revienne dans la région et contrarie leurs plans, mais Paris veut croire qu’il a encore la main. Pour ne pas s’opposer frontalement à la France, Washington monte alors une opération astucieuse destinée à enterrer le projet sans pour autant se mettre à dos l’opinion publique : elle consiste à demander au Canada de constituer cette force, d’en réunir les éléments et d’en déterminer les règles… Commence alors une grande agitation qui n’est qu’un leurre. Politiques et militaires français n’ont pas compris tout de suite que l’opération lancée par le Premier ministre canadien Jean Chrétien à la demande des Américains ne vise qu’à enterrer le projet de Chirac et à laisser les mains libres aux Américains, ainsi qu’à leurs marionnettes rwandaises et ougandaises dans la région des Grands Lacs. Pendant quelques jours, l’état-major croit à l’acceptation d’un déploiement d’une force franco-britannique sous commandement canadien dans la région sud du Kivu. A preuve, une mission de reconnaissance effectuée par des militaires britanniques, sous le commandement du brigadier général Thomson (Royal Marines), avec trois officiers français, dirigés par le colonel Philippe Tracqui, qui est le numéro 2 du Centre opérationnel de l’armée de terre (Coat). Dès le début, Tracqui et ses deux compagnons ont compris que quelque chose ne collait pas. [...] Le rapport de Tracqui, daté du 21 novembre, lève les dernières interrogations sur la place désormais accordée à la France dans les Grands Lacs et sur les manoeuvres américaines.  » Les Américains sont tout à fait opposés à une action militaire au Sud-Kivu « , écrit Tracqui. [...]

Thomson a donné à Tracqui un mémorandum du général Smith, rédigé le 16 novembre à Entebbe, qui dévoile la position américaine.  » Depuis vingt-quatre heures, la situation s’est arrangée, tout va bien à Goma, et la nature des besoins humanitaires s’en trouve changée. Bien qu’il ne soit pas encore possible d’apprécier exactement le nombre total des réfugiés qui vont rentrer ou ceux qui auraient l’intention de le faire dans les prochains jours, il est clair qu’il n’existe plus en ce moment de crise humanitaire justifiant une action militaire d’urgence « , écrit le général américain qui ne réclame donc aucun moyen supplémentaire. [...] Le soir de ce 16 novembre 1996, à Entebbe, le général américain Smith dirige une réunion de planification à laquelle participe le lieutenant-colonel Pouly, de la Direction du renseignement militaire française. Pouly [...] sait que la situation décrite par l’Américain est fausse. Il ose prendre la parole après le général américain et lui fait remarquer que son appréciation de la situation ne fait aucun cas des 700 000 réfugiés et 300 000 déplacés du Sud-Kivu.

Le numéro 2 du Coat rapporte toutes les informations fournies par Pouly, le meilleur spécialiste militaire français de la région des Grands Lacs. Pouly est convaincu que  » les Américains présents dans la région des Grands Lacs, qu’il s’agisse des diplomates de Kigali ou des militaires isolés à Entebbe, ne souhaitent aucune présence dans la région « . Il a noté  » l’existence à Kigali d’une importante mission militaire de coopération américaine qui a compté jusqu’à 50 personnels. Elle s’occupe de la formation militaire de l’APR [l'Armée patriotique rwandaise], fait de l’instruction de déminage, de la formation à l’action psychologique avec des spécialistes appartenant au 4e bataillon de Fort Bragg, notamment pour ce qui concerne les opérations de propagande liée à l’organisation des retours « . L’espion français a appris que  » les équipes psyops américaines, chargées des opérations psychologiques, c’est-à-dire d’influencer l’opinion, sont en place et opèrent à partir de Kigali, depuis trois mois « .

L’initiative de la France pour venir en aide aux réfugiés rwandais a été brisée dans l’oeuf, au grand soulagement des Etats-Unis, du Rwanda et de l’Ouganda. Décrédibilisée par l’action de tous les psyops rwandais et américains relayés par les porte-voix occidentaux du Front patriotique rwandais, le parti du président Kagamé, et par la plupart des médias, y compris par de nombreuses bonnes âmes françaises, la France n’a rien pu faire pour stopper les massacres de masse organisés de Hutus. Les massacres vont donc pouvoir se poursuivre, après l’enterrement sans fleurs ni couronnes de la force multinationale.

Quelques notes subtilisées aux services secrets ougandais et rwandais montrent même un engagement américain et britannique beaucoup plus accentué. Les moyens qui ont été mis en oeuvre sont énormes. Un réseau ultramoderne de satellites espions (intelligence communication network), couvrant la zone de Kigali à Brazzaville pour recueillir, contrôler et neutraliser toutes les informations en langues française et locales, a bien été déployé pour le compte des Américains, des Britanniques et des Ougandais.

Pas d’objection à l’ » anéantissement « 

Selon les documents ougandais et rwandais, des avions américains seront spécialement affectés à la traque des Hutus qui se cachent dans les forêts (Report 678 ref 567/JL/RW/UG) :  » Il a été conclu que les forces aériennes américaines enverront 3 P-3 Orion Propeller Planes à Entebbe. Ils opéreront pendant la journée d’Entebbe au Zaïre, à la recherche des Hutus qui se cachent dans les forêts. Les avions seront équipés de trois équipements [il s'agit en réalité de trois spécialistes chargés de contrôler une cinquantaine d'ordinateurs] destinés à traquer les mouvements des gens sur le terrain.  » Concoctés par Paul Kagamé, les plans d’attaque et de démantèlement des camps de réfugiés hutus dans l’ex-Zaïre sont présentés aux Américains pour approbation, comme le montre une note (Plan 67 ref 67/JL/RW/ZR) :  » Les plans visant à attaquer les Hutus dans l’est du Zaïre ont été finalisés. Octobre et novembre 1996 sont les meilleurs mois pour l’opération. L’ONU sera engagée dans le processus de fournir les prochaines livraisons de vivres et nous saboterons ce processus.  » Une réunion entre services ougandais et rwandais (Crisis 80/L ref 78/RW. Doc) définit le modus operandi d’une action dans laquelle 30 soldats rwandais vont monter une attaque déguisés en miliciens hutus :  » Il y a besoin de liquider les Hutus Interahamwe [miliciens impliqués dans le génocide de 1994] dans l’est du Zaïre. Nous avons pénétré les camps de réfugiés de Katale et Kahindo. Nous allons aider le Rwanda à exécuter l’opération afin de forcer l’ONU à fermer les deux camps. Opération : 30 soldats de l’APR vont déclencher une attaque contre les autochtones zaïrois en se faisant passer pour Interahamwe. On procédera à la destruction de leurs propriétés. Une attaque similaire avec armes à feu sera mise en oeuvre aux heures de nuit au Rwanda. Le gouvernement du Rwanda devra alors se plaindre auprès de l’ONU. Si l’ONU est lente à réagir, une opération sans annonce préalable se perpétrera alors et anéantira toutes les milices hutues se trouvant dans ces camps. L’opération d’anéantissement est approuvée sans aucune objection.  »

 

Les dates d’un conflit

1994, premier génocide.

Le 6 avril, l’assassinat du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, met le feu aux poudres. Déclenchement du génocide contre la minorité tutsie et les Hutus modérés (800 000 morts). Venu de l’Ouganda, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé (Tutsi) conquiert le pays et le pouvoir. Devant l’échec de la communauté internationale, la France déclenche l’opération  » Turquoise « . Des centaines de milliers de Hutus – dont certains responsables du génocide – fuient le pays vers le Zaïre, où ils s’entassent dans des camps.

1996-1997, second génocide.

La guerre se déplace dans l’est du Zaïre. Avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda, des Zaïrois menés par Laurent-Désiré Kabila renversent le président Mobutu. Le Zaïre devient la République démocratique du Congo (RDC). Des massacres de grande ampleur – le second génocide aujourd’hui évoqué – sont commis à l’encontre des réfugiés hutus. Les Américains empêchent, à deux reprises, une intervention française pour y mettre fin. La guerre va se poursuivre en RDC jusqu’en 2002. Elle aurait fait plusieurs millions de morts.

 

Lire aussi : Noires fureurs, blancs menteurs : Rwanda 1990-1994REGION DES GRANDS LACS/ENQUÊTE - A qui profite le carnage ? - Pierre Péan

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RDC Congo: Ntaganda Bosco (allias Terminator), Le « fugitif »

Posté par Adolphe Habimana le 9 novembre 2010

Sur la base militire de Rumangabo (Nord-Kivu), en janvier 2009.

Sur la base militire de Rumangabo (Nord-Kivu), en janvier 2009. © Walter Astrada/AFP

La justice internationale a émis un mandat d’arrêt contre lui, mais Kinshasa refuse de le livrer. Accusé de crimes de guerre, l’ex-chef rebelle est maintenant général des Forces armées. Retour sur une affaire qui dérange.

Son existence n’est pas celle d’une bête traquée. À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, on connaît ses habitudes. « Il se déplace au volant de son 4×4 et va souvent à Ngungu, son village natal [à 40 km de Goma, NDLR] », dit un habitant sous le couvert de l’anonymat. L’emplacement de sa maison, protégée par des barbelés et une dizaine d’hommes, n’est pas un secret. Le 5 octobre, il accordait en toute quiétude une interview à l’agence Reuters.

Le général des Forces armées de RD Congo (FARDC), Bosco Ntaganda, 39 ans, est pourtant sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2006, pour crimes de guerre. Ancien numéro trois des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), un mouvement rebelle, il est suspecté d’enrôlement d’enfants soldats en Ituri (Nord-Est), où 50 000 personnes sont mortes entre 1999 et 2004.

De cette époque, où il s’est illustré par sa férocité, Bosco Ntaganda a hérité d’un surnom : « Terminator ». Son visage d’adolescent et sa timidité tranchent avec la brutalité du héros hollywoodien. Mais ils sont trompeurs. « C’est un tueur », accuse un ex-chef rebelle.

Le 11 octobre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a réitéré ses appels à l’arrestation du « criminel de guerre ». Elle avance que, depuis janvier 2010, il est impliqué « dans l’assassinat d’au moins huit personnes, les arrestations arbitraires de sept autres personnes, ainsi que l’enlèvement et la disparition d’au moins une autre personne ». La communauté internationale mentionne régulièrement le « cas Bosco » auprès de Kinshasa. « Il doit être arrêté », dit Roeland Van De Geer, l’envoyé spécial de l’Union européenne dans les Grands Lacs. Sa liberté entame la crédibilité de la CPI, mais rien n’y fait. En 2004, le président Joseph Kabila a pourtant écrit au procureur, Luis Moreno-Ocampo, le priant d’enquêter dans le pays et s’engageant à coopérer. Trois ex-miliciens originaires de l’Ituri ont été arrêtés. Ils sont actuellement jugés à La Haye.

Mauvais genre

Mais le vent a tourné. Vers 2005, Bosco Ntaganda rejoint la rébellion de Laurent Nkunda, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dans le Nord-Kivu. L’attelage entre les deux hommes tiendra jusqu’en 2008. À cette époque, le CNDP intensifie les combats. Pour y mettre fin, Kinshasa et Kigali créent la scission en s’alliant Bosco Ntaganda, qui évince Laurent Nkunda. Ce dernier sera arrêté le 22 janvier 2009 au Rwanda.

Un calme – tout relatif – revient dans le Nord-Kivu. Les combattants du CNDP sont amnistiés et intégrés à l’armée. Et Bosco Ntaganda de passer pour un faiseur de paix. « Il nous aide à finaliser le désarmement de certaines unités rebelles de l’ex-CNDP », dit le ministre de l’Information, Lambert Mende.

Mais, selon plusieurs sources, Bosco Ntaganda participerait au démantèlement de milices hutues dans la région (les Forces démocratiques de libération du Rwanda – FDLR) dans le cadre de l’opération Amani Leo, à laquelle la mission de l’ONU au Congo, la Monusco, apporte un soutien logistique. Qu’un ex-rebelle recherché par la CPI soit associé à une opération des Nations unies, cela ferait mauvais genre.

Jusqu’à quand sera-t-il protégé par Kinshasa ? « Chaque chose en son temps, dit Lambert Mende. Tant que nous désarmons, nous n’arrêtons pas ». « Il met les autorités dans l’embarras », explique Anneke Van Woudenberg, chercheuse à HRW. Le « fugitif » compte des partisans parmi les ex-rebelles fraîchement intégrés à l’armée. Leur leader arrêté, ils pourraient vouloir en découdre. Considérant devoir choisir entre la paix et la justice, Kinshasa dit avoir opté pour la première. Mais pour Pascal Turlan, conseiller en coopération internationale à la CPI, « le meilleur moment pour arrêter Bosco, c’était hier, c’est maintenant ». 

source: jeune afrique

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Rwanda/Ouganda:Le Rwanda va rapatrier davantage de réfugiés et de demandeurs d’asile vivant en Ouganda, ont dit les autorités en assurant que les craintes d’expulsion par la force étaient infondées.

Posté par Adolphe Habimana le 7 novembre 2010

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Des réfugiés rwandais en Ouganda sont rapatriés vers le Rwanda.

AFP/WALTER ASTRADA

« Nous ne les obligeons pas, mais nous les incitons à rentrer chez eux et à rejoindre leurs proches », a dit le général Marcel Gatsinzi, ministre rwandais en charge de la préparation aux catastrophes et des réfugiés. « Nous savons que la plupart d’entre eux n’ont pas obtenu le statut de réfugié parce qu’ils ne remplissaient pas les conditions requises ».

En juillet, les autorités rwandaises et ougandaises ont rapatrié 1 700 Rwandais qui vivaient à Nakivale et Kyaka, dans l’ouest de l’Ouganda, lors d’une opération policière fortement critiquée par les groupes de défense des droits humains et par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

« Un nombre croissant de réfugiés rwandais est venu nous voir après cette vague d’expulsion pour nous faire part de leurs craintes d’être renvoyés chez eux », a dit Chris Dolan, directeur du projet sur les réfugiés et la loi (Refugee Law Project, RLP), basé à Kampala. « Ces gens ne devraient pas être obligés de rentrer chez eux, car ce rapatriement les expose à de graves dangers et viole les lois nationales et internationales ».

La loi internationale sur les réfugiés reconnaît trois solutions pour ce genre de situations : le rapatriement volontaire, l’intégration locale et la réinstallation dans un troisième pays. Selon le RLP, moins d’un tiers des Rwandais réfugiés en Ouganda ont décidé de rentrer chez eux depuis le début de cette opération de rapatriement.

Encouragements

David Apollo Kazungu, commissaire aux affaires des réfugiés du cabinet du Premier ministre ougandais, a dit que les Rwandais étaient « encouragés » à rentrer chez eux.

« Le rapatriement est un processus », a-t-il dit à IRIN le 3 novembre. « Nous les encourageons quotidiennement à rentrer chez eux et lorsque quelqu’un est prêt, nous l’aidons à partir ».

Officiellement, a-t-il dit, le nombre de réfugiés rwandais en Ouganda s’élève à près de 15 000. « La plupart d’entre eux se trouvent à Nakivale et à Kyaka », a-t-il ajouté. « Il pourrait y avoir des immigrants illégaux, mais ils ne sont pas dans les camps de réfugiés ».

Le 16 juillet, l’UNHCR a dit que 3 320 Rwandais avaient fait une demande d’asile en Ouganda depuis le début de l’année. Quatre-vingt-dix-huit pour cent ont été refusés en six mois, faisant craindre que les autorités ougandaises n’aient pas traité les demandes d’asile correctement et en toute impartialité.

M. Gatsinzi a dit que le plan de rapatriement cherchait à atteindre jusqu’à 20 000 personnes. « Nous ne pouvons pas expliquer pourquoi un certain nombre de ces réfugiés rwandais en Ouganda refusent d’intégrer le processus de rapatriement volontaire », a-t-il dit à IRIN.

Recours à la clause de cessation

Le Rwanda prévoit d’avoir recours à la clause de cessation d’ici à décembre 2011, ce qui mettra fin au statut de réfugié et à la protection internationale qui l’accompagne pour les Rwandais vivant en Ouganda. « L’application fautive de la clause pour quelque groupe de réfugiés que ce soit risque de les exposer à de graves violations des droits humains et constitue en soi une violation de la protection internationale », a dit plus tôt le RLP.

« Dès lors, la décision d’avoir recours à la clause de cessation pour tout groupe de réfugiés ne doit pas être prise à la hâte et devrait être étudiée très soigneusement ».

Les autorités rwandaises maintiennent que les retours sont volontaires. Innocent Ngango, secrétaire exécutif du Conseil rwandais pour les réfugiés, a dit que 1 900 réfugiés étaient rentrés. « Le rapatriement volontaire des réfugiés rwandais [des] deux camps de Nakivale et Nshungerezi [au sud-ouest de l’Ouganda] a commencé début avril », a-t-il dit.

La vice-maire de Gicumbi, où les expulsés du mois de juillet ont été hébergés pendant quelques jours dans le camp de Rukomo, a affirmé qu’ils n’étaient pas renvoyés chez eux de force. « C’est totalement faux, à moins que certaines de ces personnes retournées aient fait part de leurs craintes d’être réinsérés dans leur village respectif », a dit Eugenie Uwamahoro à IRIN, dans son bureau, le 28 octobre.

« Nous savons que certains d’entre eux fuient la justice après avoir participé au génocide de 1994 contre les Tutsi », a-t-elle ajouté.

Lorsqu’il lui a été demandé pourquoi les personnes retournées étaient vite renvoyées dans leur village, Mme Uwamahoro a répondu : « Lorsque les personnes revenues d’Ouganda sont arrivées au Rwanda, nous n’étions pas en position de les traiter comme des personnes déplacées, car la plupart d’entre eux avaient toujours une famille et des amis qui pouvaient s’occuper d’eux à leur arrivée dans leur village respectif ».

Le camp de Rukomo avait une capacité de 500 personnes et manquait d’eau et d’espace suffisant pour dormir. Certains ont donc dû dormir dehors. « Le camp était pratiquement abandonné », a dit un travailleur humanitaire à IRIN. Lors d’une visite au camp, le 28 octobre, une source a dit à IRIN que les personnes retournées étaient surveillées par des gardes armés.

Des citoyens de deuxième ordre ?

Des sources ont dit à IRIN que certaines personnes rentrées au pays éprouvaient des difficultés à s’installer dans leur village et à se faire accepter par leurs anciens voisins. Felicien Mutemberezi, agriculteur de 48 ans, du district de Gicumbi, au nord du pays, a dit à IRIN : « C’est scandaleux que certains d’entre nous soient traités comme des citoyens de deuxième ordre par nos voisins ».

Il a ajouté que la plupart des habitants de sa communauté qualifiaient les membres de sa famille de « réfugiés », parce qu’ils s’étaient absentés pendant 16 ans. Il a reconnu que le gouvernement rwandais leur avait fourni un logement et avait satisfait leurs besoins domestiques essentiels, même s’il n’avait pas réussi à récupérer la propriété de son terrain.

Cependant, M. Gatsinzi a contesté les allégations selon lesquelles les personnes retournées éprouveraient des difficultés dans leur village d’origine. « Le gouvernement a toujours offert à ces personnes retournées tous les services nécessaires pour les aider à se réinsérer dans la société », a-t-il dit à IRIN.

source:mbolo.com

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